Interview de Nicolas Chorier

Depuis quelques mois je m’essaye à la photographie aérienne par cerf volant. Et dans le cadre de mes interviews, je vous propose aujourd’hui, de recevoir un photographe passionné et talentueux en la personne de Nicolas Chorier qui s’est pris au jeu et a accepté de répondre à mes questions.

Si vous voulez suivre le travail de Nicolas Chorier, vous pouvez le retrouver:[checklist]

 

A noter également que Nicolas a publieé une application pour ipads, iphones, ipods, montrant une sélection de 200 images indiennes, et une petite video … C’est gratuit et disponible ICI.

Interview de Nicolas Chorier

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Bonjour Nicolas,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie ?

Bientôt 50 ans. Je fut ingénieur du son et technicien du spectacle pendant une quinzaine d’années, jusqu’à me détourner des lumières artificielles des salles de spectacle, et reprendre “contact” avec la nature et ses éléments, et la lumière du soleil. J’ai toujours eu quelques chromosomes du voyageur, et le métier de photographe reporter m’est toujours apparu comme une excellente option, voir un but.

Depuis 1996, je n’ai cesse de voyager en Asie, et surtout en Inde, ou je suis installe depuis 5 ans avec ma femme et mes deux jeunes enfants. J’ai publie un gros livre photo sur l’Inde en 2007 ( “En vol au-dessus de l’Inde”, ed. La Martiniere, ou “Kite’s Eye View, India between earth and sky” , ed. Roli Books, nouvellement re-edité). J’ai ma propre société (indienne) de photo aérienne par cerf-volant, et je travaille donc en Inde pour des clients très variés. Ministères du Tourisme, promoteurs, architectes, centres de recherche, scientifiques, ONGs, hôteliers, etc.

En marge des ces  clients, j’essaie de promouvoir mon travail plus personnel en exposant de temps en temps une sélection de mes images préférées en tirages limites.

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Tous droits réservés à Nicolas Chorier

Racontes nous quand et comment tu as commencé la photo aérienne par cerf volant?

J’ai toujours été passionné par la photo, depuis l’adolescence.  Sans doute inspiré par mon père, parti au Nigéria en 1948, et qui y a fait de magnifiques diapos (des bonnes Kodachrome) pendant vingt ans. Ces diapos m’ont sûrement donné le goût du voyage, et le plaisir de l‘image. Et j’ai commencé à me faire tracter par des grosses voiles de cerf-volant à la fin des années 80, quand le kitesurf n’existait pas encore. Ce n’est qu’en 96, date d’un premier voyage en Asie pour un reportage photo, que j’ai associé les deux disciplines. J’y ai finalement  trainé 2 ans, en Malaisie, en Indonésie…

L’idée m’était venue parce que je connaissais l’histoire d’Arthur Batut, premier photographe a accrocher un appareil photo a un cerf-volant, en 1888 (oui, 1888!), et que je trouvais ça génial. D’une part je pouvais conjuguer mes deux passions, et d’autre part je me créais un outil d’exploration et de création tout à fait original, en passant par un challenge technique passionnant.

En revenant en France en 1997, je me suis professionnalisé, en exerçant pendant 10 ans dans le sud de la France, principalement pour des architectes, promoteurs, urbanistes, des archéologues, de la recherché scientifique et offices du tourisme.

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Tu es spécialisé dans la photographie aérienne par cerf volant, peux-tu nous présenter ton matériel photo, et quel est celui qui t’est le plus précieux? 

 Des le début, j’ai opté pour du matériel qui m’offrait la meilleure résolution possible, et une qualité professionnelle. J’ai utilise des Fuji 645 pendant quelques années, et travaille avec du Canon 5d depuis leur sortie. J’ai un Mark2 depuis 3 ans, et en suis (presque) ravi.

 J’utilise principalement des courtes focales, surtout le 24mm. J’aime la proximité du sujet qu’il me permet, tout en gardant un champ de vision assez large pour “embrasser” l’environnement du sujet. J’apprécie cette “immersion” dans l’image que procure les courtes focales. Sans avoir besoin de monter bien haut, je peux faire des gros plans tout en capturant des plans larges.

Pour les cerfs-volants, je n’utilise que des modèles que je dessine et construit, basés sur le traditionnel Rokkaku japonais.

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Qu’est ce qui est, selon toi, le plus compliqué dans la photographie aérienne par cerf volant? Et le plus gratifiant?

