Interview d’Etienne et Sébastien Francey

On continue les découvertes de photographes de talents et cette semaine ce n’est pas un mais deux photographes que je vous propose de découvrir en la personnes d’Etienne et Sébastien Francey, deux frères qui se sont prêtés au jeu des questions réponses.

Avant cela, si vous voulez suivre le travail d’Etienne et Sébastien Francey , vous pouvez les retrouver:[checklist]

Interview d’Etienne et Sébastien Francey

Etienne et Sebastien
Tous droits réservés à Etienne et Sébastien Francey

Bonjour Etienne et Sébastien,

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur votre vie en dehors de la photographie?

Etienne: Je m’appelle Etienne, j’ai 17 ans. J’ai commencé la photographie animalière en 2007 à l’âge de dix ans. Au départ, je n’avais ni connaissances de la technique, ni aucune expérience dans la branche. Je découvrais à la fois la nature et la photographie. A l’école, j’étais très souvent tenté de regarder par la fenêtre, et même de l’intérieur je pouvais observer chevreuils, hérons, épervier, moineaux, renards, cigognes,… Il faut dire que j’ai de la chance d’habiter en campagne. Aujourd’hui, avec les études, j’ai nettement moins de temps pour me consacrer à la photo animalière. Il ne me reste que les week-end – et encore! – pour faire une petite sortie.

En dehors de la photographie animalière, j’adore aussi photographier les gens. Entre autre lors de shootings ou alors des cérémonies religieuses comme les mariages. Je dessine et peins aussi beaucoup, j’aime aussi le bricolage.

Sébastien: Je m’appelle Sébastien Francey et j’ai 17 ans. J’aime la nature depuis toujours et j’ai commencé la photo naturaliste en 2008, une année après mon frère Etienne. Je suis actuellement au collège (lycée pour les Français) en option sociale. Dans la vie, j’aime beaucoup, faire de la musique dans la fanfare du village,   marcher en montagne et bien sûr… …faire des photos !

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Tous droits réservés à Etienne et Sébastien Francey

 

Pouvez-vous nous raconter un peu votre «histoire» photographique et nous présenter vos style(s) de photo de prédilection ?

Etienne:  Pour être franc, lorsque j’ai commencé la photo, je me rendais sans aucunes connaissances dans la nature. C’est au fil des rencontres que j’ai appris ruses et techniques. C’était assez difficile au niveau du matériel, je possédais le boitier le plus bas de gamme avec un grand-angle 18-55mm. Pour les chevreuils ça n’étaient pas génial. Mais j’ai quand même réussi à faire quelques images !
Et heureusement que mon grand-père Marcel était là pour me guider. Nous avons passé ensemble d’innombrables heures dans son jardin (qui accueille les oiseaux en hiver) et sur les chemins de promenades, jumelles autour du cou. A l’intérieur nous parlions photographie, il me faisait découvrir ses boîtiers, ses objectifs, ses installations « maison » pour la macro. Ainsi j’ai eu une bonne formation nature et photo !
C’est ainsi que j’ai commencé en améliorant petit à petit mon niveau, et encore aujourd’hui je ne cesse d’en apprendre tous les jours…

J’aime beaucoup les images colorées, avec du flou et de la lumière.

Sébastien: En 2007, mon frère jumeau et moi-même avons crée le journal «Chnature», pour présenter au plus grand nombre la nature locale. La photo est donc arrivée naturellement pour illustrer le magazine et ramener des souvenirs de mes rencontres. Je ne peux pas prétendre avoir un style particulier. Le genre d’images que je réalise, ça dépend de mon humeur, de mes inspirations du moment et du sujet ! J’essaie de ne pas me limiter à un style précis, j’essaie de faire du mieux possible en fonction des circonstances, tout en essayant d’innover !

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Tous droits réservés à Etienne et Sébastien Francey

La photographie est un moyen d’expression, que cherchez vous à faire comprendre à travers vos photos ?

Etienne:  Ce qui me fait le plus plaisir lorsque je présente des images, c’est que les gens s’étonnent en voyant toutes la faune qui les entoure. J’ai un immense plaisir à faire découvrir la nature de chez nous. Et bien sûr si la qualité de l’image plaît, alors là je suis pleinement satisfait !

Sébastien: Pour moi, le plus important dans une photo, c’est l’émotion qu’elle véhicule. Une photo sans émotion, c’est une photo sans intérêt. Mon but en tant que photographe amateur est de faire prendre conscience au grand public que la nature qui nous entoure est infiniment riche et variée, mais également très vulnérable. Sans elle, nous ne sommes rien. Il est difficile de transmettre ce message avec quelques images. C’est pour cela que nous ne nous limitons pas au travail de photographe, mais nous rédigeons aussi notre magazine Chnature.

