Sublimer un paysage grâce à la pose longue

Prendre en photo un paysage est à la portée de tout le monde. Cependant si votre intention est de réaliser une photo artistique plus qu’une simple photo de souvenir, il convient de prendre en compte quelques paramètres (composition, heures de la journée, exposition…). Nous allons nous focaliser ensemble sur l’un de ces paramètres, qui va donner une dimension créative supplémentaire à votre photo: la pose longue…

Qu’est-ce-que la pose longue concrètement ?

Commençons par tordre le coup à une idée reçue : on ne peut pas définir la pose longue comme répondant à une valeur générique, en disant par exemple : « au-delà de telle ou telle vitesse d’obturation, c’est de la pose longue ». Même s’il est vrai qu’elle est presque systématiquement liée à une vitesse d’obturation relativement lente, cette technique correspond davantage à un processus créatif qu’à une valeur mathématique, car, nous allons voir ceci juste après, tout dépend de votre intention et de votre sujet !

Si l’on devait donner une courte définition de cette technique, on préférerait celle-ci : la pose longue permet de mettre en évidence les éléments en mouvement d’une scène, afin de les différencier des structures inertes.

En effet, lorsque vous observez une scène avant de la capturer dans votre appareil, celle-ci sera quasi-systématiquement composée de deux éléments : les mobiles (herbes, vagues, nuages, personnes, étoiles…) et les inertes (rocher, bâtiment, et j’en passe…). Selon leur vitesse, votre œil sera en mesure ou non de distinguer les éléments en mouvement (on perçoit facilement le déplacement d’une vague mais difficilement celui d’une étoile).

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Tous droits réservé à Maxime Guegan

Contrairement à une photo qu’on va qualifier de «standard», qui va donc figer les éléments en mouvement et donc les rendre indiscernables des structures fixes,  la pose longue va permettre de les différencier en soulignant leur mouvement. Cela permet de restituer l’ambiance de la scène observée par le photographe, tout en donnant à votre photo un aspect esthétique original.

En allant plus loin, cette technique va même permettre de rendre visible un mouvement difficilement perceptible par votre œil, en témoignent les nombreuses images de «startrails» que l’on peut voir sur les sites communautaires de photos.

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Comment utiliser une vitesse d’obturation lente sans sur-exposer votre photo?

Comme dit précédemment, on va utiliser le plus souvent une vitesse lente, voire très lente. On va considérer qu’elle peut grossièrement s’étaler d’un quart de seconde à plusieurs minutes (voire même plusieurs années chez certains photographes!). Compte tenu de ceci, si vous êtes sous le soleil de midi, sans accessoire (nous verrons lesquels plus loin) à portée de main, et même en fermant au maximum le diaphragme de votre objectif, vous ne pourrez pas réaliser de longue pose!

Vous l’aurez compris, il n’existe qu’une seule possibilité d’utiliser une vitesse lente sans risque de sur-exposer votre photo : il doit faire relativement sombre !

Encore une fois, j’insiste sur le terme « relativement », car tout dépend du sujet que vous souhaitez mettre en évidence. Par exemple : si vous souhaitez donner un effet filé à une cascade, un temps de pose d’une demi seconde peut faire l’affaire, et dans ce cas nul besoin d’être dans une quasi-pénombre, si cette cascade se trouve dans une forêt à l’ombre des arbres, ça suffit !

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A l’inverse, un sujet qui nécessite un temps de pose bien plus long (mettre en évidence le mouvement d’un nuage par exemple, ou donner un effet d’eau vaporeuse, ne pourra être capturé que dans des conditions de très faible luminosité.

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A ce stade du développement, on pourrait déduire que la réalisation d’une pose longue de plusieurs secondes n’est envisageable qu’à l’aube, au crépuscule ou la nuit…

Heureusement, il existe des accessoires qui vont permettre de créer ce type de prise de vue même en pleine journée : les filtres gris neutres, ou filtres ND (neutral density). Ces filtres sont qualifiés de neutres car ils sont censés restituer une colorimétrie identique à celle de la scène sans filtre. Malheureusement, ces derniers, en particulier les entrées de gamme, possèdent souvent une dominante. Bien qu’elle soit en partie récupérable en post-traitement (d’où l’intérêt de shooter en RAW !), je ne peux que vous conseiller d’investir dans du matériel de qualité pour limiter les dégâts et les heures passées devant votre PC…

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Leur rôle va être de duper votre appareil photo en créant artificiellement une scène de faible luminosité en filtrant la lumière à l’entrée de l’objectif, on appelle cela le pouvoir bloquant.

En fonction de votre intention et/ou de la luminosité ambiante, il existe une très large plage de densité de filtre. Celle-ci va du filtre ND2 (qui laisse passer 50% de la lumière et donc permet de multiplier le temps de pose par 2) au ND1000 (qui ne laisse passer que 0.1% de lumière et permet cette fois de multiplier le temps de pose par 1000…). Il existe même des filtres ND10000 et 100000, mais réservés à une utilisation très marginale et spécifique.

Vous avez donc pu constater le lien direct entre densité du filtre et coefficient multiplicateur de la vitesse d’obturation. Accrochez-vous : pour connaitre le temps de pose après installation du filtre permettant d’obtenir une exposition identique à la photo prise sans le filtre, il suffit de multiplier ce temps de pose par le coefficient de densité du filtre.

En d’autres termes: si la vitesse d’obturation d’une photo sans filtre est de 1/50s (qui peut correspondre à une scène moyennement lumineuse avec un diaphragme bien fermé), un ND2 multipliera cette vitesse par 2 (1/25s), un ND4 par 4 (soit environs 1/10s), etc…d’où la possibilité d’obtenir des temps de pose longs, même en plein jour (si on reprend l’exemple ci-dessus, un ND1000 permettrait d’obtenir une vitesse de 1000*(1/50)= 20s !)