Une fois que la technique est maîtrisée, on ne rencontre pas de difficulté particulière, si ce n’est la planification d’une session photo en fonction de la météo, selon ou on se trouve. Mais on peut rencontrer des conditions très difficiles, par exemple quand on est en altitude. La densité de l’air joue un rôle prépondérant dans la qualité du vol, et sur la portance de la voile, la traction sur le fil.

C’est également un gros challenge de voler en ville, ou des turbulences dues aux immeubles, par exemple, peuvent induire des comportement très hasardeux du cerf-volant. Je le répète: prudence…

Le plus gratifiant est de réussir des images que nul autre moyen ne pourrait obtenir. Comme des sites recules difficile d’accès, un gros plan d’un monument historique interdit de survol (le dôme du Taj Mahal), et surtout, capturer “de l’humain”, saisir une activité humaine sous un angle complètement nouveau. Que l’image impose un temps de réflexion de la part du spectateur, un moment de déchiffrage, de lecture d’un nouvel alphabet graphique, en quelque sorte.

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Où trouves-tu ton inspiration?

La magie de la photo par cerf-volant réside en partie dans l’inattendu qu’elle peut dévoiler. Donc tout sujet peut surprendre, et inspirer. Le cerf-volant permet de tels angles de prises de vues, de telles perspectives, de tels graphismes, qu’une session photo sur le parking du supermarché voisin peut produire des résultats intéressants. Mais j’ai un intérêt tout particulier pour les lumières des pays chauds, pour le patrimoine architectural, et pour un certain exotisme pictural. L’Inde, ou je vis depuis 5 ans, me procure tout cela, à profusion.

J’aime être a la recherché de la photo qui générera des “Whaouu! Comment il a fait pour prendre cette photo???”

J’aimerais juste donner du plaisir aux spectateurs, les surprendre avec des angles de vues inhabituels, des graphismes insoupçonnés, leur donner la sensation d’être un oiseau pour un instant. Et surtout, tenter de prouver que le vent est une énergie accessible, illimitée, gratuite et sans frontière, et qui permet de faire bien des choses, juste avec un peu d’imagination et de savoir faire.

RAW ou JPEG ?

Raw, a 99%.

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

C’est difficile à dire. Je les aime toutes. Mais il y en a trois ou quatre qui sont pour moi vraiment intéressantes. Une d’elles, un peu classique, de monument, la Jama Masjid, la mosquée de Delhi. J’aime cette image, très dynamique avec le lever du soleil. Il m’a fallu quatre ans pour la faire ! Chaque année, j’allais à Jama Masjid à Delhi et je regardais si je pouvais la prendre en photo. Il y avait soit trop de brouillard, soit trop de pollution, pas assez de vent, pas la bonne lumière, trop de monde … C’est très fréquenté, c’est grouillant, il y a des fils électriques partout, c’est sensible quoi. On ne peut pas faire de bêtises là bas. Et un jour j’ai réussi, tous les paramètres étaient réunis. En plus cette image est très représentative du potentiel cerf-volant, surtout avec une courte focale, ce qui permet d’être très proche d’un monument tout en l’ayant dans son ensemble. Et surtout ça donne une perspective, ça donne une dynamique à l’image que j’adore. Ca donne vraiment le regard de l’oiseau, on voit les minarets qui partent en oblique, ça sort du sol et moi j’aime cette perspective là.

Et puis le minaret de gauche on le voit sur con côté droit, le minaret de droite sur son côté gauche, en fait on est vraiment dans l’image, on a envie de tourner la tête dans l’image parce qu’on est vraiment dedans. Alors que le même cadrage aurait été possible avec un hélicoptère situe a quelques centaines de mètres, mais tout aurait été bien droit, bien parallèle, bien vertical, tout écrasé, aucune perspective. Donc ça c’est le potentiel du cerf-volant, c’est d’être vraiment dans le sujet, d’ailleurs on peut compter les pigeons !

