Interview de Clement Burelle

On continue à découvrir des photographes, et aujourd’hui c’est Clement Burelle, photographe globe-trotter, que je reçois et qui a accepté de  se dévoiler un petit peu.

Avant cela, si vous voulez suivre le travail de Clément, vous pouvez le retrouver:[checklist]

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Interview de Clement Burelle

Bonjour Clément,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Clément Burelle, 28 ans et originaire des alpes (Albertville et alentours). Avant de m’intéresser à la photographie, j’ai eu la chance de pouvoir pratiquer le snowboard freestyle à plus ou moins haut niveau. J’ai vécu de cela durant un peu plus de 3 ans (2006 à 2009). J’ai d’ailleurs découvert la photographie grâce à ce sport, je ne comprenais pas toujours pourquoi les photographes me demandaient de refaire une figure pour des histoires de lumière, de vitesse d’obturation, etc.

Donc petit à petit je me suis intéressé à cela et me suis lié d’amitié avec quelques photographes. Après avoir démissionné en 2009 alors âgé de 23 ans, l’un d’eux (John Sylvoz) à eu le courage de me former et m’apprendre les bases (il continue encore aujourd’hui). Je souhaitais apprendre la photographie non pas pour produire des choses mais simplement dans l’idée de partager mes voyages à venir…

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Autoportrait (insolation dans le désert colombien) – Tous droits réservés à Clément Burelle

Peux-tu nous raconter un peu ton «histoire» photographique? et nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

En gros je venais de claquer la porte suite à ma démission et pensais voyager pour 2/3 mois (au final cela aura duré 4 ans). Je me suis rapidement rendu compte – dès le début de mon voyage – de la puissance de la photographie.  Par le biais de son langage universel. Je voyageais alors avec quelques photos en poche, pour présenter mon lieu de vie, ma famille et ainsi parvenir à échanger sans forcément parler la langue.

Grâce à cela j’ai fait de sublimes rencontres et ma vie a pris une toute autre orientation. J’ai alors décidé de tenter d’utiliser la photographie comme un porte voix pour ces peuples et gens que je côtoie en voyage et desquels j’apprends en me tournant progressivement vers la photographie de reportage.

Portrait du jeune Cahora en parures Gu saveni (Papouasie Nouvelle Guinée) - Tous droits réservés à Clément Burelle
Portrait du jeune Cahora en parures Gu saveni (Papouasie Nouvelle Guinée) – Tous droits réservés à Clément Burelle

La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?

J’aimerai parvenir à l’utiliser pour donner la parole « aux sans voix ». Trop souvent on s’intéresse aux peuples, aux gens par des “filtres” (même avec toutes les bonnes intentions du monde : vision d’une association, d’un reporter, récits, etc) mais rares sont les organisations leur donnant directement la parole du début à la fin.
 On voyage d’ailleurs souvent (inconsciemment) pour refaire les mêmes photos que nous avons a déjà vu, sorte de fantasme « voyeur-prédateur », il n’y a qu’à regarder l’exemple des photos du Macchu Picchu, de la tour de Pise etc… C’est ainsi que les clichés d’indiens à plumes, canadiens à chemises subsistent, et qu’on assigne les gens à une « résidence identitaire” (pour reprendre les mots de l’anthropologue Franck Michel).

En proposant aux gens de s’exprimer par le biais de l’art et de la photographie via des ateliers photo c’est – pour ces “sans voix – convertir l’image en un langage universel et accessible. La photographie se fait alors porte voix des sans voix par le biais d’ateliers … l’image se convertie en vecteur de rencontres et de réflexion 
… et les rues du monde deviennent leur lieu d’expression.

Aussi paradoxale que cela puisse sembler, j’aime à croire qu’il n’y a rien de mieux que la photographie pour briser les clichés! Elle a quelque chose d’universelle, elle parle à l’Homme sans se soucier des langues ou des continents. Elle invite à penser, à sentir, à interpréter. Je pense qu’à travers elle et ses témoignages, il est possible de découvrir et d’offrir des sentiments nouveaux. Elle permet ainsi d’ouvrir une voie accessible vers des interrogations, des réflexions qui permettront de peut être mieux comprendre l’autre, de s’intéresser à son histoire.

Dans biens des lieux les préjugés subsistent par manque de curiosité envers l’Autre “le voyage commence là ou s’arrête nos certitudes”. Donner la parole à ces gens, c’est leur permettre de présenter une autre image de leurs cultures/leurs mondes, tout en invitant à l’échange et à la rencontre.

 

Réflexion sur l'identité capverdienne (juillet 2014)
Réflexion sur l’identité capverdienne (juillet 2014) – Tous droits réservés à Clément Burelle

Tes missions photographiques t’entraînent aux quatre coins de la planète, mais y a t’il un endroit que tu affectionnes particulièrement.

On part souvent pour apprendre à mieux revenir non? Donc j’opterais sans doute pour le lieu dont je suis originaire (les Alpes) et plus particulièrement la vallée du Beaufortain.

Mont-Blanc (septembre 2012)
Mont-Blanc (septembre 2012) – Tous droits réservés à Clément Burelle

Imagines que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?

