Interview de Franck Renard

Il y a un an, dans son interview, Christophe Salin nous a fait découvrir le travail de Franck Renard. Aujourd’hui je vous propose donc de partir à la découverte de Franck, qui a accepté à son tour de se dévoiler. Avant cela, si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:[checklist]

Interview de  Franck Renard

Bonjour Franck,

Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?

J’avais une dizaine d’années quand un oncle m’a donné un magnifique Yashica Minister D tout chromé, chargé d’un film diapo Agfachrome CT18. Ce fut assurément une révélation !

Peu de temps après, ce sont quelques rencontres qui seront déterminantes, comme souvent dans la vie. Un retraité, naturaliste, randonneur, photographe, me donnera à son tour un vieux Pentax SV, sur lequel je visserais un 400 mm f6,3 Soligor, en même temps qu’il me fera découvrir en long et en large quelques très beaux coins de la Haute Ardenne belge. A la même époque, fin des années 70, début 80, un cousin entomologiste aura aussi un impact déterminant sur le choix de mon parcours scolaire, à savoir des études en sylviculture.

De même qu’un autre ami, lui aussi photographe, très actif dans la protection de la nature, m’initiera à la revalidation des oiseaux sauvages et à la vie des mouvements associatifs, et quelques autres.Tout cela était «cohérent» dans mon chemin de vie, photographie et nature étaient d’emblée intimement liés,durablement.

Franck Renard
Tout droit réservé à Franck Renard

Quels sont tes spécialités photographiques ?

J’ai envie de dire : rien.  Je n’ai certainement aucune prétention de spécialiste. Je préfère parler de sujet de prédilection.  Dans ce cas, je ne serais pas original, puisque les oiseaux sont pour moi, comme pour beaucoup, une source importante d’inspiration photographique.

Mais, en bon curieux de nature, je m’intéresse aussi à la flore locale. La photographie dans ce cas est un bon moyen de se lancer dans l’identification et la meilleure connaissance des plantes qui nous entourent. Et bien sûr, le paysage est incontournable.  Élargir son champs de vision, se situer dans son environnement, en toutes saisons, c’est s’aérer l’esprit, s’immerger dans une portion de nature soigneusement cadrée.  Un choix délibéré d’exclure le laid pour ne garder que le beau. Ou parfois le contraire.

Lièvre variable (Lepus timidus)
Tout droit réservé à Franck Renard

La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?

Il serait prétentieux de ma part de prétendre que je veux faire comprendre quoi que ce soit avec mes photos.  Voire même simplement faire passer «un message».  Je crois qu’il faudrait alors se considérer dans une démarche créatrice, artistique, conceptuelle, ou que sais-je d’autre, ce qui n’est pas mon cas.

La photographie comme moyen d’expression ?  Peut-être. Personnellement, je préfère me rallier aux propos de Stéphane Hette qui a écrit un jour «Je fais de la photo, parce que ça rend ma vie plus belle».

Je me sens clairement beaucoup plus dans cette philosophie.  Qui peut paraître d’emblée peut-être plus égoïste, mais qui me semble surtout plus réaliste.  Lors d’un récent voyage avec mon ami Emmanuel Boitier, pendant quelques galères où rien ne se passe comme on l’aurait espérer, je répétais souvent « Ça ne sert à rien ce qu’on fait ! ».  Un peu par dépit, un peu par provocation, mais finalement pas dénué de fondement.

Que peu-t-on espérer de nos images en réalité ? Auront-elles le moindre impact sur les consciences, les comportements, la perception des choses de la nature, sur ceux qui les regardent ?

C’est une question ouverte, un vaste débat possible et sans doute sans réponse claire, évidente.  Chacun se fera son idée sur ce qu’il pense pouvoir exprimer à travers ses images.  A titre personnel, je dois bien dire que j’essaie de laisser de côté toute question existentielle à ce sujet.  Je fais de la photographie dans la nature depuis plus de trente ans, parce que j’adore ça, ça me fait vivre des moments fabuleux ou pénibles.  Cela m’a permis de rencontrer des gens fabuleux…ou pénibles. Mais c’est assurément un véritable moteur de mon existence, c’est déjà pas mal.

Bouquetin 2014.1680.74.
Tout droit réservé à Franck Renard

Tes missions photographiques t’entraînent aux quatre coins de la planète, mais y a t’il un endroit que tu affectionnes particulièrement.

Mes racines sont Ardennaises, «fagnardes», cette terre de hauts plateaux tourbeux de l’Est de la Belgique.  Il y pleut, il y fait froid et moche très souvent.  C’est comme ça, c’est chez moi. Du coup, on s’y habitue, on ne peut même plus s’en passer.  Et comme je ne supporte pas bien la chaleur, j’ai tendance à rechercher le même genre de milieu quand je voyage.

Chez moi, les tourbières et les landes sont minuscules.  Alors, se retrouver en Scandinavie avec des tourbières de plusieurs centaines d’hectares, des tétras lyres par dizaines, être survolé par le pygargue à queue blanche, croiser le regard de la chouette lapone et pouvoir planter sa tente n’importe où, c’est redécouvrir une certaine liberté.

Inconcevable par chez nous. Donc finalement, je recherche toujours la même chose, mais en mieux !

Linaigrette vaginée
Tout droit réservé à Franck Renard

Imagines que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?

Vital !  Le matériel photographique ? Je pense que d’autres choses seraient mieux venues (humour).