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Tous droits réservés à Etienne et Sébastien Francey

 

On dit que la photographie est un virus qui se transmets, où l’avez vous attrapé ? l’avez vous transmis ?

Etienne:  Comme je l’ai mentionné précédemment, mon grand-père faisait déjà de la photographie. Des insectes de très près, mais surtout de l’astro-photo. Équipé d’un très bon télescope, il a réalisé de splendides images du ciel. Et en plus, tout est fait en argentique, un prouesse technique! Donc, à mon avis, pas besoin de chercher très loin qui m’a transmis ce magnifique virus, que j’essaie de retransmettre le plus possible.

Sébastien: Tout comme Etienne, de mon grand-père ! Entendre parler un passionné de nature, c’est fabuleux et ça donne envie. Etienne m’a également appris les bases nécessaires à cette pratique, même si j’ai appris l’essentiel sur le terrain, en essayant… Un film m’a également donné des ailes pour me lancer dans la photo animalière : « Les secrets des photographes animaliers ». Ce reportage était comme une évidence pour moi et j’ai eu le déclic à ce moment-là…

Dans tout votre matériel photo, avez vous un objet porte bonheur, ou un objet qui vous est précieux?

Etienne:  Je n’ai jamais pensé à prendre un porte-bonheur avec moi. Par contre mon matériel photo et précieux pour moi, ça oui !

Sébastien: Pas vraiment. Bien sûr, mon matériel m’est très précieux, puisque c’est le seul témoin de ce que je découvre dans la nature. Mais il m’arrive de profiter de beaux moments sans déclencher. J’aime savourer des instants privilégiés sans faire de photos. L’appareil photo est un outil d’expression mais pas une condition au bonheur pour savourer de beaux moments.

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Qu’est ce qui est, selon vous, le plus compliqué dans la photographie ….? Et le plus gratifiant?

Etienne:  Avec un peu d’expérience, je peux dire que ce qui reste le plus compliqué dans la photographie animalière, c’est le sujet, bien souvent très farouche. Vous êtes presque comme un soldat en guerre qui ne doit absolument pas être vu. Dans la photo de portraits, on a un contact avec le sujet, et en général il n’est pas trop farouche et se montre plutôt coopératif. Le plus gratifiant c’est bien sûr la rencontre et la proximité avec l’animal, et s’il ne nous voit pas, c’est encore plus beau !

Sébastien: Le plus difficile, c’est de sans cesse se remettre en question. C’est essentiel pour innover et pour avancer. Il y a beaucoup de photographes et pour se démarquer, il faut savoir faire autrement que les autres et cela demande souvent une remise en question.

Le plus gratifiant au niveau émotionnel, c’est quand l’animal est dans votre viseur au moment et au lieu que vous souhaitiez, comme lorsque par exemple, après de nombreux repérages, des renardeaux viennent jouer à quelques mètres de vous aux premiers rayons du soleil ! Sur le plan humain, être primé dans de grand concours comme celui de Montier-en-Der est un grand plaisir et une reconnaissance du travail effectué.

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Où trouvez vous votre inspiration?

Etienne:  J’ai deux sources d’inspiration : la première vient de moi. J’imagine complètement au hasard une « belle » image qu’il serait sympa de réaliser. J’essaie ensuite, lors de mes balades, de chercher à recréer ce que j’ai imaginé. Et soit ça marche, soit pas ! La deuxième vient essentiellement des autres photographes. Dès que j’ai le temps, je vais voir les dernières images sur internet. Parfois je recherche un photographe en particulier, dont j’aime son travail, et je jette un regard sur ses dernières production.

Étant donné qu’il s’agit de photographie animalière, je ne peux bien sûr pas reproduire ce que j’ai imaginé. C’est là qu’intervient la chance, qui occupe une part importante chez le photographe animalier.

Sébastien: Je n’ai pas de recette magique. Mon inspiration, elle est naturelle mais pas permanente. Il m’arrive d’avoir des périodes où je sors en forêt sans faire de photos, par manque d’inspiration. C’est parfois une bonne nouvelle ou une idée soudaine qui relance la machine. Mon entourage m’influence, mes amis m’influencent, mais l’inspiration, c’est personnel, ça vient de mon instinct.

Parmi vos photos, si vous ne deviez en retenir qu’une seule, pouvez vous nous présenter votre photo préférée et nous raconter son histoire?

