Interview de Vincent Delesvaux

Aujourd’hui je vous propose de découvrir un photographe qui maîtrise l’art de la pose longue et la Technique du light painting, en la personne de Vincent Delesvaux. Il s’est pris au jeu et a accepté de répondre à mes questions et vous allez voir qu’il du genre bavard!

Si vous voulez suivre le travail de Vincent, vous pouvez le retrouver:[checklist]

Interview de Vincent Delesvaux

Portrait - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Portrait – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Bonjour Vincent,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?  

Je m’appelle Vincent Delesvaux, j’ai eu trente ans il y a quelques semaines, je vis de la photographie depuis 5 ans et pratique le light painting depuis 6. J’ai vécu dans le sud de la France et en Espagne, ai travaillé en Irlande et en Suisse, j’aime beaucoup parler et voyager et suis dans une dynamique de découverte même si j’ai parfois peur des autres. Je vis à présent à Lyon et travaille dans toute la France comme photographe avec une agence de communication spécialisé dans la mise en avant des circuits cours et la mise en valeur des savoir-faire artisanaux. Depuis peu je m’initie à la vidéo pour du reportage d’entreprise et des formats court contemplatif sur les régions et j’aime beaucoup ça.

Je dessinais beaucoup pendant mes études et j’ai souvent eu des problèmes avec l’autorité. J’aime choisir et ne pas avoir l’impression de subir les choses, être au contrôle de mon voyage. Je suis plutôt perfectionniste, exigeant et j’ai du mal à lâcher prise et avoir confiance. Je suis plutôt impatient en société – j’ai toujours été très dynamique et je réagis souvent de manière émotive aux situations. Je pense être sensible, emphatique et compréhensif mais j’ai parfois du mal à faire la distinction entre moi et les autres. Je me débats avec mes contradictions et cours après une paix qui n’est sûrement pas si loin. Je me sens plutôt heureux dans ma vie grâce à la photo, qui me donne un cadre et l’occasion de trouver une place dans la société où je peux mettre en avant les bons coté de ma personnalité et vivre tout en restant moi-même et fidèle à mes valeurs. Je me sens plutôt libre. J’ai bien dépassé les quelques lignes, désolé, je parle je parle et le temps file.

Jealousy - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Jealousy – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Peux-tu nous raconter un peu ton «histoire» photographique et nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

La photographie est mon compagnon de voyage avant tout. J’ai commencé à l’aimer par ce biais, en voyage, en faisant de la photographie de rue. Hormis le light painting c’est vraiment quelque chose que j’affectionne et c’est ce qui me touche le plus en tant que spectateur. Savoir unir des éléments, raconter une histoire au milieu d’une trame déjà existante, coller des parties d’un tout pour le déformer et en révéler un autre sens c’est ça la photo de rue pour moi et qui me plait. Dans le light painting qui est un style très différent, ce que j’aime c’est le contrôle sur l’environnement et la création pure à l’intérieur du vide, le jeu sur les couleurs et les textures. Le fait aussi que ça ne mente pas, que la lumière ai vraiment coïncidée avec le lieu et laissée son empreinte l’espace d’un court instant. C’est un travail sur la matière, qu’elle soit lumineuse ou palpable, un travail sur l’étincelle de vie.

La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?

L’être humain est au centre de mes photos. Nous avons pris le contrôle de notre espace, nous les plus grand des prédateurs, êtres humains sociaux et éduqués et pourtant toujours à la conquête de pouvoir, de domination, dans un mode de survie défensif et en compétition constante. La vie en société telle quelle est à présent organisée n’est pas encore aboutie pour moi, au vue du nombre de laissé pour compte, des inégalités et gâchis qui pourrait être évités. Je parle de mes angoisses existentielles, de mes tensions et de mes joies dans mes photos. C’est une capture de mes émotions dans un espace-temps donné, une recherche d’unité avec moi-même ou parfois un simple défouloir créatif où je peux vider mon trop plein d’énergie et qui me permet alors de continuer à vivre un peu plus léger pour quelque temps.

Regenerate - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Regenerate – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Je n’ai aucun porte bonheur et ne respecte pas énormément le matériel. L’autre fois dans une meunerie je lisais « le matériel c’est le gagne paix, respecter le matériel c’est gagner son pain » et ça m’a parlé. Mon corps m’est précieux et j’ai bien sûr mon petit set de lampes que j’emmène partout lorsque je sors pour augmenter ma collection d’images. Rien n’est irremplaçable dans mes outils et c’est surtout une question d’argent. J’aime beaucoup mon 24/70 mais les autres focales permettent d’autre choses et je n’écarte pas d’utiliser mon 200 mm pour faire des photos nocturne un de ces jours. Un jour Guillaume Plisson, un précurseur du light painting à Lyon, m’a dit « le meilleur outil du photographe se sont ces jambes». J’aime bien cette idée.

