Avis sur le livre «Les secrets de la photo d’animaux» d’Erwan Balança

Photographier les animaux en milieu naturel c’est d’abord beaucoup de repérages et d’observations sur le terrain. Ensuite seulement on peut espérer immortaliser le sujet sur le capteur, voire même le faire avec un joli cadrage et une belle lumière. Dans l’ouvrage « Les secrets de la photo d’animaux », Erwan Balança essaye de nous expliquer tout cela avec toute l’expérience qu’il a acquis pendant des années à user ses souliers sur les traces des animaux sauvages.

«Les secrets de la photo d’animaux» d’Erwan Balança
Prise en main du livre

Le livre est imprimé sur du papier (issu de forêts gérées durablement) couché demi-mat avec un bon rendu des couleurs et de la résolution des photos. La taille 23×17 cm, la couverture souple (aux coins évidement fragiles si vous le baladez avec vous), en font un livre relativement portable, que vous pourrez glisser dans votre sac journalier ou celui de vos vacances.

Qualité des photos et des illustrations

Je l’avais déjà évoqué lorsque j’avais fait ma première critique de livre pour Gregory: mon premier réflexe quand  j’ai un livre entre les mains c’est de le feuilleter à la manière d’un folioscop  et de sentir son odeur. Cette habitude n’a pas changé et me permet de découvrir rapidement les nouvelles photographies de l’auteur. Nouvelles car j’ai déjà lu les précédents ouvrages ou éditions de ce photographe dans cette collection des « secrets de la photographie ».

La qualité des impressions est vraiment bonne et les légendes indiquent systématiquement les réglages d’exposition et les conditions de la prise de vue.

Mon seul regret est la taille des certaines photographies: j’aurais aimé en voir d’avantage en pleine page, quitte à pivoter le livre, notamment dans le dernier chapitre « images expliquées » ou le format paysage des illustrations ne colle pas avec le format portrait du livre.

«Les secrets de la photo d’animaux» d’Erwan Balança
Compréhension des textes

Le discours d’Erwan Balança est clair et déroulé de manière très pragmatique. Il explique quelles sont les conditions à réunir pour essayer d’obtenir le cliché convoité et comment se comporter in situ pour y parvenir. Ces affirmations sont systématiquement étayées par des illustrations le montrant en activité ou des images présentant le résultat du sujet photographié.

Le livre s’articule autour de six chapitres.

 « L’équipement photographique»

Ce chapitre est plus intéressant que l’habituel chapitre du matériel qui ouvre la plupart des ouvrages sur la photographie et qui souvent n’apporte pas grand-chose. Ici, derrière chaque proposition de matériel, on comprend que l’auteur l’a utilisé sur le terrain et qu’il n’a retenu que ce qui lui convenait.

En plus de l’indispensable téléobjectif, différents marques et modèles de trépieds, de rotules, de flashs et de sacs photo sont proposés avec un descriptif de leurs avantages et inconvénients.

Il y a cependant à mon avis un manque: la paire de jumelles. Dommage qu’il ne prodigue pas ses conseils sur les différents modèles qu’il a surement utilisé avant de trouver ses fidèles compagnes (je parle des jumelles hein!). Ce n’est certes pas directement lié à la prise de vue mais c’est un outil indispensable pour le photographe animalier. Quelques lignes évoqueront néanmoins le choix de jumelles dans le troisième chapitre en bas de la page 88.

« Les connaissances photo de base»

Le second chapitre traite d’un autre sujet générique à la photographie: comment régler votre boitier pour l’adapter à l’idée que vous vous faites du cliché final.  Ayant rarement une « seconde chance » lorsqu’on veut photographier un animal sauvage, il faut savoir régler rapidement notre boitier suivant les conditions et l’effet que l’on veut donner à notre image. Petites piqures de rappel donc sur:

  • les différents modes d’exposition et moyen de la mesurer
  • la qualité des lumières naturelles, de l’aube au crépuscule, par beau ou mauvais temps
  • la profondeur de champ
  • la manière de retranscrire le mouvement du sujet ou de le figer
  • le cadrage et la composition.

Après ces deux parties assez générales, on entre maintenant dans le vif et les spécificités du sujet.

«Les secrets de la photo d’animaux» d’Erwan Balança
« La photo animalière»

Pour pouvoir approcher une espèce il faut d’abord bien la connaître. Erwan Balança nous rappelle donc qu’il faut d’abord se documenter (monographies et ouvrages sur les empreintes plus que recommandés!), puis parcourir le terrain pour du repérage.

