Test de la console de retouche photo Loupedeck pour Adobe Lightroom

La petite société finlandaise à l’origine de cette console est sans doute partie du constat, que se font bon nombre de photographes, concernant l’aspect chronophage qu’a le traitement de grande quantité de photo avec le logiciel Adobe Lightroom et a recherché une solution pour optimiser ce flux de travail. Jusqu’à présent, les photographes, dont je fais partie, se contentaient de bidouillages effectués avec des contrôleurs MIDI interfacés à Lightroom via le plug-in MIDI2LR.

C’est pourquoi en novembre 2016 cette société a lancé son projet de console physique rassemblant les principales fonctionnalités du logiciel Adobe Lightroom sur la plateforme de financement participatif Indiegogo. Avec un objectif initial de 75 000 €, le projet a finalement réussi à récolter plus de 360 000 €. C’est dire l’intérêt qu’a suscité cette initiative et sans doute le signe d’un réel besoin.

Présentation générale de  la console de retouche photo Loupedeck

La console Loupedeck est présentée dans un emballage d’un noir mat sobre et élégant. En fait peu de choses dans cette boîte : la console enchâssée dans une mousse de protection et sous celle-ci un petit carnet regroupant les mentions légales et une carte noire mode d’emploi. Rien de plus. En effet, le logiciel de configuration est disponible uniquement par téléchargement.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom
Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

La première remarque que l’on se fait de cette console, et je pense que ce sera le principal défaut de cet accessoire, est que le cordon USB n’est pas détachable. À l’ère du tout sans fil Loupedeck aurait pu ou dû prévoir une solution Bluetooth ou au moins un câble USB amovible. En effet, la présence indissociable de ce câble va demander une attention toute particulière lors de son utilisation. Il me semblerait assez agaçant de devoir racheter une console à près de 200 € pour cause d’un câble USB de quelques euros défectueux.

Outre cette constatation, la console présente un design très réussi épuré et d’une sobriété toute scandinave. Son encombrement non négligeable doit être pris en compte dans l’organisation de son espace de travail. Sa taille est équivalente à celle d’un clavier standard. Elle fait 40 cm de large sur 16 cm de profondeur et 32 mm d’épaisseur totale. Ceci permet d’avoir une répartition et un positionnement des commandes ergonomiques. Elle possède 57 touches et molettes dont 12 sont personnalisables.  La touche « Fn » permet de dédoubler les fonctions de certaines touches. Si l’aspect général de cette console respire la solidité en revanche le toucher des boutons fait un peu chiche et bas de gamme. À ce prix, Loupedeck aurait pu travailler un peu plus le confort d’utilisation et la qualité de ses touches.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom
Configuration requise pour l’utilisation de la console Loupedeck:
– Adobe® Lightroom® 6 ou version ultérieure

– Windows® 10, Windows® 8.1, Windows® 7

– Mac® OS 10.12, Mac® OS 10.11, Mac® OS 10.10

– Connexion Internet pour pouvoir télécharger le logiciel Loupedeck®

– USB 2.0 A

Installation de la console et mise en route

L’installation de la console se fait en téléchargeant un logiciel à l’adresse indiquée sur la carte noire servant de mode d’emploi fournie dans la boîte. Au demeurant, ce mode d’emploi est des plus sommaire puisqu’il ne comporte que deux étapes :

  • Télécharger et installer le logiciel ;
  • Connecter la console au port USB de l’ordinateur.
Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

On ne peut effectivement faire plus bref.

L’étape suivante est la configuration de la console. Ce paramétrage concerne essentiellement les touches personnalisables et la sensibilité et la vitesse des molettes. Grâce à la touche « Fn », la capacité de personnalisation est dédoublée. Une configuration par défaut est proposée. Pour ma part, je les ai laissés tels quels. Je verrais à l’usage le meilleur emploi de ces touches. Idem pour le réglage de la sensibilité et de la vitesse d’incrémentation des potentiomètres. Petite précision, cet outil de configuration n’est proposé qu’en anglais, mais son emploi est suffisamment simple pour pouvoir se passer de traduction.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

L’intégration à Lightroom se fait automatiquement. Aucune installation de plug-in n’est nécessaire. À l’ouverture de Lightroom, Loupedeck signale sa présence par une petite phrase « Loupedeck thinks you look great today » (Loupedeck pense que vous allez bien aujourd’hui). Pourquoi cette phrase ? Je ne sais pas, peut-être une façon de positiver même lorsque l’on doit trier les 3000 photos du dernier mariage.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

D’ailleurs, j’ai pu tester la console en situation sur 2 types de séances différentes un mariage et une séance de portrait.

