Interview de Martin Evening

Martin Evening est un photographe anglais, connu, pour ne pas dire archi-connu, pour ses « bibles » sur Photoshop et Lightroom, des livres très bien écrits et riches en astuces et explications pour bien comprendre et assimiler le fonctionnement de ces logiciels. Il s’est spécialisé dans la photographie de mode, notamment auprès d’une clientèle de professionnels de la coiffure ; il garde toujours une passion pour la photo de paysage.

Son activité de photographe, moins connue par le grand public, est l’occasion pour mieux comprendre l’homme qui se cache derrière la technique.

Martin a accepté de répondre, pour la deuxième fois, à mes questions. Je le remercie chaleureusement. Martin est quelqu’un de très disponible et courtois, nos échanges par mail sont toujours une partie de plaisir.

Avant cela, si vous voulez suivre le travail photographique de Martin Evening, vous pouvez le retrouver:[checklist]

Interview de Martin Evening

Tous droits réservés à Martin Evening
Tous droits réservés à Martin Evening

Bonjour Martin,

Nos lecteurs te connaissent, pour la plupart, pour tes excellents livres sur Lightroom et Photoshop. Pourrais-tu nous parler de ton travail de photographe ?

J’ai eu un cursus assez traditionnel pour la photo au lycée de Salisbury, ensuite je me suis installé à Londres et j’ai travaillé comme assistant pour un grand nombre de photographes, spécialisés pour la plupart dans des photos de mode. Le premier photographe pour lequel j’ai travaillé a été Serge Krouglikoff, un photographe français avec un studio à Londres.

A l’âge de 24 ans je me suis à mon compte et j’ai eu une longue carrière en dans la mode, la beauté, le portrait pour différents clients. Dans ces premières années les seules fois où j’utilisais l’ordinateur était seulement pour la comptabilité. Mon intérêt pour la photo numérique et Photoshop est arrivée un peu plus tard, au début des années ’90 quand j’ai pu m’offrir un premier Macintosh et commencer à travailler avec Photoshop 2.5. Ensuite j’ai commencé l’écriture des livres sur Photoshop et Lightroom, tout en continuant mon activité de photographe en studio. A l’époque il était assez challengeant de faire coexister mon activité de photographe, d’écriture sur la retouche numérique et d’assurer quelques séminaires.

Comment ça se passe la commande d’un client pour un shooting sur les coiffures ?

Ce n’est pas forcément des demandes sur la photo en soi. Pour toutes activités spécifiques dans un domaine bien précis, les clients vous appellent pour votre expertise dans le domaine de la photographie ET pour votre connaissance du sujet. Par exemple, si un photographe spécialisé dans la photo des aliments est demandé par un client, ceci est dû au fait que ce même photographe sait comment travailler avec les stylistes de ce type de photo et sait comment faire attention à tous ces petits détails qui contribuent à la réussite de la commande. Pour les photos des chevelures, les clients apprécient mon expérience passée avec les coiffeurs et ma compréhension de leurs problèmes techniques. Je te rassure, je ne sais pas couper les cheveux, mais j’en sais assez pour demander au coiffeur comment arranger une coiffure pour obtenir le meilleur résultat à la prise de vue. Mes clients apprécient cette compétence et mon implication dans le processus. Il vaut mieux demander au client de revoir la coiffure que shooter à tout-va ce qu’ils me présentent et être tous déçus de travail réalisé à la fin de la séance.

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Avec quel type d’appareil photo travailles-tu et pourquoi ?

Je préfère ne pas donner trop d’importance à l’appareil que je vais utiliser. J’ai utilisé pendant longtemps un 35mm Nikon avec des Hasselblad, Mamiya et Fuji moyen format. Mon premier reflex a été un Canon Eos 1D et j’ai utilisé aussi un Hasselblad Hd4. Je préfère travailler avec des reflex pour leur rapidité, pour le choix des optiques et j’aime tout particulièrement leur capacité à travailler avec des ISOS élevés sur les nouveaux capteurs Cmos.  Ceci dit, les appareils moyen format commencent timidement à montrer des capteurs CMOS et du potentiel aux ISOS élevés. Regarde Hasselblad, il vient d’annoncer un capteur CMOS pour son modèle H5D-50.

La lumière: as-tu une configuration « standard » de base ou utilises-tu un set différent pour chaque shooting ?

Comme la plupart des photographes en studio, j’ai bien évidemment mes préférences pour telle ou telle disposition de la lumière. Une des choses les plus « insouciantes » qu’on puisse réaliser en travaillant sur des fichiers raw est la facilité avec laquelle on peut éclairer ou assombrir de manière sélective une image. A l’époque de l’argentique il fallait être assez rigoureux avec la manière d’éclairer tes sujets puisque s’ils bougeaient d’un côté ou de l’autre, c’était toute ton exposition qu’il fallait revoir, en agissant sur la lumière ou l’ouverture. Avec le numérique tu peux te permettre d’être moins précis et ton sujet se sent plus libre de ses mouvements. Ça veut dire aussi que tu peux shooter avec un équipement plus léger et interagir différemment avec ton modèle pendant le shooting.

