Interview de Maxime Daviron

Pour cette seconde interview de l’année, je vous propose de changer de registre et de partir à la découverte de Maxime Daviron, spécialiste de la photo de paysage,  qui a accepté de se dévoiler. Avant cela, si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

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Interview de  Maxime Daviron

Bonjour Maxime,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie ?

Bonjour, et tout d’abord merci de m’accorder cet article. Je m’appelle Maxime Daviron, j’ai 22 ans, et je suis photographe de paysage (principalement du moins), passion qui est devenue mon métier voilà un an et demi. J’ai une approche artistique de ce domaine, pour moi c’est un réel moyen d’expression, bien au-delà de la simple illustration. Je suis très porté sur l’art en général : je suis également musicien depuis l’âge de 7 ans, et à vrai dire c’est une partie tout aussi importante dans ma vie que la photo, voir même d’avantage, étant donné que je compose encore plus que je ne photographie. J’aime également beaucoup écrire, et d’une manière générale je dirais que je m’intéresse un peu à tout, j’ai eu pas mal de passions depuis tout petit : géologie, astronomie, aviation (j’ai piloté des planeurs pendant 3 ans, assez atypique comme passe temps quand on est ado), les sciences et les arts en général, tout ce qui touche à la culture, au cinéma, la littérature, et j’en passe.

J’habite actuellement à Toulouse depuis près de 4 ans (j’ai grandi avant cela à Périgueux, en Dordogne), et je partirais, si tout va bien, au Canada en mars avec ma petite amie (qui est également photographe), pour un an ou deux. Ensuite, nous verrons bien.

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Tous droits réservés à Maxime Daviron

Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo ?

A vrai dire je ne sais pas vraiment. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours plus ou moins aimé ça. Tout petit et jusqu’à mon premier bridge, j’achetais des appareils jetables chaque fois que nous partions quelque part en vacances. Ensuite j’ai donc eu 2 ou 3 bridges Fujifilm, puis mon premier réflex, un Nikon D50, en 2008. Ce qui m’a réellement fait rentrer dans la photographie à part entière fut ma passion pour les orages, et donc la « chasse à l’orage », un domaine dans lequel la photo occupe une  place prédominante. Mais c’est vers 2009 que j’ai commencé à vouloir en faire d’un point de vue artistique. J’ai évolué petit à petit, me cherchant, voyant bien que le paysage était vraiment ce qui s’imposait à moi. J’ai ensuite troqué mon D50 contre un D7000, toujours chez Nikon. Et c’est en m’installant à Toulouse, à l’été 2011, que j’ai découvert les montagnes pyrénéennes. J’avais toujours été attiré par les montagnes, mais ce fut comme un choc de découvrir quels sentiments très particuliers je ressentais en ces lieux. Ça a tout changé.

Parallèlement, j’intégrais l’école de photographie ETPA, à Toulouse donc, dans laquelle j’étudierais deux ans durant. Un énorme plus qui m’a fait découvrir bien des aspects de la photographie, notamment les anciens procédés argentiques, les techniques de tirage, de développement, les différents genres (portrait, architecture, etc), l’histoire de la photo, la sémiologie…

Ces deux ans affecteront inévitablement mon rapport même à la photo, me donnant envie de travailler de plus en plus sur le fond, tout en perfectionnant la forme, en me créant petit à petit une identité, une personnalité photographique.

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Quel est le thème photographique que tu affectionnes particulièrement ?

Le paysage, pour le « genre » photographique, ainsi que le reportage. Pour ce qui est des thématiques par contre, je dirais que je préfère les ambiances sombres, à tous points de vue. Je ne photographie pas les montagnes et les terres sauvages seulement parce que ces lieux sont beaux. C’est également et avant tout un exutoire, un moyen d’expression incroyable, un outil de création qui me correspond vraiment.

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On dit que la photographie est un virus qui se transmet, où l’as tu attrapé ? Tu l’as transmis ?

Comme je le disais un peu plus haut, je ne sais pas vraiment d’où ça m’est venu, ça a toujours été plus ou moins là. Je crois que c’est aussi parce que j’aime pouvoir raconter des histoires en images. Si je l’ai transmis, difficile à dire. J’ai peut être donné envie d’essayer ou d’insister là dedans à certaines personnes dans mon entourage, mais je n’ai pas d’exemple précis qui me vienne à l’esprit.

