Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

Imprimeur, graphiste et photographe professionnel depuis 30 ans, je connais bien la problématique de l’étalonnage de l’ensemble de la chaine graphique. L’obsession, dans mon métier, est de toujours maîtriser le résultat final en étant sûr de la colorimétrie tout au long du « workflow ». Il n’y a rien de plus frustrant que de passer une demi-journée à peaufiner une image et de voir tous ses efforts balayés par une impression qui ne ressemble pas du tout à ce qu’on a sur l’écran.

La solution à minima : étalonner son écran ! Malheureusement, sans l’aide d’une sonde de calibrage il est impossible de faire cette « mise au point », trop de paramètres venant influencer notre oeil quand il s’agit de quantifier la luminosité, l’équilibre des couleurs, le gamma, etc.

Depuis mes débuts en imagerie numérique, j’utilise des spectrocolorimètres professionnels chers et complexes à mettre en oeuvre. L’opportunité m’a été donnée (merci Grégory) de tester la dernière née de Datacolor, la SpyderX Pro. Ce produit, plus grand public, plus abordable, offre-t-il pour autant un aussi bon service qu’une sonde beaucoup plus onéreuse ?

Le déballage de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

La SpyderX Pro est livrée dans une petite boite facile à transporter. On y trouve la sonde elle-même avec son long cordon USB (compatible USB 1.1, 2.x et 3.x), une fiche indiquant où télécharger le logiciel Datacolor et, tout au fond de la boite, sous la sonde, le numéro de série indispensable à l’enregistrement de la licence d’utilisation. Donc, le strict nécessaire sans plus ni moins, dans un volume pratique. On est loin des valises « pros » encombrantes.

Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor
Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor
L’aspect de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

La SpyderX se présente comme la successeure de la célèbre et performante Spyder5. Même forme, même présentation en deux coquilles qui s’ouvrent sur la partie « active » de la sonde : le capteur. Mais la ressemblance s’arrête là.

En effet, la SpyderX est équipée d’un objectif et de filtres pour améliorer la qualité de la lecture et augmenter la durée de vie du capteur. La coque blanche, soulignée d’un filet rouge, est brillante, bien finie et sans bavure de moulage. C’est le signe d’une bonne qualité d’assemblage et de finition qui donne confiance et présage les bonnes prestations du produit. Sur le dessus de la coque supérieure, se trouve le petit capteur de lumière ambiante.

Les deux coques se séparent facilement, mais fermement, avec un clic rassurant, dévoilant la lentille frontale de l’objectif. Lorsque l’on veut refermer le boitier, par la présence d’ergots, il est impossible de se tromper et, là aussi, un clic vient confirmer la fermeture. Le couvercle étant solidaire du câble, on ne peut pas le perdre. Il sert aussi de contrepoids à la sonde une fois placée sur l’écran. Bref, sérieux, propre et ingénieux, je n’hésiterai pas à emporter cette sonde dans mon sac photo, pour l’avoir sous la main pour dépanner des amis par exemple.

Un seul point me paraît critique : qu’elle sera la résistance du câble USB ? En effet, à force de faire glisser le couvercle pour ajuster sa position à la taille de l’écran, on risque une usure prématurée de la gaine, voire la fragilisation du connecteur sur la sonde. Il faut donc tenir le câble, et non la sonde, quand on fait glisser le couvercle pour, au moins, limiter la tension sur le connecteur.

Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor
Du coté des spécificités techniques de  la sonde SpyderX Pro de Datacolor

La SpyderX est équipée d’un nouveau capteur capable de reconnaître les dernières technologies d’écran (LED Wide Gamut, Standard, CCFL, Blue Green LED, etc.) et les différents gamuts (sRGB, AdobeRGB, DCI-P3, etc.). De plus ce nouveau capteur est plus rapide que celui de la Spyder5, garantissant un calibrage en quelques minutes.

On peut donc, quelque soit l’âge et la technologie de l’écran (DEL, bien sûr) faire un calibrage qualitatif. Cet argument est important pour moi. Par exemple, à mon travail, je suis équipé de deux écrans 4K professionnels de 27″ de dernière génération et, à mon domicile, d’un iMac 27″ de 2013. Évidemment, ce ne sont pas les mêmes types de dalle et je dois pouvoir compter sur la compatibilité du capteur avec tous les types d’écrans.

La version Pro de la SpyderX permet un étalonnage assisté, la prise en charge de plusieurs écrans, le contrôle de la lumière ambiante et le changement de profil. Elle propose aussi des outils basiques d’analyse et de cartographie de l’affichage et le choix entre 12 réglages de l’étalonnage. Ces fonctions sont amplement suffisantes pour effectuer un travail précis.

