Interview de Guilhem Ribart

On continue à découvrir des photographes, et aujourd’hui c’est Guilhem Ribart, que je reçois et qui a accepté de  se dévoiler un petit peu. Avant cela, si vous voulez suivre le travail de Guilhem, vous pouvez le retrouver:[checklist]

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Interview de Guilhem Ribart

Bonjour Guilhem,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?  
Bonjour, je m’appelle Guilhem, j’ai 37 ans, je suis natif de Perpignan et j’ai passé ma jeunesse entre les Pyrenées Orientales et Montpellier. En fait je vais avoir du mal à répondre à ta question car la photographie était, jusqu’à il y’a peu encore, ma vie en dehors de mon boulot. J’ai en effet vécu 15 ans en région parisienne, tout d’abord pour y finir mon école de Management puis ensuite pour y travailler en tant que consultant en stratégie et management des Systèmes d’Informations. Comme je travaillais intensément, la photographie était devenue depuis quelques années ma bouffée d’oxygène, la vie dans laquelle j’aimais me plonger pour penser à autre chose que le travail.
A la suite d’un long processus, j’ai décidé de changer du tout au tout dans ma vie. J’ai alors tout plaqué de ma « précédente » vie en Novembre 2013 pour me consacrer exclusivement à cette passion qui était devenue la photographie et qui prenait de plus en plus de mon temps.
Fenetre sur cour
Fenetre sur cour – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?
Par curiosité! J’ai acheté mon premier appareil photo en 2002, un compact Konica. Il me servait pour prendre des instants de vie mais rien de sensationnel. C’était numérique, ça m’intriguait et je voulais essayer d’autant plus que c’était la première fois de ma vie que je tenais un appareil photo entre les mains, qu’il soit numérique ou argentique. Puis en 2005 je me suis acheté mon premier reflex à l’occasion d’un séjour en Tunisie. Je voulais prendre de belles photos alors, comme tout le monde, je me suis dit qu’il fallait que j’achète un matériel plus conséquent. C’était un Canon 350D avec un Sigma 18-200. Cet appareil m’a permis de découvrir ce qu’était la photographie. Cela m’a pris 2 ans pour comprendre les bases de la prise de vue. Pour cela j’ai parcouru les forums, les sites et 1 ou 2 livres que j’avais acheté. Puis au bout de 2 ans, j’ai atteint les limites de mon Canon et surtout ses gros problèmes ergonomiques, à savoir l’absence d’une seconde molette. Comme j’adore travailler soit en manuel soit en mode A, j’aime avoir 2 molettes. Et donc, en 2007, à l’occasion d’un voyage à Prague, j’ai revendu mon Canon pour un splendide K10D de chez Pentax. Pour plusieurs raisons cet appareil marquait une rupture technologique en 2007: boitier stabilisé, mode TaV, très beau prisme, rétrocompatibilité avec les vieux objectifs… Vraiment un superbe boitier!
Ce qui est sympa dans l’histoire, c’est que j’ai revendu mon boitier Canon à un Marocain, un enseignant du côté d’Oujda. Pendant 2 ans j’ai gardé contact pour savoir si l’appareil lui convenait. Et puis un jour il me convia à participer à un festival de photographie qu’il organisait dans sa ville, au Maroc!
Curieux de nature j’ai naturellement accepté et je ne regrette absolument pas mon choix car j’y ai eu l’occasion de rencontrer les personnes qui deviendront par la suite mes mentors. le premiers d’entre eux est Simon Wheatley, alors photographe au sein de la prestigieuse agence Magnum qui a tout de suite aimé mes prises de vue et qui m’a pris sous son aile pendant 4 fabuleuses journées.
Cape view
Cape view – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Quelles sont tes spécialités photographiques ?
Depuis bientôt 2 ans je pratique principalement la Street Photographie. En fait, mes prises de vue dépendent fortement du choix d’équipement que j’ai à ma disposition et du plaisir que je prends à l’utiliser. J’ai ainsi acheté un Ricoh GR il y a 18 mois et j’ai beaucoup de mal à le lâcher bien que possédant un magnifique Pentax K3 et le parc d’objectifs qui va avec. Le Ricoh, du fait de sa focale fixe de 28mm oblige à aller au contact des gens. Mais comme il est en même temps discret, il est facile de partir à l’aventure dans les rues et de se fondre dans la population sans être remarqué.
