Interview de Mathieu Dupuis

Il y a un quelques semaines, dans l’interview d’Anne Jutras, nous avons eu la chance de découvrir  le travail de Mathieu Dupuis. Je l’ai contacter pour lui proposer le petit jeu des questions réponses. Mathieu a accepté, et je vous propose donc de partir à sa rencontre pour en connaitre un peu plus sur sa personnalité et sa passion. Avant cela, si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:[checklist]

A la rencontre de Mathieu Dupuis

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Bonjour Mathieu,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Je suis un photographe canadien basé à Montréal au Québec. J’ai 33 ans et j’ai plongé dans la photographie dès l’adolescence. J’exerce le métier de photographe professionnel depuis près de 15 ans. Photographe indépendant, je multiplie les assignations photographiques dans le domaine du voyage et du tourisme.

Paysages naturels, scènes urbaines, portraits reportages, photo d’aventure et photo culinaire occupent mon emploi du temps. Tout ce qui peut enrichir l’expérience d’une destination finalement… C’est très varié et les lignes directrices de mes assignations me sont dictées par les besoins de mes nombreux clients. En fait, je travaille à près de 90% sur commande. Ces projets sont surtout commandés par des clients établis au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Parallèlement à ma carrière de photographe commercial, je suis auteur de livre de photographie et chroniqueur en photo de voyage. Même dans mes temps libre et mes activités personnelles, la photo n’est jamais bien loin. J’adore partir sur des petites virées photo en compagnie de ma blonde. En d’autres mots, si la photo n’est pas dans ma vie, c’est que je dors… Et il m’arrive d’en rêver !

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?

Vers l’âge de 15 ans, mon père, qui était photographe amateur, m’a initié à la photo Noir et Blanc. Il aussi m’a donné accès à son équipement de photographie. Un bon vieux Canon A1 avec quelques focales fixes lumineuses et un labo de développement noir et blanc «maison.» S’en était fait, j’étais complètement enivré par la quête de l’image. Peu de temps après, vers l’âge de 18 ans, j’avais en mains mon diplôme de photographie commerciale et publicitaire. Je pouvais enfin commencer à vivre de mes images !

À cette époque, on parle de l’aube des années 2000, j’ai commencé le métier de photographe sur de la pellicule diapositive. Le numérique n’était pas encore tout à fait accessible. Du moins, pas pour un jeune débutant sans un sou en poche ! Mes premiers reportages pour des grands magazines comme Canadian Geographic, Nature’s Best ont été réalisés sur de la pellicule. Autant dire travailler sans filet. Aller récupérer les planches de diapos au labo, des semaines plus tard, était à la fois excitant et très stressant. Particulièrement dans un contexte d’assignation officielle où j’avais les charges financières de déplacements en territoires éloignés.

En ce qui me concerne, après 15 ans de photographie, je peux affirmer que ce n’est plus seulement une profession, mais un style de vie. La photo fait partie intégrante de ma vie et ce, jusque dans les sphères personnelles de celle-ci. J’imagine que c’est ce qu’on appelle la passion. Lorsque je ne suis pas en déplacement seul ou accompagné de ma blonde, je travaille dans mon bureau à domicile. En moyenne 50 heures par semaine. Retouche, archivage, développement de projets et représentation. En ce qui concerne partir en voyage sans mon appareil, c’est tout simplement impensable… Ce sera un acte de torture au quotidien !

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Peux-tu nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection?

 Je dois avouer que par la force des choses, je suis devenu un caméléon. De par la nature variée de mes nombreux clients, je dois être en mesure de m’adapter à d’innombrables directions artistiques. Chaque projet est différent. Je fais donc évoluer mon style en fonction des échanges que j’ai avec mes clients et en fonction du rendu souhaité. Si j’ai carte blanche, ce qui arrive à l’occasion, je vais surtout travailler très tôt le matin et tard le soir. Pour avoir accès aux plus belles lumières de la journée. J’aime particulièrement travailler quand les éléments se déchainent un peu. Quand les froids sont extrêmes, quand les brumes couvrent le paysage et quand la lumière est dramatique. Que ce soit en photo de nature, en ville ou en portrait reportage.

Certaines de mes photos les plus connues proviennent de conditions où les éléments m’ont donnés un peu de fil à retorde… Mais quel bonheur de voir une de ces images passer en temps réel sur l’écran LCD !

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Tes missions photographiques t’entraînent aux quatre coins de la planète, mais y a t’il un endroit que tu affectionnes particulièrement.