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Sinon, les autres que j’aime beaucoup ce sont les combattants de Kalari sur une plage du Kerala, avec tout ce travail sur les ombres. C’est plus personnel, cette série de photos je l’appelle « Il y a une vie perpendiculaire ». Il faut les faire à un moment très particulier de la journée quand l’ombre est exactement à la taille de la personne, pas trop tôt ni trop tard sinon elles sont étirées ou trop courtes. C’est vraiment saisissant. On oublie le sujet, on oublie les personnes puisqu’on ne voit que leurs épaules et la tête par contre toute la silhouette apparaît sur le sol et c’est vraiment intéressant. Une autre que j’aime beaucoup c’est la famille de pêcheurs en gros plan au milieu de leur pêche. Elle me parle beaucoup. On peut y voir la symbolique de la famille modeste qui marche sur sa subsistance et puis j’aime la manière dont ils regardent. Ils ne regardent pas un photographe ils regardent un appareil photo et j’y vois une distinction. Ils n’ont pas le même regard que si j’étais au dessus d’eux. Il y a moins de retenue, c’est juste de la curiosité par rapport à un appareil qui vole. Il n’y a pas le personnage derrière l’appareil et ça induit un regard un peu différent.

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Pour le moment, continuer a faire vivre ma famille avec mes images ;).

Quels conseils donnerais-tu à un photographe voulant débuter en photographie aérienne par cerf volant?

Une des compétences primordiales nécessaire est la faculté d’évaluer les conditions aérologiques, et de juger de la fiabilité du matériel et des actes accomplis. L’activité peut paraître anodine, presque comme un jeu, mais les dangers pour l’environnement immédiat ne sont pas anodins du tout.

Je recommande d’avoir quelques compétences techniques pour pouvoir si possible fabriquer et entretenir son matériel. Je considère que c’est le meilleur moyen de le connaître, de le maîtriser, et donc d’en connaître ses limites

Une bonne expérience de cerf-voliste est bien sûr impérative. Faire voler un cerf-volant sur la plage peut s’apprendre en quelques heures, mais maîtriser un cerf-volant avec un poids de 2 ou 3 kilos suspendus a son fil, et surtout en volant proche de constructions, routes, gens…, nécessite un apprentissage plus poussé.

Il faut savoir comment réagir quand le vent double subitement d’intensité, quand le fil se prend dans un obstacle, quand des turbulences ou des thermiques inattendus font passer le cerf-volant au-dessus de votre tête, quand une baguette se casse ou un nœud se détend, quand l’imprévu arrive… Il arrive que le fil subisse une traction de 10 a 20 kilos, et l’imaginer en travers d’une voie de circulation devrait suffire à s’imposer une prudence sans concession!

L’utilisateur doit se familiariser le plus possible avec son matériel, avec son cerf-volant. Tout devient alors question de sensations, de feeling… Le fil de retenue doit devenir une extension du bras, jusqu’à l’informer en temps réel de tout ce qui se passe 150  mètres plus haut, sans avoir besoin de lever les yeux… Le moindre petit coup de vent, un petit changement d’angle, d’orientation, un léger excès de traction, ou une perte passagère de portance…, tout doit se sentir au bout des doigts, s’amortir, se compenser, se gérer instinctivement… Il ne faut pas lutter contre les elements, mais s’en servir, s’y adapter, avec humilite des fois.

Au-delà des compétences du cerf-voliste, évidemment, les résultats dépendront du photographe. Et plus encore que pour la photo “classique”, la lumière joue le premier rôle. Il est très rare que je vole après 9h du matin et avant 5h du soir, si je veux un résultat “esthétique”. D’autre part, les vents sont toujours de moins bonne qualité dans la journée, quand des thermiques peuvent perturber le vol, entre autres.

Mais j’insiste sur la prudence, la sécurité de l’opération.

Tous droits réservés à Nicolas Chorier
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Si on te laisse les clés de Bon Plan Photo, de quoi aimerais tu parler aux lecteurs?

La, j’utilise mon premier joker…

Si tu devais conseiller un photographe, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu? 

Et la, mon deuxieme joker… ou bien je reponds par: moi-meme! Je me deplace partout dans le monde pour tout projet intéressant! 😉

Une question à laquelle tu aurais aimé répondre ?

Oui …. Tu utilise un moyen aérien non-intrusif, silencieux, complètement respectueux de l’environnement. En dehors de l’aspect pratique et économique du procédé, le fais-tu également avec une profonde conviction que les énergies dites vertes devraient remplacer toutes les énergies classiques, du kérosène pour un helicon de photographe jusqu’à la production nationale électricité?

OUI!!

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Merci Nicolas.

Encore une fois un grand merci à Nicolas pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:[checklist]

A noter également que Nicolas a publié une application pour ipads, iphones, ipods, montrant une sélection de 200 images indiennes, et une petite video … C’est gratuit et disponible ICI.

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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