Mais au départ, je faisais principalement des photos d’architecture. Certainement parce qu’à la base je suis un grand timide, j’ai commencé par utiliser de longues focales, 100mm, 200mm et 300mm avec lesquelles je m’entrainais à prendre des photos des immeubles de La Grande Motte.
Ce n’est que par la suite que, la confiance aidant, j’ai pu passer sur des focales de plus en plus courtes et oser me rapprocher des gens. Désormais j’ai du mal à prendre des focales plus longues que le 28mm même si j’adore utiliser le 77mm sur mon K3 pour faire du « portrait » en street photographie.
La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?
Plus qu’un moyen d’expression, je dirais que c’est un art de vivre. Comme je le disais, je suis un grand timide. La photographie m’aide à me faire violence et à aller au contact des gens.
De ce fait, je passe beaucoup de temps à voyager à l’étranger pour voir autre chose. En 1 an je viens de faire le Maroc, l’Egypte, la Thaïlande, la Sardaigne et l’Afrique du Sud. Ce qui m’a le plus marqué c’est de voir à quel point ce que l’on nous montre à la télévision n’a rien à voir avec ce qu’il se passe réellement sur place. Prenons l’exemple de l’Egypte. J’y suis resté presque 1 mois en Décembre 2013. C’était 6 mois après le retour de l’armée au pouvoir et pendant les campagnes d’attentats orchestrées par les frères musulmans. Sur place, la situation n’était absolument pas insurrectionnelle comme le laissaient supposer nos chaines de télévision. De la même manière j’étais en Thaïlande pendant le putsch militaire (par hasard). Si je n’étais pas revenu en France 2j plus tard, jamais je n’aurais pu savoir ou deviner qu’il s’y était passé quelque chose alors que j’étais sur place. Ce n’est qu’une fois revenu en France que j’ai vu que tout le monde s’inquiétait pour moi et de ce qui se passait là-bas alors (à savoir rien finalement…)
Ce que je cherche donc à faire, c’est de montrer le vrai visage de la vie dans ces pays, loin du sensationnel que l’on nous rabâche à la télévision et qui n’est que de la pure propagande éhontée de mon point de vue.
Desertic road
Desertic road – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Imagines que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?
Sans l’ombre d’une seule hésitation, le Ricoh GR! Il est l’archétype du graal photographique pour moi. Petit, discret (pour ne pas dire invisible), une ergonomie unique et absolument sans faille, utilisable aussi bien avec les modes semi automatiques classiques qu’en manuel. Son arme absolue est son fameux mode « Snap » qui permet de définir manuellement la distance de focus, idéal en street photographie. On règle son appareil au préalable et ensuite il ne reste plus qu’à cadrer et déclencher. Je ne connais aucun autre appareil photo sur le marché qui soit aussi rapide! Alors sur une ile déserte, sa focale de 28mm sera certes un peu courte, mais au moins son encombrement minime et sa résistance aux conditions le rendront indispensable!
Selon toi quelles sont les qualités principales que doit avoir un photographe?
L’ouverture d’esprit! S’avoir s’adapter aux conditions auxquelles il fait face et ne jamais dépendre des automatismes de son appareil photo. Je pense qu’un autre point essentiel est de se forcer à n’utiliser que des focales fixes. Leur utilisation force le photographe à penser sa composition et à se déplacer autour de son sujet. Avec un zoom, c’est trop facile. Il suffit de zoomer et de dézoomer et pas besoin de se poser de question. Je pense sincèrement que de travailler uniquement avec des focales fixes force l’esprit à trouver des prises de vue plus originales, plus travaillées. Cela force également à être en « osmose » avec son matériel. Par exemple avec mon Ricoh, je connais parfaitement la focale 28mm et je sais exactement comment je vais cadrer intuitivement sans même regarder l’écran. Je shoote à main levée sans même vérifier le cadrage car je sais d’avance quel résultat je vais obtenir. Bref, faire corps avec son matériel, le maitriser dans tous ses domaines et l’associer avec une focale avec laquelle on se sent à l’aise. Et une fois que cela devient naturel, on l’oublie totalement et on commence à s’ouvrir aux gens que l’on croise dans la rue!