Test

J’ai commencé par tester la console sur une petite série de photos pour me familiariser avec les différentes touches et leurs positions. On arrive rapidement à les maitriser d’autant que les concepteurs ont eu l’intelligence de les placer de manière ergonomique. Mais dès le début de cette prise en main, une contrainte apparait. Il est impossible de se passer ni du clavier ni de la souris. Toutes les fonctions ne sont pas représentées sur la console et certaines ne sont pas assez précises.

Par ailleurs, aucune touche ne remplit les fonctions des touches « Entrée », Alt ou Maj du clavier particulièrement utile avec Lightroom. La console répond assez bien sur ma version de Lightroom même si quelques fois des latences existent en particulier lors du défilement des photos avec les flèches. Les molettes sont cliquables pour pouvoir remettre à zéro les réglages. Le fait d’utiliser des molettes rend les réglages beaucoup plus précis qu’avec la souris. Enfin, dès cette mise en jambe, je m’aperçois que j’ai tendance à me concentrer beaucoup plus sur l’image que sur le niveau de mes réglages. À l’usage, cette console change complètement notre façon de travailler.

Performance

Après ce tour de chauffe, je m’aperçois qu’effectivement je pourrais personnaliser certaines touches suivant mes habitudes de travail. Je commence par la molette C1 et les deux touches C2 et C3. J’assigne respectivement à chacune d’elles « Correction du voile », « Bibliothèque/Développement » et l’outil de suppression des défauts. En effet, si un accès direct au pinceau est prévu en revanche, pas de touche pour la fonction « Dégradé linéaire et radial » ni pour l’outil de suppression des défauts. C’est pourquoi je poursuis cette personnalisation avec le dédoublement de ces commandes par la touche Fn. J’affecte à la molette FnC1 la suppression du bruit et aux touches FnC2 et FnC3 et les filtres gradué et radial.

Pris au jeu de la customisation, je souhaitais continuer à assigner de nouvelles fonctions aux touches P1 à P8 ainsi qu’à touche export, mais malheureusement le logiciel n’arrivait pas à se connecter à Lightroom. Après plusieurs essais infructueux, j’ai abandonné l’idée de mettre mes principaux presets sur les touches P1 à P8 et mes deux principaux presets d’export sur la touche éponyme. J’ai contacté la société à ce sujet et espère avoir une réponse avant la parution de cet article. Étrangement, ce problème n’affecte pas le fonctionnement de la console.

Il est temps de passer aux choses sérieuses le traitement de la séance photo de mariage et de la séance de portrait.

Etudes de cas
Séance mariage

Environ 2400 photos à trier. Je m’installe confortablement et c’est parti pour quelques heures de travail à la chaîne. Généralement, je fais un premier tri en marquant les photos retenues. Cela me permet d’évacuer d’office toutes les autres. C’est presque aussi confortable et efficace que la méthode avec la manette de jeu utilisée par Sébastien Roignant et sans aucune mesure beaucoup plus rapide qu’avec le clavier. Ce premier tri s’effectue rapidement et va me permettre de créer un ensemble de collections ou stocker les différentes étapes du mariage. J’aurais pu aussi aisément et sans perdre plus de temps noter ou donner une couleur.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

Ce premier tri effectué, je m’attaque directement aux premières retouches. Que du bonheur ! Je me concentre uniquement sur l’image sans plus tenir compte du niveau de mes curseurs. Et je m’aperçois que je ne pousse jamais aussi loin les modifications. Je travaille avec du matériel Fuji et j’aime retrouver la colorimétrie choisie dans mon boitier ainsi que quelques réglages de base que je fais systématiquement. Ceci est fait rapidement et je synchronise le tout en utilisant les touches « Fn + Paste ».  Je m’essaie même à travailler en plein écran. Cela débride totalement les retouches et l’on est vraiment concentré sur l’image.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

Cela ne peut malgré tout se faire sans la souris ni le clavier. Il faut pouvoir organiser son espace de travail pour avoir accès sans difficulté aux trois accessoires. Pour ce faire, j’ai déplacé ma tablette tactile et mis le clavier sur la gauche, la console au milieu et laissé la souris à droite. Cette configuration fonctionne bien. Le gain de temps sur de grandes séries de photos est vraiment appréciable.