C’est un peu paradoxal, mais je suis attiré à la fois par les grands espaces naturels que par les grandes villes. Je peux donc passé d’un projet dans une grande ville et me retrouver quelques jours plus tard, perdu dans l’immensité d’une région nordique. Je demeure aussi en milieu urbain mais je suis natif d’une région aux grands espaces. Où certains affirment qu’il y a autant de lacs que d’être humain ! Je peux dire que j’ai une bonne capacité d’adaptation… Finalement, je rêve d’aller un peu partout et je m’approprie facilement un endroit. Je retourne aussi plusieurs fois dans certaines destinations. C’est agréable d’avoir ce sentiment de déjà vu. De familiarité. Aussi agréable que la découverte d’une première fois.

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Mon matériel évolue beaucoup d’un projet à un autre. L’équipement en tant que tel n’a pas beaucoup de valeur sentimentale à mes yeux. Ce sont des outils de travail. Ces items font leur temps. Ils brisent. Je les abîme occasionnellement. Alors je les remplace. Ma première caméra accumule la poussière quelque part dans mon bureau. C’est maintenant un bibelot… Ahhh, mon bon vieux Nikon F90X !

Ma blonde pourrait confirmer que j’aime beaucoup les sacs photo et de valises. Autant qu’elle peut aimer les souliers et les sacs à main… Je passe parfois d’un simple sac en bandoulière à trois valises Pelican bien remplies. Je dirais que je porte une attention particulière à mes choix de valises et sacs photo. Mes bagages deviennent parfois ma « maison » pendant des semaines. Comme je n’enregistre presque jamais de valise lors de mes déplacements aériens, j’ai différents modèles en fonction des différentes compagnies aériennes ou type de destinations.

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Selon toi quelles sont les qualités principales que doit avoir un photographe?

Créativité, assiduité, persévérance et avoir un grand sens de l’adaptation. Spécialement à l’ère du numérique.

Est-ce que ton travail est influencé par certains photographes?

  • Paysages géographiques : Yann Arthus Bertrand
  • Portraits : Steve McCurry
  • Les maîtres : Henri Cartier-Bresson, Doisneau et Ansel Adams.
  • Photographe contemporain : Anne Leibovitz
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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Parmi tes photos, peux tu nous présenter ta photographie Coup de ‘coeur du moment’ et nous raconter son histoire?

En fait, je dirais que c’est une série de photos… Un projet que je viens de terminer. 30 villes nord américaine en 100 jours de voyage. Le projet Villes Sublimes – Beautiful Cities (titre provisoire) m’a fait parcourir les quatre coins du Canada et des États-Unis à bord des avions. J’ai vécu d’extraordinaires expériences pour capturer le caractère vibrant des grandes cités urbaines qui stimulent l’imaginaire des voyageurs de partout dans le monde. Ce projet m’a fait plonger au cœur d’un univers fascinant rempli de contrastes et inspiré par l’histoire et la culture locales.

J’ai été séduit par une soirée à l’atmosphère jazzy du Vieux-Carré à la Nouvelle-Orléans. J’ai découvert des points de vue saisissants de Vancouver, une ville en parfaite symbiose avec la mer et les montagnes. J’ai ressentie la magie dans le relief de San Francisco sous la lueur dorée du premier rayon. De New York à Los Angeles, en passant par Chicago et Toronto, J’ai été inspiré pas les spectaculaires « skylines » de ces grandes villes mythiques. À toute heure du jour ou de la nuit, les jeux de lignes et la palette de couleurs de ce monde urbain ne m’a pas laissez indifférent !

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Ma liste est plus longue que les années qui me restent à vivre !

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

Le meilleur moment ? Ils sont très nombreux, mais je vais en choisir deux :

Lauterbrunnen en Suisse: De retour de quelques jours dans le village « sans voiture » de Wengen, situé dans les hauteurs des Alpes suisses, j’arrive vers la fin de l’après-midi à la gare de Lauterbrunnen, un village niché au fond de la vallée en forme de « U ». Plusieurs chutes d’eau provenant des montagnes s’y jettent et ponctuent le paysage de minces filets argentés et brumeux.

Lauterbrunnen est l’endroit où j’ai laissé ma voiture pour partir en train à crémaillère quelques jours plus tôt. À ce moment, les nuages étaient tellement denses et bas que je n’arrivais pas à voir le bout de mon nez. J’avais pris de l’altitude en espérant finir au-dessus des nuages.

Du haut de la montagne, par une journée complètement dégagée, je pouvais distinguer un petit filet d’eau qui semblait être une chute de quelques dizaines de mètres! Mais ce n’est qu’au retour que j’ai pris conscience de la réelle dimension des lieux. La chute Staubbach est en réalité haute de 270 mètres et domine le paysage. Une balade par temps pluvieux m’a conduit dans un sentier piétonnier offrant une vue irréelle de ce coin du monde. La cascade d’eau est tellement élevée, qu’elle se transforme en un fin rideau de bruine.