Who are You?
Who are You? – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Où trouves-tu ton inspiration?
Dans le regard des gens, leur sourire et les discussions que j’ai avec eux. Il faut savoir qu’à la base je n’aime pas prendre des photos car j’ai cette sensation de voler « l’âme » des gens. J’ai donc besoin de me sentir en confiance avec eux et j’ai besoin de sentir que cette confiance est réciproque. En tant que photographe je ne suis pas du tout prolifique. Quand j’arrive à prendre 30 photos dans une journée, c’est un grand maximum. Lors de mon séjour au Caire, j’ai du prendre 600 photos en 1 mois. En Thaïlande à peine 500 sur 3 semaines. Mais sur ce total, j’en garde quasiment 50% en comptant celles que je supprime dès la prise de vue. Et il me faut toujours au moins 1 semaine d’adaptation pour commencer à prendre mes premières photos. Pour moi prendre une photo reste un processus très complexe et aléatoire. Quand je ne « sens » pas l’endroit où je suis, je ne prends pas de photo. C’est aussi simple que cela. Et pire que tout, je suis incapable de déclencher sur commande! Il suffit que l’on me dise « oh, regarde ici, c’est joli il faut prendre une photo » pour que ça me bloque.
Street blacksmith
Street blacksmith – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Parmi tes photos, peux tu nous présenter ta photographie Coup de ‘cœur du moment’ et  nous raconter son histoire?
Unexpected Candor: J’étais à un festival des arts à Meknes. Ce jour-là, nous sommes partis en convoi dans une ville appelée Aguelmous et située dans le moyen Atlas. Là-bas nous avons eu une journée d’échanges avec les enfants de cette petite ville au sujet des arts (peinture, photo, poésie).
Nous y avons passé une délicieuse journée et, pour nous remercier, les enfants avaient préparé une pièce de théâtre à notre intention. Rapidement pendant la représentation j’ai été attiré par une petite fille avec un beau grand chapeau et qui était toute timide. Son regard était comme absent mais je ne voyais qu’elle! Elle était en plus éclairée par un rayon de soleil qui lui arrivait derrière le chapeau. Pendant 20 mn je me suis demandé comment je pouvais attirer son attention de manière spontanée pour qu’elle me regarde. J’étais alors à 1m d’elle avec mon Ricoh GR. Et tout d’un coup, sans que je ne m’y attende, elle se retourna vers moi et me fixa avec ses grands beaux yeux noirs pendant l’espace de 2 ou 3 secondes! Le Ricoh GR était préconfiguré, je n’ai juste eu qu’à déclencher et j’ai pu obtenir une photo que je trouve superbe. Naturellement, avec n’importe quel autre appareil photo que ce GR, l’électronique aurait pris trop de temps à tout calculer et jamais je n’aurais pu avoir ce cliché!
Unexpected candor
Unexpected candor – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?
Là je suis actuellement en Afrique du Sud pour documenter l’histoire de la famille de quelqu’un rencontré ici lors de mon premier séjour cet été dans ce pays. Je vais donc partir courant décembre / janvier dans une tribu dans les montagnes du Drakensberg pour vivre avec eux pendant plusieurs jours / semaines et immortaliser ce contraste entre coutumes ancestrales et la modernité qui commence à s’installer doucement. Il va s’agir d’un projet sur au moins 1 an car ce clan, au fil des siècle s’est répandu un peu partout depuis l’océan indien jusqu’à la RD du Congo. Il me faudra donc plusieurs séjours ici pour essayer d’être un peu complet. Sinon l’an prochain je dois retourner en Thaïlande. J’y étais en mai dernier pour assister une ONG, Jungle Aid, qui vient en aide aux réfugiés chassés de Birmanie et qui sont allés se cacher dans les épaisses jungles thaïlandaises. J’ai également pour projet de partir en Birmanie pour y faire un état des lieux quelques années à peine après l’ouverture du pays aux étrangers.