L’utilisation de  la sonde SpyderX Pro de Datacolor

Passons à la partie pratique. Après avoir téléchargé le soft à l’adresse indiquée sur le carton inclus dans la boite. L’installation se fait facilement et simplement. Par précaution, voulant pouvoir calibrer d’autres écrans sans connexion internet, j’ai stocké les deux applications d’installations (Mac et PC) sur une clé USB. Cela m’a permis de tester la sonde sur les écrans d’amis.

Au premier démarrage de l’application, le numéro de série de la sonde est demandé et on obtient, après enregistrement des coordonnées, le code de licence (que je vous conseille de conserver dans la boite, au cas où). À ce stade, le seul reproche que l’on puisse faire est qu’une connexion internet est indispensable pour obtenir ce code de licence.

Une fois l’installation terminée, le dossier de l’application s’ouvre et une petite icône, représentant la SpyderX, s’est ajoutée dans la barre de menu. Je lance donc l’application de calibrage. Une première fenêtre rappelle quelques règles de base pour un bon étalonnage : écran allumé depuis une demi-heure au moins, pas de reflet lumineux sur l’écran, réinitialiser ses réglages et connecter la SpyderX sur un port USB direct, pas sur le clavier ou un hub.

SpyderX Pro
Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

La deuxième fenêtre permet de choisir l’écran à calibrer. Ensuite, on doit indiquer s’il s’agit d’un portable ou d’un écran de bureau.

Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

La quatrième fenêtre demande d’indiquer la marque et le modèle de l’écran (prérempli dans mes tests). La fenêtre suivante permet de définir si les contrôles de luminosité et/ou de température sont accessibles sur l’écran.

SpyderX Pro
Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

On indique au logiciel le type de rétroéclairage de l’écran dans la sixième fenêtre. Quatre valeurs sont prédéfinies : « DEL étendue » pour les écrans à gamut étendu de gamme professionnelle, « DEL standard » qui est la plus répandue, « Général « pour les écrans dont on n’est pas sûr de la technologie ou antérieurs à 2009, et enfin, « DEL GB » pour les écrans à forte capacité de gamut doté d’un rétroéclairage par DEL verte/bleue.

Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

Sur mon iMac 27″, j’ai choisi DEL Standard. Ces informations ne sont à renseigner que lors du premier étalonnage. On arrive enfin à une fenêtre importante : le choix des valeurs de calibrage. Quatre menus déroulants s’offrent à nous : le gamma, le point blanc, la luminosité et la lumière ambiante.

Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

Quelques mots sur ces éléments. Le gamma ne fait plus débat : la recommandation à 2,2 est pertinente. C’est devenu la référence depuis la convergence des configurations par défaut entre Mac OS et Windows.

Le point blanc est ici préconisé à 6 500 K. Sur les applications professionnelles, on parle de D50, D55 ou D65 en référence à la lumière utilisée pour analyser le tirage sur papier. Comme les amateurs sont rarement équipés de cabine de lumière de contrôle à 5 000 K, nous vérifions très souvent nos tirages à la lumière du jour. La norme D65, ou 6500K, est donc la plus pertinente. De plus, forcer un point blanc en dessous des spécifications d’un écran « standard » risque de ne pas restituer correctement les couleurs et provoquer une usure prématurée.

Troisième choix : la luminosité. Ici, il est important d’avoir désactivé le réglage d’ajustement automatique de la luminosité de son écran dans ses préférences système. En effet, celle-ci variant en fonction de la lumière ambiante, cela pourrait fausser les mesures, un écran ayant un rendu colorimétrique plus ou moins constant en fonction de la luminosité. D’ailleurs, il est recommandé d’avoir une lumière ambiante moyenne stable pour un confort optimal. Il faut donc faire un choix en fonction de son environnement de travail.

Personnellement, je ne change jamais la luminosité de mes écrans sur mon poste de travail, mais à la maison, avec la lecture de la lumière ambiante par la SpyderX, les réglages permettent d’obtenir des profils adaptés aux ambiances lumineuses, plus pertinentes que le seul ajustement automatique du système. J’ai donc choisi d’ajuster la luminosité de mon écran en fonction de la
lumière ambiante, pour le confort de lecture.

Attention : pour que cela fonctionne, il faut que la SpyderX soit constamment branchée. Celle-ci effectue une mesure, dans un délai défini dans les préférences, et sélectionne le profil adapté à la
luminosité ambiante.