Filtres ND, mesure de la lumière et autres contraintes : d’une manière générale, lorsque l’appareil photo est confronté à des conditions de très faible luminosité (nuit sans lune et absence de pollution lumineuse par exemple), il va avoir des difficultés à effectuer la mesure de la lumière et à régler correctement l’autofocus. Il faudra alors utiliser le mode M (manuel) et faire la mise au point manuellement. Comme nous l’avons souligné précédemment, l’utilisation d’un filtre ND haute densité (ND400, ND1000..) va reproduire artificiellement des conditions de très faible luminosité.

Partant de ce constat, je vous conseille d’utiliser systématiquement le mode M et la mise au point manuelle lorsque vous utilisez ce genre de filtre, et ce, même si dans certains cas la mesure de la lumière et l’autofocus fonctionnent. Vous seriez bien embêté de faire votre cadrage, installer le trépied, votre filtre, voire votre porte-filtre et être obligé de tout recommencer car votre autofocus patine !

Assurez le coup et faites vos réglages avant l’installation du filtre :

[checklist]

  • Installez votre appareil sur trépied, désactivez le stabilisateur de votre appareil s’il est enclenché, et verrouillez le miroir.
  • En mode A (ou Av), sélectionnez votre ouverture, faites la mise au point manuellement (en utilisant de préférence le liveview), et prenez votre photo. Profitez-en pour vérifier l’exposition en jetant un œil sur l’histogramme et relevez la vitesse d’obturation qui a été utilisée.
  • Comme énoncé précédemment, multipliez cette vitesse par le coefficient de densité de votre filtre pour obtenir le temps de pose à utiliser pour votre photo une fois le filtre installé.
  • Sélectionnez le mode M, entrez le couple ouverture/vitesse qui correspond, positionnez votre filtre, et tour est joué ! Pensez simplement à occulter l’œilleton du viseur pendant la prise de vue pour éviter une pénétration de lumière indésirable dans l’appareil.[/checklist]

Une dernière chose : sachez qu’il existe des applications mobile qui calculent à votre place la vitesse d’obturation à sélectionner en fonction de la densité de votre filtre…

Il faut savoir également que la pose longue (avec ou sans filtre) a un autre inconvénient : elle est génératrice de bruit numérique. Il est donc important d’utiliser la sensibilité ISO la plus basse possible afin de limiter la dégradation de qualité de votre image.

Pour conclure, de quel matériel aurez-vous besoin en plus de votre appareil photo pour réaliser vos poses longues ?

[checklist]

  • L’indispensable trépied, pour éviter le flou de bougé caractéristique des vitesses d’obturation lentes. Il en existe de tout genre, et les comparer n’est pas l’objet de cet article. Sachez tout de même qu’au moment du choix, il est important de s’orienter vers des modèles solides et assez lourds !
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Tous droits réservé à Maxime Guegan
  • Les fameux filtres, utiles uniquement lorsque la luminosité est trop forte ou dès que vous optez pour des temps de pose importants (au-delà de quelques secondes, et même si la lumière est faible,  ils vous seront souvent indispensables). Là encore il existe beaucoup de modèles et on ne va pas développer ce sujet. Sachez simplement que si vous optez pour des filtres carrés, il faudra investir dans un porte-filtre et une bague d’adaptation.
  • La télécommande filaire, dans le but d’éviter les vibrations consécutives à l’appui de votre doigt sur le déclencheur. Dans certains cas, vous pourrez vous contenter du retardateur, mais la télécommande se trouvera indispensable dans deux cas :

– Si vous désirez avoir un contrôle parfait sur le moment de déclenchement (pour capter le mouvement d’une vague par exemple)

– si vous utilisez un temps de pose supérieur à 30 secondes, vous serez contraints de passer en mode Bulb et la télécommande sera alors bienvenue !

  • Une seconde batterie, cette technique peut être gourmande en énergie…[/checklist]

Vous avez maintenant les clés en main pour réaliser des clichés créatifs. Cet article traitait principalement de la pose longue en photo de paysage, mais n’oubliez pas que cette technique se prête très bien à d’autres sujets (un manège en mouvement, un bateau au mouillage, traînées de feux de voitures…). La seule limite est celle de votre imagination, alors amusez-vous !

Maxime Guegan

Né en Bretagne et vivant actuellement sur Nantes, je ne suis pas tombé tout petit dans la marmite de la photographie, mais mon œil a toujours été attiré par l’image, dans son sens le plus générique. Mon travail s’oriente surtout vers les paysages marins, le mouvement de l’eau se prête aisément à l’utilisation de la pose longue, une technique que j’affectionne et utilise régulièrement car elle dévoile le visage d’une nature que l’œil humain ne peut pas percevoir…

4 pensées sur “Sublimer un paysage grâce à la pose longue


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    17/07/2014 à 10 h 41 min
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    Merci pour cet article, mais je note une erreur.
    Il est dit : si la vitesse d’obturation d’une photo sans filtre est de 1/50s (qui peut correspondre à une scène moyennement lumineuse avec un diaphragme bien fermé), un ND2 multipliera cette vitesse par 2 (1/25s), un ND4 par 4 (1/125)

    La vitesse donnée pour le filtre ND4 ne sera pas de 1/125, mais se rapprochera de 1/12,5 (bon, 1/10 quoi)

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  • 17/07/2014 à 13 h 24 min
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    oups, le calcul mental n’a jamais été mon fort…:s Merci pour la correction.

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