Mais soit, je joue le jeu.  Sur une île déserte, ou en configuration minimale disons, je prends un boîtier plein format et un zoom à large amplitude comme le 28-300 mm. Deux cartes 32 Go, ça devrait aller.  Et surtout, un petit lecteur MP3 avec plein de musiques !

Cerf élaphe
Tout droit réservé à Franck Renard

Selon toi quelles sont les qualités principales que doit avoir un photographe ?

J’ai presqu’envie de dire que ce sont les mêmes qualités que dans la vie en général. Je constate que souvent les meilleurs photographes sont aussi souvent de belles personnes.  Même s’il y a des exceptions et une part de subjectivité bien sûr.

Le gars qui est capable de rester des plombes dans des conditions infâmes à répétition, de se consacrer à l’infiniment petit, au simplement beau, à attendre une autre lumière, une attitude, un instant fugace déjà terminé et qui a la compétence et le talent, pour  le restituer au mieux, pour le faire partager sans rien attendre en retour, souvent, ce gars là (ou cette femme là bien sûr), gagne à être connu. Comme photographe et surtout comme être humain. Et personnellement, je suis ravi d’avoir rencontré des gens d’exception grâce  la photographie de nature.

Suède
Tout droit réservé à Franck Renard

Où trouves-tu ton inspiration ?

Près de chez moi, on sortant souvent.  En parcourant les mêmes endroits, dans un sens puis dans l’autre, en toute saison, par tous les temps. Il faut tenter de rester curieux de tout, essayer, se planter, recommencer. Ouvrir les yeux et s’ouvrir l’esprit. Voyager est important pour moi, pas forcément loin, c’est également une bonne source d’inspiration.

Travailler le mélange de la routine et de la découverte de nouveaux horizons. Se fixer des objectifs, réalistes ou surréalistes, peu importe, cela maintien en éveil, cela entretien la motivation. S’intéresser au travail des autres photographes est aussi passionnant, motivant, ou démoralisant, c’est selon, mais en prenant garde au piège du mimétisme. Pour trouver sa voie, il faut la parcourir souvent. Se forcer n’a pas de sens, s’efforcer de faire toujours mieux en a un.

Nyctale de Tengmalm
Tout droit réservé à Franck Renard

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Ne retenir qu’une seule photo, reviendrait à « oublier » toutes les autres. Mission impossible.  Ce que je constate et c’est heureux je pense, c’est que chaque année apporte de nouvelles images, de nouvelles opportunités, de nouvelles histoires.

C’est alors qu’une image sort du lot, de temps en temps, mais pour un instant, pour un instant seulement.  Pas qu’elle soit particulièrement belle, spectaculaire ou encore moins exceptionnelle sous quelque forme que ce soit.  Mais simplement parce que cette image va ma rappeler une histoire, c’est le plus important à mes yeux. Jusqu’à ce qu’une autre la remplace dans mon esprit et sur mon fond d’écran. Mais bon, je vais tout de même en sortir une pour l’occasion.

C’est un gros mâle de phoque gris, photographié sur une plage d’une petite île de la mer du Nord, une fin de journée grise de décembre. Il est seul, face à la mer, on ne voit pas sa tête, cachée par son énorme dos. C’est une image qui évoque pour moi beaucoup de très bons souvenirs. Un peu monochrome, dans les tons gris bleus, la scène est paisible et froide, comme le climat à ce moment. Le temps de déclencher deux fois, puis le phoque a changé de position et l’équilibre était rompu. En 2014, cette image a fait «l’affiche» de mon expo sur les phoques gris, intitulée : «Selkies.  Créatures de l’estran»

Phoque gris
Tout droit réservé à Franck Renard

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques ?

A court terme, cet hiver, j’avais prévu de retourner une fois de plus en Laponie finlandaise pour continuer à travailler le sujet.  Mais voilà, un problème de santé inopiné, sérieux, sans être dramatique, me cloue à la maison pour plusieurs semaines. C’est anecdotique, mais cela remet constamment en évidence à quel point nous maîtrisons peu de choses dans la vie. Raison pour laquelle il faut pouvoir profiter de chaque instant, chaque bon moment, en étant bien conscient que les lendemains restent éminemment incertains. La Laponie finlandaise, ce sera pour plus tard…

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

L’un des meilleurs souvenirs récents est certainement l’observation de ma première aurore boréale en hiver, dans le Nord de la Norvège. On a beau en avoir vu des pages d’images ou de video sur le net ou dans les livres et à la télévision, vivre le moment en vrai est d’une incroyable intensité. Les conditions n’étaient malheureusement pas top pour la photo, mais l’émotion ressentie était énorme. Soudain, sans préambule, le ciel se met à vivre, des rideaux de lumière s’animent, s’étalent, se retirent, s’allongent, flottent dans l’espace.  Tout cela, dans un silence absolu.  C’est hallucinant de beauté et de mystère !

Des galères, des foirages, des misères, j’en ai de pleines brouettes, laissons les là où elles se trouvent, pour ne garder que le meilleur,

Fou de Bassan
Tout droit réservé à Franck Renard

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Certainement Martin Dellicour, en évoquant plus haut les qualités d’un bon photographe, Martin en accumule un paquet.  Et comme je l’écrivais, en plus c’est une personnalité d’exception! Son travail est tout en finesse, soigné, sensible, alliant maîtrise technique et sens artistique au plus haut niveau.  Parfait.

Un dernier mots ?

Ne pas se prendre au sérieux et prendre un maximum de plaisir, dans la Nature avec un appareil photo.  Faites-vous du bien !

Tétras lyre
Tout droit réservé à Franck Renard

 

Merci 

Encore une fois un grand merci à Franck pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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