Installé sur trépied pour une photo de dernière minute, j’attends l’heure bleue. Soudainement, une lueur attire mon attention. La chute est éclairée par de puissantes lampes extérieures. Puis, la petite église s’illumine. Le panorama est majestueux. Bouche bée, j’en profite pour immortaliser ces instants magiques.

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Terre-Neuve au Canada: Lorsque j’ai vu des photos de la ville de St-Jean de Terre-Neuve et plus particulièrement « The Battery », j’ai été fasciné. Ces petites maisons perchées à même les parois escarpées, exposées aux éléments de la nature, me semblaient tout droit sortie d’un film fantastique. En pleine production de projet de livre sur les villes nord américaines, cette destination est rapidement devenue un incontournable. Je dirais même que j’ai gardé précieusement cette ville pour la fin de ce projet !

Après avoir exercé mon œil dans plus de vingt-cinq villes aux quatre coins de l’Amérique du Nord, je suis devenu plus confortable dans l’art de la photographie urbaine, dans la gestion du trafic, dans l’art de comprendre les panneaux d’interdiction de stationnement. À l’inverse du coucher de soleil lumineux et coloré de la veille, ma première matinée de photo sur le « rocher » s’est déroulée dans une ambiance rarement rencontrée.

Debout à l’aube, la première chose qui  attire mon attention, c’est l’humidité. Ma voiture est complètement recouverte d’une épaisse pellicule de gouttelettes d’eau. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais vu une pareille situation lors de sorties matinales. L’atmosphère est si humide que de fines particules d’eau flottent dans l’air et se collent aux surfaces, comme celle de la lentille de mon appareil photo.

Après avoir contourné le « St-John’s Habrbour » en entier, me voilà sur une petite route qui mène vers le port de pêche du côté sud du détroit de Saint-Jean de Terre-Neuve. Arrivé sur place, c’est le calme plat. Des odeurs de mer me montent au nez. Je descends prudemment une petite paroi de roches pour atteindre le bord de l’eau. Malgré l’absence de vent, de grosses vagues viennent s’échouer et repartent dans un rythme très lent, presque qu’endormant.

La force de cette scène est en fait, un élément qui se trouve à l’opposé de la majorité de mes autres photographies. Le côté sombre et peu lumineux occasionné par le brouillard à cette heure du jour  produit un effet des plus dramatiques. Lentement, une percée de lumière dans le banc de brouillard me laisse entrevoir les petites maisons du quartier « The Battery », de l’autre côté du détroit. C’est au son d’une bouée sonore et sous la bruine que je m’imprègne de ce moment dépaysant et que je fais contre toute attente, l’une des images les plus fortes de mon projet de livre.

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Le pire moment ? Facile !

Certainement la fois où j’ai oublié un kit Hasselblad (loué) d’une valeur de 20 000$ au sommet d’une montagne en pleine nuit. Le sac était noir… J’avais beaucoup de pression pour la réalisation de ce projet complexe pour une publicité très grand format dans un lieu publique très achalandé d’une grande métropole. Une fois la photo terminée, je me suis dépêché à charger le matériel dans un gros sac à dos et je suis redescendu. Près d’une heure de route plus tard, j’ai constaté mon oublie. J’ai fait demi-tour et j’ai du remonter au sommet à la lueur de ma lampe frontale.

J’avais croisé un groupe venu faire de l’observation d’étoile. J’espérais tellement que l’un d’eux, n’est pas trouvé mon sac par hasard et foutu le camp avec!!! J’avais presque envi de pleureur en montant ! Ça aurait été difficile à expliquer à ma compagnie d’assurance. Arrivé sur place, il m’attendait sagement à deux pas du sentier. J’ai dansé de joie !

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

J’aime beaucoup l’originalité du travail de Edward Burtynsky qui paradoxalement est très connu mais qui passe aussi inaperçu dans certains cas par la nature de son travail.

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Tous droits réservés à Mathieu Dupuis

Merci 

Encore une fois un grand merci à Mathieu pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

2 pensées sur “Interview de Mathieu Dupuis

  • 30/04/2015 à 0 h 11 min
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    Oh, wow, mon photographie favori en interview chez Bon Plan Photo! Génial!

    Merci Mathiew de nous avoir partagé ton cheminement et ta passion, c’est fort inspirant!

    Anne 🙂

    PS : ouf! je suis contente pour toi que tu aies retrouvé cette valise Hasseblad!

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    • 30/04/2015 à 11 h 27 min
      Permalink

      Bonjour Anne,
      Et oui, Mathieu a également accepté ce petit jeu des questions / réponses. D’ailleurs si tu as d’autres photographes qui méritent d’être découverts je suis preneur!

      Répondre

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