Comment se compose ton sac photo ?

Il y a deux cas de figures :

Le plus courant est celui où mon sac photo est avant tout un sac de randonnée. Je transporte sur mon dos à la fois tout mon matériel photo, mais tout le matériel de montagne, et d’alpinisme dans certains cas. Autant dire qu’il n’est pas particulièrement léger.

Le deuxième, c’est celui où nous partons en road trip ma copine et moi (c’est un peu devenu une tradition), en voiture donc. Là il y a tout le boxon du voyage et le (les) sac(s) photo à part.

Mais pour réellement répondre à la question, il contient mon boîtier numérique, mes objectifs (10-24, 50, 85, 18-55, 70-300…), mes filtres (gris neutre, polarisants, dégradés etc), des télécommandes (filaire et infrarouge), des cartes mémoires et batteries supplémentaires et quelques autres bricoles ; plus un ou deux petits argentiques 24×36 (Minolta ou Zenit en général), avec quelques pellicules noir et blanc et couleur. Et j’ai également une Gopro HD Hero 2. Ah, et bien sur un bon trépied.

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Qu’est ce qui est, selon toi, le plus compliqué dans la photographie…? Et le plus gratifiant?

Le plus compliqué… Je dirais que c’est de trouver sa personnalité, quoi que plus compliqué encore, de créer quelque chose de nouveau, d’original. C’est ce vers quoi je tends. J’ai fini par trouver ma personnalité il n’y a pas si longtemps, quand j’y pense, mais elle évolue constamment.

Ce que je trouve le plus gratifiant, personnellement, est de réussir à retranscrire et transmettre les émotions que je ressens face à une scène particulière. Ou tout simplement, de faire ressentir quelque chose à quelqu’un. Même si ce n’est pas forcément ce que l’on pense soit même.

Pour donner un exemple assez marrant, une américaine « légèrement » croyante m’a dit un jour, en commentant l’une de mes photos, qu’elle voyait un visage dans le ciel, dans la tempête. Puis qu’elle voyait la vierge Marie dans les nuages tenant son fils Jésus dans ses bras et marchant au dessus de la Terre, et je ne sais plus quoi encore. Ma première réaction fut partagée entre sourire et étonnement, mais après coup je suis dit que si ça la faisait réagir à ce point, c’était totalement réussi. Si quelqu’un peu ressentir quelque chose d’aussi dingue en regardant une de mes images, alors j’ai réussi. (Même si je pense que celle-ci était surtout très expressive).

Est-ce que ton travail est influencé par certains photographes?

Inévitablement, oui. Mais je ne saurais dire lesquels. Je n’ai pas « un » photographe phare, que j’idolâtre par-dessus tout. Ni de photographe préféré en fait. Mais j’en apprécie particulièrement un certain nombre, et paradoxalement pas forcément dans le milieu de la photo de paysage. Du coup je suis influencé, comme tout un chacun, par ce mélange là, par ce tout. Je suis très curieux, j’aime beaucoup fouiner sur le net, aller à des expos, découvrir de nouveaux univers.

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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Sans hésitations, une photographie de septembre 2012, prise dans le massif du Monte Perdido – le Mont Perdu – dans les Pyrénées espagnoles.

C’est une image de la face nord de cette montagne au nom évocateur. Le sommet était masqué par les nuages depuis des jours, le glacier se révélant partiellement de temps à autres. Il faisait déjà assez froid, et il y avait un fort vent depuis mon arrivée à la brèche, face au sommet. L’ambiance était très impressionnante. Ça m’évoquait l’univers de Tolkien et la mythologie nordique dont il s’inspirait, ou encore l’œuvre de Lovecraft, pour cet aspect tourmenté, obscur. Cet endroit aurait pu être la demeure d’anciens dieux ou de dragons mythiques. Je pensais aussi aux Titans de la mythologie grecque. Un moment très inspirant, en somme. Je suis resté là, devant la montagne, à attendre que quelque chose se passe dans le ciel.