Qu’est ce qui est, selon toi, le plus compliqué dans le light painting? … Et le plus gratifiant?

D’abord le light painting est de la photographie : il faut absolument en connaître les bases élémentaires pour effectuer une bonne exposition de son image, harmoniser ses lumières avec l’environnement et aussi connaître les règles de composition. C’est un art qui se pratique la nuit ou dans le noir. Il est assez dur de sortir des terrains connus, de commencer à appréhender l’obscurité, s’y sentir à l’aise et savoir travailler en répétition. Ensuite pour ce qui est du light painting pur et dur – du tracé – le placement dans l’espace est assez compliqué à intégrer pour réaliser des traits précis, et il est parfois dur de garder en tête les différents chemins empruntés dans les secondes précédentes pour ne pas les cannibaliser. Enfin et d’une manière plus générale, alors que les basiques sont acquis, il est essentiel d’avoir en tête que l’objectif est de donner vie à une matière artificielle et impalpable qu’est le tracé lumineux, quelque chose que l’on n’a pas l’habitude de voir en vrai. Il est donc très compliqué de ne pas sombrer dans le kitsh et la surenchère et c’est ce qui est le plus dur selon mon point de vue. Il faut arriver à rendre les choses vraies et savoir les intégrer à l’environnement. Le plus gratifiant pour moi aujourd’hui est le fait que j’ai créé un univers assez personnel que je peux continuer à explorer et faire évoluer dans pleins d’endroits différents tout en restant fidèle à moi-même. J’aime le fait que mes images résonnent les unes avec les autres et fonctionnent en série.

Brain bang - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Brain bang – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Où trouves-tu ton inspiration?

Je trouve mon inspiration dans tous les arts graphiques que je consomme : bande dessinée, peinture, vidéos, street art et parfois même imagerie ésotérique. Aussi la musique et les voyages m’influencent mais d’une manière plus indirecte. L’autre fois j’entendais sur France Culture un écrivain dont j’ai oublié le nom dire « quand j’écris je ne suis pas seul, je m’abandonne, ce serait prétentieux de croire que l’on crée seul». Comprenne qui veuille…je travail beaucoup à l’impulsion et à l’instinct.

Peux tu nous présenter ta dernière série photo intitulée «  » 60 seconds to find an exit. »

“60 seconds to find an exit” est le résultat de trois ans de pratique pour tordre, entremêler et perfectionner mes croquis impulsifs. Les visages en feux que je créé sont réalisés en un seul trait et prennent pour décor des paysages urbains du monde entier. Chaque tracé est sauvegardé en une seule exposition et reflète la capture d’un état d’esprit et d’une interaction avec un espace temps différent. Visitant des endroits insolites, désaffectés, des allées obscures ou des lieux du quotidien, je prends place dans l’environnement et réagit par rapport à celui-ci. Chaque peinture lumineuse de la série est définie par un temps d’exposition et un lieu. Les dates des photos montrent la progression dans ma recherche et la façon dont mes idées et mes émotions s’enrichissent au fil des voyages.

Very heavy load - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Very heavy load – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Je n’ai pas de préférée mais je peux vous montrer cette photo que j’aime beaucoup et que j’ai appelé «Je me rappelle maintenant». C’est la photo de mon ex petite amie, Cosima, une fille que j’ai rencontré en Inde et avec qui j’ai passé du temps l’année dernière. J’aime le fait que l’image évoque différents espace temps et invite à la réflexion concernant son message et sa réalisation. Je la trouve mystique, le personnage est quasi hermaphrodite et il y a un coté héroic-fantaisy égyptienne qui me plait beaucoup.

je me rappelle mnt
je me rappelle maintenant – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

J’aimerais bien continuer mes 60 seconds et développer les torsions sur le décor et complexifier les dessins. J’ai l’impression que je suis loin encore du stade final. Plus d’interaction avec l’environnement, plus de déformation et des créatures plus dense et complexe.

Let il explosed - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Let il explosed – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

En ce moment je courrais après l’argent et me suis bien amusé dans les campagnes Savoyardes et Rochelloise à faire des vidéos, portraits et paysage des terroirs. A la rentrée j’animerais un atelier avec des jeunes de quartier utilisant le  stop motion en light painting avec un beat-boxer. Ça peut faire un sacré mélange et j’espère que l’on va bien s’amuser. Je vais sûrement multiplier mes rencontres pour proposer mes services, montrer mes travaux et aussi j’ai hâte de repartir en voyage…

Un dernier mot?

Merci pour ces questions qui me permettent toujours de prendre un peu de recul par rapport à ma démarche et surtout de parler, ce que j’adore. J’espère que je vais réussir à faire quelque chose qui me plaise vraiment dans les années à venir, quelque chose qui me dépasserai.

A bientôt !

Cosmology - tous droits réservés à Vincent Delesvaux
Cosmology – tous droits réservés à Vincent Delesvaux

Merci

Encore une fois un grand merci à Vincent pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

 

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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