Je continue mon test sur une séance photo de portrait pour voir si, sur une série beaucoup plus réduite, l’utilisation de cet outil se justifie toujours.

Séance portrait

Cette fois, j’ai environ 350 photos à trier ! Cela devrait être un jeu d’enfant. Et effectivement, le tri s’effectue très rapidement. D’autant que sur ce type de séance lors de ce tri j’attribue des notes, car souvent beaucoup trop de photos sont exploitables et le choix doit être nettement plus précis.

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom

Je passe en mode plein écran dès que je peux pour effectuer les retouches sous Lightroom avec la console. Dommage que dans ce mode les outils de modifications locales ne fonctionnent pas sinon j’effectuerai en permanence mes retouches ainsi.

Le gain de temps est toujours non négligeable, mais c’est surtout en confort d’utilisation que la différence se fait, je suis pourtant un irréductible utilisateur de raccourci clavier.

Conclusion

Loupedeck a créé un outil vraiment utile pour les photographes professionnels et en particulier pour ceux traitant de grandes quantités de photos. Le prix, de 200 € est un investissement rapidement amorti avec les gains de temps obtenus. Pour un photographe amateur, cela reste un accessoire assez cher, mais si la pratique de la photo est un loisir très régulier cela peut également justifier de casser sa tirelire.

Nonobstant, cette console n’est pas exempte de défaut et en particulier ce cordon USB non amovible. Elle ne permet surtout pas de se passer du clavier et de la souris. J’espère que Loupedeck sortira rapidement une nouvelle version sans fil qui rendra son outil encore plus confortable.

NDLR Loupedeck vient de répondre à ma question concernant le problème de connexion à Lightroom du logiciel de configuration de la console. Apparemment, cela peut provenir d’un nombre trop important de paramètres prédéfinis enregistrés.  Par ailleurs, ils m’ont conseillé de faire une petite manipulation dans le logiciel qui résout en partie le problème. J’arrive à présent à configurer les touches P1 à P8, mais toujours pas la touche « Export ». À suivre…

Mise à jour:

Les choses bougent vite chez Loupedeck. À la suite du courriel que j’avais adressé à au service client concernant les problèmes que j’avais rencontrés lors du test, Loupedeck m’avait fait part de la parution prochaine d’une version 2.0 du logiciel de paramétrage. La version bêta est téléchargeable et corrige en grande partie les remarques que j’avais faites. Ils poussent encore plus loin les possibilités de personnalisation et les soucis rencontrés avec la dernière version de Lightroom sont résolus. Enfin, les utilisateurs de Capture One vont pouvoir profiter des avantages d’utilisation de cette console.

 

 

 

Loupedeck, la console de retouche photo pour Adobe Lightroom
Points forts:

  • Accès direct aux principales fonctions de Lightroom
  • Touches configurables
  • Précisions des réglages
  • Gains de temps sur le traitement de grandes séries de photos
  • Permets de travailler en plein écran
Points faibles:

  • Cordon USB non amovible
  • Prix
  • Ne permets pas de se passer totalement du clavier et de la souris
  • Des bugs de déconnexion
  • L’outil correction du voile n’a pas été mis à jour pour la dernière version de Lightroom CC

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Casimir Picconi

Photographe basé sur Marseille. Je me déplace facilement dans toute la France et ailleurs bien que l'essentiel de mon travail se fasse en Région PACA. Je suis un photographe portraitiste, mais pas seulement. Je suis un vrai photography's addict. J'aime non seulement faire des photos mais je me passionne aussi pour le travail de mes talentueux confrères. Je cours les expo et passe beaucoup (trop) de temps à regarder se qui se fait en matière de photographie. J'aime qu'il y ait une dimension humaine dans mes photos. C'est sans doute assez banal, mais j'essaie de capter une part d'âme de mes modèles. Je suis toujours en recherche et un éternel insatisfait. La citation qui m'inspire est celle de Saint-Exupéry : "On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux".

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