Interview de Diane Dufraisy Couraud

Aujourd’hui, je reçois Diane Dufraisy Couraud, connue également sous le doux pseudo de « Never Ends ». Diane est une sorte de photographe exploratrice, mais qui donne une autre dimension à ces photos. En tout cas elle a accepté de  se dévoiler un petit peu.

Avant cela, si vous voulez suivre le travail de Diane Dufraisy Couraud, vous pouvez la retrouver:[checklist]

 

Interview de Diane Dufraisy Couraud

Bonjour Diane,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Je suis une parisienne de 33 ans. Graphiste de métier,  j’ai découvert la photographie en 2001 grâce au numérique. Rapidement mon métier a repris le dessus et j’ai commencé à prendre des photos dans l’objectif de photomontages sans pour autant renier la photo pure.

Mon travail photographique s’articule autour de ces deux approches complémentaires. En 2004, je commence à explorer et photographier des bâtiments en état d’abandon, une pratique appelée “exploration urbaine”, nait alors une passion qui depuis ne m’a pas quitté. Explorer, voir ce qui ne peut être vu, sortir des sentiers battus de la vie urbaine est devenu un mode de vie, conséquence d’un besoin d’éloignement de la vie urbaine parisienne et de ses désavantages. Un grand besoin de calme mais aussi de comprendre comment marche cette vie urbaine. Des bâtiments a l’abandon, je me suis ouvert a toutes sortes d’explorations : carrières (catacombes), souterrains techniques, toits et hauteurs etc… Cela m’a aidé a mieux accepter mon statut de citadine.

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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Peux-tu me raconter un peu ton « histoire » photographique et nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

Les lieux abandonnés sont rapidement devenu des terrains de jeu rêvé pour mes idées de mises en scène et photo montages. Au départ j’ai joué avec les références cinématographiques qui me motivais à l’époque, à savoir les films d’horreur. Je cherchais des ambiances décrépis, j’insérais des éléments pour donner une image qui fait peur. Petit à petit ce coté s’est calmé, peut être à cause des retours que j’avais, j’étais un peu l’artiste incomprise ! Mais avec le recul quand je vois ce genre d’images maintenant, je trouve ça has been, trop vu et revu, je ne m’y retrouve plus. Finalement je me suis orientée vers un message plus généraliste, j’ai replacé l’humain dans des endroits qu’il a déserté, mais de façon poétique.

La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?

Souvent dans mes images je replace l’humain dans des lieux à l’abandon afin de rappeler le caractère éphémère de toute chose. L’humain est la ligne conductrice de l’histoire de chaque image, le point de départ de toute chose. Il a édifié le lieu, puis utilisé, délaissé, laissé mourir. Une sorte de métaphore de la vie humaine. Ces images sont des sortes de mémento mori pour rappeler que toute chose a une fin, même les créations humaines, montrer également que même abandonnés ses lieux possèdent une splendeur, une richesse qui mérite d’être montrée.

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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On dit que la photographie est un virus qui se transmets, où là l’as tu attrapé ? tu l’as transmis ?

Étant enfant j’ai eu l’occasion de faire quelques photos avec un appareil argentique que mes parents m’avait offert. Pour moi c’était sympa mais sans plus. C’est l’arrivée du numérique qui éveillé en moi l’intéret pour la photo. Quelqu’un m’avait montré un appareil numérique et ça m’avait plu. De voir mes photos rapidement, de les avoir sur mon ordinateur, de pouvoir utiliser la photographie comme matière et non comme image finale.
Avant la photo je dessinais, mais j’avais un grand besoin de réalisme qui n’était pas comblé par ce médium, la photo m’a permis d’aller a l’essentiel sur le point du réalisme et de me concentrer sur mes idées d’ambiance.
Est ce que je l’ai transmis, je n’en ai pas la moindre idée.

Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Non je n’ai pas d’objet porte bonheur dans mon matériel photo, ni autre par d’ailleurs ! Mais hormis l’appareil photo lui même, l’élément le plus important reste mon objectif préféré, le 10-22 de Canon. C’est celui que j’utilise le plus souvent et sans qui je ne pourrais pas réaliser bon nombre d’image.

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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Où trouves-tu ton inspiration?

Et bien ça dépend des moments, des fois c’est des choses que je regarde qui m’interpellent et me font avoir des idées ou bien une situation. Sinon quand je suis en panne sèche, ça arrive, je regarde quantité d’images sur internet, des photos, des illustrations, des sites web de création en général. Ça remet mon cerveau en phase créative et ça peut m’inspirer pour diverses choses.
Sinon sur le moment pour réaliser mes photos soit c’est préparé a l’avance selon une idée que j’ai eu, soit c’est sur le moment ce que le lieu m’inspire. Parfois j’ai l’idée après, alors si j’ai la possibilité je retourne sur le lieu, soit si j’ai la matière adéquate je réalise un photo montage.

J’ai l’impression que tu accordes aussi une place importante au post traitement. Peux-tu nous en dire un peu plus?

En effet, je n’aime pas le rendu d’une photo numérique brute. Et puis souvent ce que le lieu m’inspire ou ce que j’en retiens, n’est pas rendu sur la photo ! J’aime pousser le curseur de la saturation, c’est comme cela que je vois avec mes yeux.
Le post traitement et le photo montage me permettent de m’approprier pleinement le lieu pris en photo en plaçant un personnage ou en créant une atmosphère.

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Cette photo représente une tour de refroidissement d’une usine aujourd’hui rasée. C’était la première fois que je rentrais dans ce type de lieu et je garde en mémoire cette atmosphère particulière dans cet immense tube. J’ai levé les yeux et j’ai pu voir le ciel, j’avais l’impression d’être dans un vortex. J’ai pris mes photos, en éditant celle ci j’ai voulu montrer ce que j’avais ressenti, l’immensité, la singularité de l’espace et l’impression d’être dans un tunnel.
L’image de base est donc complément détournée, quand les gens me parlent de cette image il font toujours référence à un tunnel. J’ai donc donner une autre réalité à ce lieu et c’est vraiment ce qui m’a plu dans la réalisation de cette image.

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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Quelle serait la photo que tu aimerais faire ?

Ca dépend des périodes et des possibilités de réaliser ou non mes clichés, mais depuis un moment la photo que j’aimerais faire c’est de monter tout en haut de la colonne de Juillet sur la place de la Bastille ! Après je ne manque pas de lubies !

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Actuellement je travaille autour de plusieurs séries de photos que je complète au fur et a mesure. J’ai comme projet de les exposer en galerie. J’essaie donc de de finir une ou 2 séries afin de pouvoir les présenter.

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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Selon toi quelles sont les qualités principales que doit avoir un photographe?

L’humilité, savoir se remettre en question, accepter la critique constructive afin de définir ses qualités et ses défauts et évoluer continuellement. Être ouvert a ce qui se passe autour de lui.
La photo comme le graphisme est un travail constant, ce n’est pas juste prendre un appareil photo et appuyer sur un bouton. C’est un œil qu’il faut former, une manière de voir les choses et le monde aussi.

Si tu devais conseiller un photographe, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Ils font les photos à 2 : c’est Yves Marchand et Romain Meffre. Ils ont sortis 2 livres sur des lieux abandonnés : Les ruines de Détroit et l’ile japonaise de Gunkanjima. Je les connais et les suis depuis que j’ai commencé l’exploration de lieux à l’abandon. Ils restent ma référence première dans ce domaine grâce à leurs superbes photos. J’ajoute à cela leur gentillesse et leur soutien 🙂

Tous droits réservés à Diane Dufraisy Couraud
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 Un dernier mot?

Merci pour cette interview très intéressante, ça permet toujours de réfléchir à sa production photographique et ses motivations, une petite remise à niveau très sympathique.

Merci Diane

Encore une fois un grand merci à Diane pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez la retrouver:

[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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