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Interview de Mathieu Coquerelle

Aujourd’hui je vous invite à découvrir Mathieu Coquerelle, un photographe bourré de talent que je reçois et qui a accepté de  se dévoiler un petit peu, et vous allez vois Mathieu est du genre assez bavard!

Avant cela, si vous voulez suivre le travail de Mathieu, vous pouvez le retrouver:

Interview de Mathieu Coquerelle

Bonjour Mathieu,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie? 
Dans un tout autre domaine que l’art, je travaille dans la recherche en physique et mathématiques appliquées. J’ai 32 ans et, depuis ma jeunesse, ai toujours eu un goût certains pour l’image, l’esthétique de la nature et des structures assemblées par l’Homme. Les mathématiques sont un outil permettant, entre autres, de décrire les phénomènes physiques qui nous entourent ; cela va peut-être surprendre mais, souvent, autour de moi, je perçois des équations, des droites, des variétés, des projections que j’essaye de capturer et retranscrire dans mes compositions photographiques.

A l'intérieur du prisme
A l’intérieur du prisme – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
Peux-tu nous raconter un peu ton «histoire» photographique et nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?
J’ai commencé très jeune à dessiner sur ordinateur, tout d’abord en 2D puis en 3D, dans un univers plutôt futuriste. Ces outils me permettaient de construire des formes que je n’arrivais pas à faire avec un crayon.
C’est vers 28 ans que j’ai commencé à réellement manipuler l’appareil photo dans un but artistique. Après des premiers temps d’apprentissage technique et de composition, je me suis focalisé sur le contenu des images et le sens que je voulais leur donner, l’idée que je voulais exprimer. J’ai depuis beaucoup pratiqué lors de mes voyages, de mes déambulations urbaines et énormément échangé dans le cadre associatif. Dans le but de développer plus profondément mes connaissances en histoire de l’art et sur la démarche artistique, j’ai également suivi des cours du soir aux Beaux-Arts de Rennes.
Je m’intéresse particulièrement à l’aspect géométrique dans l’image, aux formes qui s’en dégagent et à l’impression qu’elles génèrent, tirant parfois jusqu’à l’abstraction. Je vais trouver mes sujets dans l’architecture, dans le monde urbain dans lequel j’évolue quotidiennement ou lors de mes voyages où je découvre de nouvelles dimensions. L’espace urbain, suburbain et le paysage (au sens large) sont des sujets qui me touchent également.
Je suis aussi très attiré par le trompe l’œil et l’incongruité, qui sont toutefois plus rares et difficiles à capter. Bien souvent, je me focalise sur un seul sujet « brut », certains parlent aujourd’hui – indirectement lié au « minimalisme » – d’approche minimaliste en photographie. C’est donc le mélange de ces domaines hétéroclites qui me parle et me permet de tisser des liens entre eux.
En translation, nos idées reçues
En translation, nos idées reçues – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?
A travers la photographie, je cherche tout d’abord à exprimer ma vision du monde, qu’elle soit purement esthétique ou bien réflexive. J’ai remarqué que, dans un premier temps, l’observateur se questionne souvent sur le sujet photographié du fait de l’incongruité ou de la bizarrerie d’une photo : « qu’est-ce que c’est ? », « où cela a été pris ? ». On est souvent perturbé par la contradiction ancrée – à tord – que la photographie, du fait de ses aspects « instantané », « réel », à l’instar d’un art figuratif, doit montrer quelque chose que l’on puisse identifier, rapprocher du connu.
Dans mon approche abstraite et géométrique (dans les séries « Rêves d’urbanisme », « Abtracted reality », « Sérialisation linéaire », le travail collectif « Topograhie »), je me focalise sur l’impact visuel, l’émotion provoquée chez l’observateur. Je joue d’ailleurs souvent sur l’orientation des images pour réorienter la perception.
Par exemple, dans la série « Rêves d’urbanisme », en présentant des captures de détails d’architecture plutôt que dans leur ensemble, c’est tout d’abord les constructions géométriques dans l’image qui m’intéressent puis, dans un deuxième temps, vient le questionnement sur la reproductibilité des formes et ainsi des structures construites par l’homme.
Dans ma photographie urbaine, plus classique, je cherche à présenter des images paraissant plus insolites, bien qu’elles soient prises dans des lieux souvent communs.
Finalement, j’ai également une approche plus réflexive et engagée dans le domaine de l’urbanisme et le territoire, sujets qui me questionnent beaucoup, travaux au travers desquels je tente de poser des questions à l’observateur plus directement, comme dans les séries « Abandonware » et « Rémanences d’or » (travail collectif).
Abandonware #05
Abandonware #05 – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
On dit que la photographie est un virus qui se transmets, où l’as tu attrapé ? tu l’as transmis ?
Je crois que j’ai été tout d’abord influencé par mes parents qui ont toujours eu un attrait pour la photographie, mais je crois que j’ai principalement développé cette pathologie par l’observation du monde extérieur et par l’envie d’en exprimer ma perception. Cela aurait pu être l’écriture ou la musique, aujourd’hui c’est ce medium qui m’offre le plus de liberté créative.
J’ai été président d’une association rennaise de photographe amateur, le Collectif 18-55, pendant deux ans. Cette expérience a été très riche en rencontres et échanges avec des photographes, débutants ou aguerris, aux profils et perceptions toutes différentes. Cela a été un vrai carburant pour moi et l’approche associative nous a permis tous de développer notre pratique.
Aujourd’hui je fais parti d’un collectif le Moins Trente Sept composé de trois artistes, dans lequel nous échangeons idées, réflexions et critiques au travers de travaux communs ou personnels.
Métrologie
Métrologie – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?
Ma perception des images est souvent cantonnée au format carré – je pense que mon champ de vision se restreint à ce format car j’ignore souvent ce qui se trouve en dehors -, j’ai pu apprendre à me concentrer plus facilement sur la composition le jour où j’ai acquis un Yashica Mat 124G. De plus, la rigueur que je m’impose du fait de l’utilisation de pellicules, par rapport au numérique, m’a permis de me focaliser sur l’essentiel, notamment en me posant la question « est-ce vraiment ce que je veux prendre en photo? ». Depuis, cela a complètement changé mon approche technique et expressive.