SpyderX Pro
Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

Dans l’étape suivante, la sonde apprécie la lumière ambiante et me propose de régler manuellement la luminosité de mon écran à 200 cd/m2 (candelas/m2). J’installe la sonde sur l’écran dans la cible indiquée et, à l’aide d’un petit vu-mètre de mesure, j’ajuste la luminosité à 200 cd/m2. La précision de ce réglage au candela près n’est pas primordial, nos yeux étant incapables de percevoir un écart de 3 ou 4 candelas.

SpyderX Pro
Test de la sonde SpyderX Pro de Datacolor

Vient ensuite le processus d’étalonnage proprement dit… gammes de rouges, de verts et de bleus, dégradés de gris, écrans noirs, blancs défilent… rien d’exceptionnel si ce n’est la vitesse à laquelle la SpyderX lit ces patchs. C’est rapide, très rapide… même sur les couleurs les plus sombres. Terminé en moins d’une minute.

Les derniers écrans proposent d’enregistrer son profil à la norme ICC (International Color Consortium). Si on a choisi de ne pas mesurer la lumière ambiante, je conseille d’ajouter la date au nom de l’écran pour facilement distinguer les fichiers dans le système. Sinon, plusieurs profils seront enregistrés et activés en fonction de la lumière ambiante mesurée par la sonde. Ce premier étalonnage effectué, si besoin est ou quand l’application le rappellera, un recalibrage permettra de réajuster le profil sans avoir besoin de respécifier les options.

Petite astuce : je suggère, dans les paramètres des préférences de l’application, d’utiliser la version 4.0 pour la norme des profils ICC. Par défaut, elle est réglée sur 2.0 pour une compatibilité avec tous les systèmes et logiciels. Mais la norme 4.0 existe depuis 2001 et elle est plus performante. Sur Mac, pas de soucis, mais sur PC (même avec Windows 10), certains logiciels peuvent poser problème. En cas de doute, vous pouvez consulter le site de l’International Color Consortium ici : http://www.color.org/version4html.xalter Un simple PDF à télécharger vous indiquera visuellement avec quelle norme ICC votre système est compatible.

Conclusion sur la sonde SpyderX Pro de Datacolor

La SpyderX Pro de Datacolor a rempli complètement son contrat. Cette version est à la hauteur du difficile processus d’étalonnage d’un écran. Elle est rapide et simple à utiliser, même pour un néophyte, en suivant les aides de l’application. Pour les plus exigeants, la version Elite apportera plus d’options dans les réglages du processus d’étalonnage, mais je trouve déjà le résultat très à la hauteur d’un usage expert, voire professionnel.

La sonde est bien conçue, petite et pratique. Le logiciel en français est clair, quoique perfectible en ce qui concerne l’ergonomie. Certains choix mériteraient d’être mieux expliqués. Le seul gros point noir est l’absence complète d’un guide d’utilisation en français. J’ai eu beau fouiller sur la toile, je n’ai trouvé que la version en anglais.

Malgré cela, la SpyderX Pro remplit bien son rôle si on prend le temps de comprendre le processus et d’ajuster les réglages à son écran et ses usages. Et si on se trompe, on peut recommencer un étalonnage, ça ne prend vraiment pas beaucoup de temps.

Un dernier conseil : n’hésitez pas à aller chercher les spécifications techniques de vos écrans. La SpyderX Pro m’a surprise par la qualité de son calibrage, tout aussi efficace que les meilleurs spectrocolorimètres professionnels (j’ai comparé). Son prix, un peu plus élevé que la concurrence directe, est amplement justifié par sa compatibilité avec les dernières technologies d’écran et sa
rapidité d’analyse plutôt confortable. Bref, un très bon outil pour tous ceux qui veulent garantir le résultat de leur travail sur leurs images.

Points forts:
  • Compacité de l’appareil le rendant très facilement transportable
  • Fabrication soignée et ingénieuse.
  • Processus d’étalonnage très rapide.
  • Gestion en continue de la lumière ambiante.
Points faibles:
  • Prix un peu au dessus de la concurrence
  • Fragilité du câble USB.
  • Pas de mode d’emploi en français.
  • Ergonomie de l’interface perfectible.

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Jean Etienne Cornuau

Photographe depuis plus de 45 ans, graphiste et vidéaste, je pratique ces activités professionnellement dans une grande mutuelle d’assurance française pour la communication interne et externe de l’entreprise. Je pratique aussi la photographie pour mon plaisir. Je me suis équipé d’un Nikon D750 avec lequel je fait, entre autres, de la photo animalière.

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