Etienne:  Je ne vais pas faire très original, je vais parler de la photo du muscardin que j’ai faite en été 2012. Je faisais de la billebaude un soir d’août, sans objectif particulier si ce n’était les renards. Je marche une dizaine de minutes pour sortir de mon village et arriver dans les champs. Je décide de partir sur ma droite pour ne pas être dérangé par le sens du vent. Je longe un champ de blé et je suis directement intrigué par une boule sombre accrochée à un épis. Je zyeute à travers mon 300 mm mais je n’arrive toujours pas à distinguer la chose. Cela m’intrigue beaucoup. Je m’avance lentement jusqu’à arriver à quelques mètres du sujet. Je distingue cette fois qu’il s’agit d’un muscardin. Je m’accroupis doucement pour être à sa hauteur. Je mitraille directement, au 300mm, le temps qu’il grignote son grain. Quelques secondes après, il redescend le long de la tige et depuis là, je ne l’ai plus revu (le champ étant trop dense pour que je puis le suivre du regard…) J’ai appris plus tard, par un professeur de l’université spécialisé en micro-rongeurs, qu’il s’agissait d’un jeune muscardin à la recherche de sa mère. Eh oui, d’habitude les muscardins se rencontrent en forêt et son nocturnes, voilà pourquoi il est rare d’en voir en plein jour…

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Sébastien: Chaque fois que je dois répondre à cette question, je dois réfléchir un bon moment ! Je n’ai pas de photo fétiche, chacune à son histoire et son lot d’émotions. Je vais en choisir une de cette été que j’aime particulièrement. C’est une mante religieuse immortalisée en juillet dernier en campagne genevoise, en Suisse. J’avais depuis longtemps l’idée de réaliser une photo très sombre de la mante, pour faire ressortir l’essentiel : sa morphologie d’extra-terrestre. Je l’ai donc photographiée en sous-bois en fin de journée, en monochrome. Je me suis placé de façon à avoir un fond de branchage derrière. Je l’ai placée dans le cadre dans une partie claire, pour jouer sur le contre-jour. En découvrant l’image derrière mon boitier, le modeste photographe que je suis était comblé de joie. J’avais réalisé l’image que j’avais en tête…

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Tous droits réservés à Etienne et Sébastien Francey

 

Pouvez vous nous parler de vos projets photographiques?

Etienne:  Comme je suis très pris en cette période, je n’ai pas de projets photographiques pour le moment. C’est un peu triste mais je préfère me consacrer à mes études, et remettre à plus tard cette passion. Ce n’est pas que je ne fais plus de photos, mais je ne me lance pas dans des affûts qui demanderaient du temps que je n’ai pas. Je garde peut-être une place pendant les vacances de Noël pour construire un affût aux oiseaux dans mon jardin.

Sébastien: Actuellement je me concentre surtout sur mon avenir professionnel, mais la photographie occupe toujours une grande place dans ma vie. J’ai prévu de partir avec un ami en Norvège en juillet 2015 pour découvrir la faune locale. Sinon, je laisse les choses venir naturellement ; et je continue avec mon frère de partager nos rencontres nature dans notre magazine.

Imaginez que l’on vous donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimeriez vous réaliser?

Etienne:  J’aime beaucoup ma campagne natale mais pourquoi pas partir à la découverte de nouvelles contrées. J’ai vu une fois un reportage à la télé sur l’Antarctique, ce sont des décors incroyables avec une faune qui l’est tout autant ! Pourquoi pas, on peut toujours rêver !

Sébastien: J’ai toujours rêvé de partir vivre en Alaska durant une année, pour me retrouver avec moi-même. Pour beaucoup, le rêve ultime est de vivre à New York avec ses amis. Moi je recherche la solitude dans un endroit encore sauvage…

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Tous droits réservés à Etienne et Sébastien Francey

 

Si vous deviez conseiller un photographe, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposeriez vous? 

Etienne:  Il y a tellement de photographes qui mériteraient d’être cité qu’il est difficile de n’en donner qu’un. Une photographe hollandaise dont j’ai récemment découvert le travail, Misja Smits, qui personnellement me surprend totalement dans ses compositions, les couleurs étonnantes des ses images et les sujets qu’elle choisit. Elle est plutôt orientée macro, et son travail vaut vraiment la peine d’être vu.

Merci 

Encore une fois un grand merci à Sébastien et Etienne pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir leur  travail, pour rappel vous pouvez les retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Une pensée sur “Interview d’Etienne et Sébastien Francey

  • 27/10/2014 à 17 h 11 min
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    Je ne suis pas toujours sensible aux photos animalières mais là, je dois reconnaître que ce sont de beaux clichés.

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