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Tous droits réservés à Martin Evening

La photo de coiffure est un type de photo qui demande une utilisation savante de la lumière, ce qui implique que la photo doit être parfaite avant même de commencer à penser au travail en post production; est-ce que la post production est une manière de résoudre des problèmes optiques et techniques qu’on ne peut pas résoudre à la prise de vue ?

Malgré ce que je viens de te dire, je prête quand même une grande attention à la technique à la prise de vue, héritage du soin de l’époque argentique, pour diriger la lumière, pour contrôler sa transition de lumière dure vers une lumière plus douce et pour gérer sa direction. Je pense que tout ceci est une sorte de seconde nature, ça vient tout seul. D’ailleurs, c’est intéressant de constater que certains assistants, qui pourtant mes connaissent bien, n’arrivent jamais à mettre en place tout l’équipement là où il doit être placé, sans une dernière intervention de ma part : je veux contrôler le peaufinage de la mise en place par moi-même.

En phase de post production je peux masquer une partie des cheveux, ajouter un poil de lumière et même changer les couleurs. Ceci est intéressant parce que je peux me permettre de travailler avec un nombre restreint de modèles et créer des nuances différentes sans avoir à changer physiquement leur couleurs en studio. Compte tenu des cachets des modèles, je peux travailler une douzaine de nuances de couleurs différentes avec seulement 4 ou 5 modèles. Pour définir la bonne couleur je mesure des échantillons du look final avec un colorimètre.

Comment mettre en scène une coiffure ? Par l’attitude du personnage, la lumière, les ombres, les couleurs, les contrastes ?

Tout ça est une fonction de l’ambiance qu’on arrive à créer au studio, là où le client, les modèles et les maquilleurs peuvent se sentir à l’aise et mis en valeur. Des petite choses comme s’assurer qu’il y a assez de lumière pour y voir clair, assez d’intimité et des bons repas font la différence et donnent envies aux gens de travailler pour vous. Mais les choses peuvent ne pas se dérouler comme prévu. Il faut trouver un autre studio, un modèle peut être en retard, ou carrément ne pas venir du tout et c’est là qu’il faut avoir l’expérience et les contacts pour assurer le coup : the show must go on. Il faut aussi être capable de définir un cahier de charges réaliste avec le client, afin qu’il obtienne les photos qu’il souhaite; parfois il y a des soucis parce que on promet de choses irréalisables ou parce que on se laisse entrainer sur des voies difficiles et on finit par dépasser le budget. Si tu gardes un planning avec un certain degré de souplesse tu peux tenir ton budget et le client sera content. Au fur et à mesure que la journée passe, si tout est bien organisé en amont, le shooting en soi ne sera pas trop stressant, au contraire. Le modèle arrivera sur place et tout sera prêt ; un ou deux test pour caler la bonne exposition et ajuster la lumière et le travail peut commencer.

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Tous droits réservés à Martin Evening

Parmi tes photos, disons sur les deux dernières années, laquelle est ton coup de cœur ?

Celle-ci est une photo que j’ai prise il y a quelques années et que j’ai retravaillée pour la couverture de mon dernier livre sur Photoshop CC. Il ya des photos bien plus « dramatiques » dans mon portfolio, mais ce qui m’a plu sur cette photo en particulier est que j’adore ce look avec ces grands cheveux et qu’il n’y a eu aucune retouche sur le visage du modèle. Le maquillage, l’exposition et la lumière ont été parfaites et je ne voulais pas estomper les petites rides et la texture de la peau; par la suite, j’ai fait vraiment un travail à minima sur Photoshop. J’ai appliqué un mode de fusion en superposition avec un masque, pour appliquer un effet de couleur.

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Tous droits réservés à Martin Evening

Quelle est la touche Martin Evening ?

Il y a-t-il vraiment LA touche d’un photographe en particulier ? J’ai essayé un tas de choses en post production sur la lumière depuis des années et j’aime le challenge d’un client me demandant de réaliser quelque chose d’innovant suite à un premier rendez-vous. Je suis connu pour mes livres sur Photoshop et Lightroom et j’ai retouché mes photos pendant des années. Avec le temps, j’ai appris à manier la retouche avec délicatesse et à conserver le maximum de détails de la prise de vue d’origine. Je n’aime pas la retouche à outrance même si une partie des clients sont demandeurs de ce type de travail. Personnellement, je préfère garder toutes les retouches sur des calques indépendants et moduler l’opacité globale à la fin de manière à adoucir les défauts et les imperfections naturelles sans peindre tout simplement par-dessus.

Merci 

Encore une fois un grand merci à Martin Evening pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail photographique, pour rappel, vous pouvez le retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Giorgio Paparelle

Giorgio PAPARELLE, photographe amateur, architecte de formation, je suis un pur autodidacte. J’ai commencé à m’intéresser à la photo un peu par hasard; à mes débuts j’utilisais des compacts puis j’ai été attiré par les reflex et les possibilités offertes en termes de contrôle de chaqueparamètre en fonction de la veine créative du moment.

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