Interview de Michel d’Oultremont

Aujourd’hui,  nous allons du coté de la Belgique à la rencontre de Michel d’Oultremont, qui s’est prise au jeu et a accepté de répondre à mes questions. Avant cela, si vous voulez suivre le travail de Michel, vous pouvez le retrouver:[checklist]

Interview de Michel d’Oultremont

Bonjour Michel,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Bonjour Grégory, je suis né en 1992 dans un petit Village brabançon en Belgique, passionné de la nature depuis que je suis tout jeune c’est un réel plaisir pour moi d’aller dans les bois, les champs ou les marais qui sont aux alentours de la maison. La photo m’est venue durant mon adolescence et c’est devenu une véritable excuse pour aller me promener dehors. Les grands espaces m’inspirent, j’ai un réel besoin d’être seul. De faire le vide. Je pense qu’une certaine envie de découverte et d’aventure est ancrée en moi.

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Tous droits réservés à Michel d’Oultremont

Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo?

J’ai commencé la photo à l’âge de 15 ans avec un réflex numérique, c’était avec un 400D et un très vieux 300 F4, un réel bonheur ! Avant cela je faisais beaucoup d’ornithologie. Dès mes 12 ans je gambadais avec un ami dans la campagne à la recherche de lapins, de chevreuils ou encore d’oiseaux de ma région. Ensuite j’ai acheté une longue vue et à 15 ans donc mon premier réflex. C’était après avoir vu en 2007 le Secret des Photographes animaliers au festival nature de Namur. Un vrai déclic ! Avoir fais pas mal d’ornithologie a été une bénédiction car je connaissais déjà bien la faune et les différents environnement près de chez moi.

Peux-tu nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

Difficile de s’ancrer dans un style propre, j’essaye avant tout de photographier en fonction de mes émotions vécues sur le moment.

J’aime beaucoup les images d’ambiance, essayer de retranscrire l’animal dans son environnement. J’aime jouer avec la lumière, soit par l’absence de celle ci, soit avec les premiers rayons rougeoyant du jour. En ce moment c’est ce que j’essaye de faire.

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On dit que la photographie est un virus qui se transmets, où l’as tu attrapé ? tu l’as transmis ?

Honnêtement je ne sais pas comment est arrivé ce déclic, cette envie d’immortaliser le monde sauvage. Mes parents ne sont ni photographes ni naturalistes, ils m’ont toujours soutenu mais ne font pas partis du milieu. Dès que j’ai commencé j’ai eu le soutien de plusieurs photographes Belges et Français qui m’ont bien aidés et son devenus de véritables amis. Tant dans la configuration des affûts que dans la technique leurs conseils ont été précieux. Merci donc à vous 3 les gars ( Franck Renard, Christophe Salin et Dimitri Crickillon ). Après, je ne sais pas si je l’ai transmis ou non, j’espère que par le biais de mes images j’ai pu sensibiliser quelques personnes à la protection de la nature. Ce serait merveilleux si c’était le cas. J’essaye de montrer la beauté du monde sauvage avant tout et cela a peut-être conscientiser quelques personnes, du moins j’ose l’espérer.

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Tes missions photographiques t’entraînent aux quatre coins de la planète, mais y a t’il un endroit que tu affectionnes particulièrement.

La Scandinavie m’attire depuis quelques années maintenant. J’ai entrepris 3 voyages là haut dont un très récemment en Suède ou je suis resté seul dans ce fantastique pays durant 25 jours. Je ne sais pas pourquoi cet endroit du monde m’attire tant. Sans doute pour ses immensités et ses animaux emblématiques comme les boeufs musqués ou encore les élans. De plus on trouve beaucoup de milieux différents. On passe des tourbières aux grands plateaux en passant par la Toundra. On se sent petit là haut et ça fait du bien. La nature y semble encore intact et non « controlée » par l’homme. Ce sont de réels moments de sérénité que je passe dans ces contrées sauvages. Mais tout les milieux m’attirent, il y a encore tant de choses à découvrir…

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Imagines que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?

Sans nul doute ma paire de jumelles. Elle ne me quitte que rarement. J’essaye toujours de l’avoir autour du cou pour observer ce qui se passe. Cela permet en un coup d’oeil de faire le tour d’horizon et de trouver le moindre signe de vie. De plus cela peut-être utile pour repérer les bateaux qui passent au large pour vite m’extirper de là. La chaleur et moi ça ne colle pas.

Qu’est ce qui est, selon toi, le plus compliqué dans la photographie ….? Et le plus gratifiant?