Soudain, tout devint chaotique, puis une légère touche de lumière vint percer le tumulte nuageux et tomber sous les falaises et le glacier suspendu. Les cieux semblaient s’animer en une gigantesque déferlante de vapeur et de vent glacé. La scène, éphémère, ne dura que quelques secondes. Le temps pour moi de réaliser cette image. Puis la lumière disparue, et une rafale de vent changea ce ciel en un gris et uniforme amas, engloutissant de nouveau le glacier.
C’est par ailleurs la photo qui semble faire réagir le plus, elle a notamment été publiée comme photo du jour et dans les photos du mois sur le site National Geographic. C’est la photo que commentait l’américaine croyante dont je parlais, aussi.

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Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Je ne sais pas trop. J’ai beaucoup de bribes de scènes et d’images en tête, rien de précis. J’aimerai intégrer un peu plus l’humain dans mes paysages, d’une façon « mise en scène », toujours en travaillant sur cet aspect cinématographique et pictural que je recherche. Je ne pourrais pas encore décrire précisément une photo à venir, d’autant plus que la part d’imprévisible, dans le domaine du paysage, reste assez grande. On peut essayer d’anticiper, en observant les signes sur le moment, ou en essayant de prévoir « en gros » les conditions climatiques, mais on sera toujours surpris, pris au dépourvu, et on devra toujours courir un peu partout lorsque « la » lumière apparaîtra. Ce qui, d’un autre côté, n’aide pas à mettre en scène quelque chose. Mais je suis têtu, je finirai par trouver.

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

Alors là… C’est encore le problème de ma vie, cette question de moyens. Des idées et des projets, j’en ai des tas. En photo, en musique, en cinéma même. Je les muris à l’ombre, petit à petit, attendant d’avoir les capacités, le temps, et surtout les fonds pour pouvoir les réaliser. Financièrement ça n’est pas encore ça, d’une manière générale.

En photographie je ne sais pas concrètement quel projet primerait sur le reste. Par exemple, j’aimerai beaucoup pouvoir, un peu à la manière de Gregory Crewdson, créer des scènes cinématographiques à l’aide de moyens colossaux (quitte à rêver), de lumières surpuissantes type HMI, pour éclairer des paysages comme on fait du studio. Je réfléchirais à créer quelque chose de pictural, avec un ou des personnages, et un paysage modelé par un travail sur la lumière. J’ai à l’esprit, par exemple, ces scènes du film « Antichrist » de Lars Von Trier, où l’on voit le personnage principal, joué par Charlotte Gainsbourg, perdu dans des délires hallucinatoires dans un décor impossible de forêts brumeuses baignées d’une lumière irréelle. Des scènes qui se détachent beaucoup du reste du film et qui, prisent à part, constituent des tableaux exceptionnels.

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Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu ?

Difficile comme question. Il y a beaucoup de photographes talentueux qui mériteraient d’être connus du grand public, mais malheureusement ça ne fonctionne pas comme ça, nous vivons dans une société où le talent ne se suffit plus, c’était d’ailleurs déjà le cas à l’époque de Mozart…

Bon, sinon je ne saurais dire vraiment, pour ce qui est de photographes méconnus et méritant, mon entourage en est plein. Par contre je repense au travail de Ian Ruhter, que j’avais vraiment adoré en le découvrant dans un court métrage nommé « Silver & Light ». Il a transformé son camion en chambre photographique et labo, et travaille au collodion humide (pour cette série du moins), un ancien procédé argentique un peu perdu de nos jours, ce qui force à créer sa chimie soit même. Ça offre un rendu très particulier, sur des plaques en métal.

Sinon, je vous dirais bien d’aller voir la page 500px d’une dénommée Camille Gomet, qui n’a malheureusement pas encore de site. Vous y verrez des images très personnelles. Notamment – principalement – sur le thème de l’enfance. Enormément de talent et de potentiel, si vous voulez mon avis, et elle ne le sait pas… 

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Une question à laquelle tu aurais aimé répondre ?

Comment aimes-tu la cuisson de ton morceau de bavette (de chez le boucher bien entendu) ?

Saignante, voir bleue. Avec une petite sauce à la moutarde à l’ancienne / poivre, dans laquelle tu auras mis quelques échalotes et champignons de Paris hachés et revenus à la poêle au préalable à mijoter un peu. A servir avec des échalotes crues, du persil et un chouïa de beurre. Avec quelques haricots verts du jardin (moi j’ai pas de jardin mais j’en connais qui en ont un), c’est parfait.

Merci 

Encore une fois un grand merci à Maxime pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

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Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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