Je travaille également sur un autre projet en Tanzanie auprès d’une autre ONG. Pour l’instant je ne suis qu’en phase de contact mais d’ici février le projet devrait être bien cadré.
Niveau exposition, cette année mon photo reportage sur l’Egypte a été sélectionné pour le festival VISA Off de Perpignan, j’ai des photos qui ont été exposées à Pekin lors du 5ème CHINA PSA compétition, j’ai exposé deux semaines au Caire et j’espère pouvoir obtenir au moins 2 expositions en 2015, une à Abu Dhabi et une à Dubai.
Venant de remporter le Moscow International Foto Awards dans les catégories architectures et children, je suis en train de voir si je ne peux pas mener 1 ou 2 expositions en Russie dans les mois à venir.
D’une manière générale, quand on est photographe, je pense qu’il faut toujours avoir au moins 4 ou 5 projets en parallèle car dans le tas, il y’en a toujours au moins la moitié qui ne se réalisent jamais.
Medina kids
Medina kids – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?
La meilleure expérience photo pour moi restera éternellement le fait d’accompagner Simon Wheatley prendre des photos dans le souk d’Oujda au Maroc. Suivre un très grand professionnel comme Simon est une expérience très enrichissante, peut-être la dernière fois d’ailleurs que j’ai pu discuter avec un vrai photographe, aussi bien dans la pratique que dans la philosophie de la photographie.La plupart des photographes passent désormais leur temps à comparer les performances et les caractéristiques de leurs boîtiers. A titre personnel je trouve cela désolant car si les caractéristiques techniques d’un boitier étaient un élément primordial dans la réussite d’une photo, cela ferait longtemps que ça se saurait. Un boitier, de mon point de vue, ça reste avant une ergonomie et un porte objectif, rien de plus. Le plus important, ce sont l’objectif et l’œil.
Et donc justement la pire des séances est en fait multiple… elle concerne presque toujours les festivals de photographies à côtoyer des photographes-geeks qui passent leur temps à discuter techniques et fiches techniques plutôt que de photos. Ça pour moi c’est vraiment un très gros coup de gueule!
sans
Sans – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu? 
Très facile… certainement pour moi la plus grande baffe photographique que j’ai reçue depuis « Don’t call me Urban » de Simon Wheatley … Lungile Zuma… un sud africain de 17 ans originaire de Thokosa, un township à coté de Johannesbourg qui a été découvert lors du projet Of soul & joy (in Thokoza) mené par la fondation Rubis Mécénat. Ce projet consistait à confier à des jeunes de ce township un appareil photo, de leur en apprendre les rudiments et ensuite de les « lâcher » et voir les clichés qu’ils en rapportaient. Le résultat était assez inégal de la part de ces jeunes qui ne savaient même pas ce qu’était une photo quelques jours auparavant. Mais les photos rapportées par ce jeune Lungile Zuma alors âgé de 15 ou 16 ans… je n’avais jamais ressenti une telle puissance dans une série de photos.
Saxobronx
Saxobronx – Tous droits réservés à Guilhem Ribart
Un dernier mot?
Une pensée pour mon ami Thabiso Sekgala, décédé le 15 octobre de cette année à l’âge de 33 ans, qui avait justement accompagné ce projet Of soul & Joy. Je devais partir en trip photo avec lui à mon arrivée à Johannesbourg mais une semaine avant la vie en décidait autrement….

Merci 

Encore une fois un grand merci à Guilhem pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

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Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

2 pensées sur “Interview de Guilhem Ribart

  • 25/12/2014 à 9 h 45 min
    Permalink

    Bonjour

    Merci pour m’avoir laissé l’opportunité de m’exprimer à travers cette interview, je vous en suis très reconnaissant !
    Je souhaite à tous les lecteurs un joyeux Noël depuis le village de Pontseng situé dans les montagnes du drakensberg en Afrique du sud où je suis en reportage pour plusieurs semaines.
    N’hésitez pas à me poser toutes vos questions, je n’hésiterai pas à vous répondre des que je trouve un point d’électricité et d’Internet 🙂

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