Le plus compliqué mais en même temps ce qui est le plus gratifiant c’est toute la phase de repérage. C’est ce qui prend le plus de temps. Trouver la belle zone, la belle opportunité. Arriver à bien se placer pour essayer de réaliser l’image qui nous trotte dans la tête. Quand on trouve une belle zone, avec des animaux et des conditions de lumières idéal c’est le bonheur. On se dit que l’on pourrait y affûter et on commence à rêver de pleins d’images. C’est un vrai bonheur car la seconde phase ( affûts, billebaude, prise de vues,… ) commence.

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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Il m’est très difficile de choisir mon image préféré, sans doute parce que je ne suis jamais vraiment satisfait de ce que je fais. Mais pour jouer le jeu.

Journée de septembre, le son des rois de la forêt résonne à plein régime dans le vieux massif Ardennais en Belgique. Je suis sur une propriété privée idéale pour observer et essayer de photographier les grands cerfs. Je me place assez loin de la place de brame pour ne pas trop déranger les animaux présents. Je suis aux abords d’une rivière et me dissimule derrière un arbre sous un filet de camouflage. J’entend un grand gaillard bramer sur ma droite au niveau de la crête qui surplombe la zone. La lumière commence à baisser et j’attend que le patron sorte de sa forêt. Les minutes passent et l’attente se fait ressentir. Quand soudain tel un fantôme le grand cerf sort. Je fais quelques images mais il manque quelque chose, je trouve que la crête nue comme cela est trop vide. Le ciel est trop présent en quelque sorte. Je décide de me déplacer très lentement. Je pénètre dans la rivière, l’eau me glace les pieds mais peu importe j’ai une idée en tête que j’aimerais essayer. Je place entre moi et le cerf un vieil arbre et arrive à placer celui ci juste dans un trous de végétation. Bonheur, superbe, le cerf n’est pas inquiété de ma présence et j’arrive plus ou moins à faire ce que j’avais en tête. Les chaussures trempées, les pieds gelés, mais heureux, je rentre chez moi avec un large sourire. Le lendemain j’ai trouvé une autre position idéal et au sec cette fois ci !

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Peux-tu nous parler de tes projets photographiques ?

Des projets j’en ai plein la tête, beaucoup sont farfelus et complètement fous. D’autres sont plus réalistes et commencent à être concrets. Je retournerais sans doute en Scandinavie cette année dans les couleurs automnales. Je pense aussi à l’Est qui me fait envie depuis quelques temps. Je viens également de rentrer de Suède et je relate ce récit jour après jour sur mon site web. Agrémenté de petites vidéos et de quelques images du périple.
Un second livre commence à se dessiner dans ma tête, après avoir sortis « A l’affût » en octobre 2014 pourquoi pas sortir un second ouvrage en 2016 ou 2017, mais ça seul l’avenir le dira.

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser ?

Je pense que je partirais un an sur les traces de la panthères des neiges, dans la région du Pamir, un lieu que je rêve de découvrir. C’est un animal fascinant. Un véritable Graal pour moi. Peut-être qu’un jour je croiserais son regard, j’ose l’espérer en tout les cas.

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Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire ?

Ils sont bien nombreux, chaque rencontre à son lot d’émotion et c’est cela qui est génial dans la photo nature. On peut être surpris par une souris, émerveillé par un renard et rêveur devant un cerf. C’est une passion sans limite qui permet de se poser et de prendre son temps. Voici une petite situation cocasse : c’était en Avril 2014, il y avait énormément de vent sur les bords d’un marais ou je vais souvent faire de l’affût flottant. Généralement je ne vais pas flotter dans de pareilles conditions mais depuis le bord je voyais des dizaines d’hirondelles voler quasiment en surplace face au vent pour chasser de petits insectes aquatiques. Je me décide donc à rentrer dans l’eau et aller vers elles.

Arrivé sur la zone je commence à faire quelques images. Quand soudain une énorme rafale soulève mon affût, en un instant me voila au milieu de l’eau avec mon armature et ma toile de camouflage à 10 m devant moi. Heureusement le boitier et l’optique n’ont pas souffert, ils sont restés accrochés à la base de l’affût flottant. Je vois donc ma structure et ma toile s’enfoncer lentement dans l’eau. Je me dépêche de récupérer le tout en tâtonnant du pied pour retrouver les derniers morceau au fond de l’eau. Je me dis que c’est fini et que cela ne sert à rien de rester quand je vois passer une hirondelle à 1 m de moi, puis une autre, et encore une. J’ai passé toute l’après midi à les photographier sans camouflage. Instant magique.

Un dernier mots ?

Je pense qu’on a fait un peu le tour, merci à toi Grégory pour cette petite interview bien sympathique et à bientôt.

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Merci Michel

Encore une fois un grand merci à Michel pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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