Qu’est ce qui est, selon toi, le plus compliqué dans la photographie ….? Et le plus gratifiant?

A mon sens, ce qui est le plus compliqué en photographie, c’est de réussir à s’abstraire de l’aspect instantané et « commun » pour sortir des sentiers battus et réussir à exprimer sa propre vision du monde qui nous entoure.

Le plus gratifiant reste pour moi l’atteinte d’une cohérence dans un travail, une série : je débute souvent avec une intuition que j’ai du mal à percevoir dans son intégralité mais, quand je la suis, tout finit prend forme et finalement exprimer le sentiment premier qui a été déclencheur, celui que je cherchai à comprendre.

Rêves d'urbanisme #11
Rêves d’urbanisme #11 – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle

Où trouves-tu ton inspiration?

Mon inspiration je la trouve principalement dans la lecture de livres photos, la réflexion générale sur un sujet (dans et hors de la photo), parfois sur des sites type Flickr, et également souvent dans le cinéma.

Je suis particulièrement touché par les travaux des New Topographers (Robert Adams, Lewis Baltz, Stephen Shore, les Becher, etc.) et des photographes plus contemporains réinterprétant la photographie de paysage et la construction de l’image en elle même (Onorato et Krebs, Lynne Cohen, Georges Rousse, Mathieu Bernard-Reymond, par exemple)

Hours of dark reflections
Hours of dark reflections – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?
Je retiendrai particulièrement la série « Topographie » qui est l’aboutissement d’une vision et d’un travail commun que nous avons réalisé dans le collectif Moins Trente Sept. Dans cette série nous avons mélangé nos inspirations et réflexions sur la géométrie, le paysage, l’interprétation, puis construit la réalisation technique. Nous sommes tout d’abord partis d’une vision de modelage du corps humain (merci au passage pour la patience des modèles) par des traits de lumière pour arriver à représenter des paysages illusoires, comme extraits de cartes en trois dimensions où les lignes de niveaux viennent en faire ressortir les volumes.
Dans cette série, je sélectionnerai l’image suivante où les creux et les convexités sont autant de vallées et collines.
Topographie #04
Topographie #04 – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?
J’ai de nombreuses ébauches de projets sur mes cahiers ou dans mes bibliothèques photo sur lesquelles je compte travailler à l’avenir. Tout particulièrement ,je réfléchis depuis quelques temps à l’image parfois illusoire que nous renvoient les miroirs. J’ai d’ores-et-déjà quelques images en tête que je vais construire pour une future série.
Rêves d'urbanisme #01
Rêves d’urbanisme #01 – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?
Je pense que je me « contenterai » d’un voyage au Japon pour quelques mois car la dualité entre l’espace urbain et des espaces plus vierges, imprégnés d’une histoire et d’une culture tout à fait unique, m’intrigue beaucoup.
L'antre d'un roi
L’antre d’un roi – Tous droits réservés à Mathieu Coquerelle
Si tu devais conseiller un photographe, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?
J’ai eu la chance de pouvoir beaucoup apprendre et échanger avec mon professeur aux Beaux Arts de Rennes, Michel Le Belhomme, dont les séries « La bête aveugle » me parlent beaucoup.
Un dernier mot ?

Kamoulox bien sûr, lequel pourrait être plus approprié ?  😉

Merci  :mrgreen: 

Encore une fois un grand merci à Mathieu pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

a propose Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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