Pour être franc, je pense que je n’emmènerais pas mon appareil. Rien de « vital ». Je pense qu’un bon photographe c’est aussi – et surtout – quelqu’un qui sait quand ne pas prendre de photos. Ca peut sembler paradoxal mais je me suis rendu compte que parfois, à force de chercher à faire des photos, on perd en sincérité dans ce que l’on fait.

Comme pour un bon portrait, avant de faire une photographie, il faut échanger parfois des heures, des jours avec notre interlocuteur. Puis la photo se fera d’elle même, elle sera le fruit de cette complicité.

Je pense qu’il en est de même avec un lieu (y compris une île déserte) qui est parfois le reflet de notre âme et humeur. Si l’on s’y sent bien, qu’on savoure la lumière, le vent qui souffle etc, on parviendra à réaliser une photo intime et sincère. La photo sera alors, je pense, un partage et non un « produit » réalisé vite fait car on avait que deux jours sur place. 🙂

Désert du Salar d'Uyuni inondé (Bolivie janvier 2012)
Désert du Salar d’Uyuni inondé (Bolivie janvier 2012) – Tous droits réservés à Clément Burelle

Selon toi quelles sont les qualités principales que doit avoir un photographe?
De l’humour, du culot, et de la sensibilité. Un peu comme un enfant, savoir ouvrir les portes, être curieux tout en baissant la tête (humilité), toujours tenter d’apprendre des lieux et de nos interlocuteurs.

«Grand est celui qui n’a pas perdu son coeur d’enfant.» – Meng-Tsen

 Face à face avec Lidie (Burkina Faso - Mars 2013)
Face à face avec Lidie (Burkina Faso – Mars 2013) – Tous droits réservés à Clément Burelle

Où trouves-tu ton inspiration?
Autour de moi grâce à mes proches, je consulte également pas mal le travail de personne ayant des démarches similaires sur le net (merci twitter). Je bouquine également beaucoup et m’intéresse particulièrement à des personnes ayant beaucoup voyagé puis qui se sont mis à l’écriture et ou à la photographie.

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

C’était juste après ma démission. J’avais 23 ans, pas de plans et dépensé ce qu’il me restait pour partir en solo en Papouasie Nouvelle Guinée. Après quelques jours difficile, j’ai eu la chance de me faire accueillir par une tribu. Je suis resté environ deux mois à leurs côtés et m’a vie s’en est trouvé bouleversée (l’Effet papou).

L’effet papou (Conclusion) from Clement burelle on Vimeo.

Peut-être pas la plus belle, mais elle a un sens particulier pour moi. Ce vieil homme dansait avec sa famille lors d’une fête en portant les parures de sa tribu. Simplement touché de partager ce moment avec les siens, j’ai constaté que des larmes de joie se sont mises à couler dans ses yeux. Un moment de bonheur simple et sincère.

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l’Effet papou – (Papouasie Nouvelle Guinée) – Tous droits réservés à Clément Burelle

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?
A court terme, je pars au Sénégal dans quelques jours. Pas vraiment d’idée précise si ce n’est assister un ami (Julien Masson) qui fait des travaux sur les tirailleurs sénégalais et peut-être m’intéresser à la situation critique des pêcheurs sénégalais.

A plus long terme, je travaille au quotidien sur la création d’un collectif photo qui s’appelle Vies de Quetzal et qui se dédie aux voix minoritaires (il mêle création de reportages, ateliers photos et street art). Nous sommes en train de préparer plusieurs reportages photographiques et on va tenter de diffuser cela au mieux d’une manière originale… Mais je vous laisserai le soin de vous abonner au site du collectif si vous souhaitez en savoir plus d’ici quelques mois. 🙂

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

 Le premier qui me vient en tête, c’était lors de la création d’un cinéma itinérant aux côté du collectif OPLA dans les villages burkinabés (février 2013). J’ai eu la chance d’accompagner le cinéma dans les villages et de photographier cela, de magnifiques moment d’échanges et de rencontres, un côté féérique s’en dégageait.

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Installation du cinéma et sourire d’Adama – Tous droits réservés à Clément Burelle

Concernant l’autre souvenir, je ne sais pas si on peut parler du « pire » mais celui où je me suis senti le plus mal à l’aise certainement. Une association me demandait de réaliser des images dans les montagnes boliviennes au sujet d’un village qui avait perdu ses chefs dans un tragique accident de voiture. 18 orphelins, des familles sans revenus et toute la structure du village qui s’en trouvait bouleversée.

Cette association souhaitait mettre en place un parrainage de ce village afin d’aider les familles à affronter cette situation sans bouleverser les structures familiales. Pour cela ils avaient besoin d’images pour leur communication. Quand je suis arrivé quelques semaines après l’accident, la première femme que j’ai rencontré m’a prise dans ses bras en me suppliant de l’aider. Les enfants étaient intimidés par ce blanc qui débarque. Comme évoqué plus haut, en faisant le clown et en baissant la tête je suis parvenu à échanger et apprendre à leurs côté durant un peu plus de deux semaines.

 

 - Tous droits réservés à Clément Burelle
Marimar et ses joues roses – Tous droits réservés à Clément Burelle

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu? 

Pas vraiment méconnu, mais peut-être que son travail ne sera jamais assez partagé. Fréderic Lemalet qui réalise notamment de sublimes travaux sur le Tibet – lemaletfrederic.com

Merci 

Encore une fois un grand merci à Clément pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

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Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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