L’approche permet de photographier des animaux, mais cela sera souvent à des distances relativement longues. Erwan Balança nous explique comment se comporter, se vêtir et s’équiper pour maximiser les chances de rencontres. Grâce aux illustrations on peut se rendre compte comment l’auteur parvient à casser sa silhouette pour se fondre dans le décors.

Bien que la billebaude permet de faire parfois de jolies photo, pour pouvoir en faire de plus belles, avec une belle lumière, avec un cadrage étudié et surtout en dérangeant le moins possible la faune, l’affût est la technique la plus conseillée. Les différents affûts sont passés au peigne fin. Qu’ils soient  improvisés, couchés, cubiques, flottants, ils nous expliquent comment les installer et les utiliser; notamment qu’il faut investir les lieux bien avant que l’animal n’apparaisse et en sortir bien après pour être certain de ne pas l’effrayer et le faire fuir. Là encore quelques modèles d’affût du commerce sont passés en revue; l’auteur nous donne aussi quelques idées pour du « fait maison ».

«Les secrets de la photo d’animaux» d’Erwan Balança

Quelques exemples de systèmes pour le déclenchement à distance et le « piégeage » à distance clos ce chapitre. Ces alternatives sont très utiles pour des animaux nocturnes, des animaux très discrets et très craintifs ou pour simplement choisir une autre perspective et une autre vision. Saisir le saut d’un écureuil! oui c’est possible avec ce genre de technique; rendez-vous en fin de livre, dans le chapitre des images expliquées, pour le détail de la procédure.

Nota bene

Ces trois premiers chapitres ne sont pas vraiment exclusifs à ce livre. Ils sont en effet quasi-identiques aux trois mêmes chapitres dans l’autre ouvrage du même auteur: « les secrets de la photo de nature ». Seules les illustrations et certains paragraphes supplémentaires diffèrent.

« Les oiseaux»

Du jardin, avec la mise en place d’un perchoir voire la fabrication d’un petit bassin, jusqu’à l’affût en milieu marin, l’auteur nous propose de tirer parti de la diversité et la répartition des oiseaux tout en respectant quelques règles lors de la prise de vue:

  • Le sujet doit avoir une pose intéressante
  • il faut que le décor soit beau
  • L’animal doit être bien éclairé.

En fonction des différentes espèces, Erwan Balança nous décrit les approches les plus adéquates. La variété de prise de vue permet à chacun de s’initier: du rouge-gorge isolé au groupe de limicoles sur les rivages, du gros-plan d’un macareux posé sur une falaise au vol d’une buse.

« Les mammifères»

La plupart des mammifères sont très discrets et/ou très craintifs. Dans nos régions, ils sont la plupart du temps actifs la nuit, au crépuscule ou à l’aube.

Pour photographier un renard ou un sanglier il faudra donc faire preuve  de connaissance, de préparation…et de beaucoup de patience. Nez contre le vent, silhouette cassée et silence impératifs!

Même si les petits mammifères, tels que les écureuils, les hérissons ou les petits rongeurs, sont présents un peu partout (maison, jardin, parc, campagne, ville), ils devront eux aussi être approché avec précaution et ingéniosité. L’auteur nous donne quelques petits trucs et astuces pour ne pas caler sur les essais infructueux lors, par exemple, de la mise en place de barrière infra-rouge.

Ce chapitre est le plus court du livre; j’aurais apprécié  quelques paragraphes supplémentaires sur les empreintes et autres indices laissés par les animaux, ainsi que la description d’espèces supplémentaires (blaireau, martre, fouine, etc.) à approcher et photographier.

« Images expliquées»

Un dernier chapitre prend en exemple une douzaine de photographies de l’auteur et explique en détail les coulisses de la prise de vue et sa réalisation: contexte, préparation (repérage, approche ou affût), matériels utilisés et réglages. Une page pour le descriptif et une page pour l’image.

Wahou: le saut du lapin! en contre-jour, avec cette douce et belle lumière de fin de journée. 20 ans entre la première image gravée dans la mémoire de l’auteur et celle gravée sur son APN…

«Les secrets de la photo d’animaux» d’Erwan Balança
Rapport qualité/prix

Pour vingt-cinq euros voici un des livres à se procurer, en même temps que l’achat d’une paire de jumelles  , pour qui désire observer et photographier des animaux sauvages. Il existe une version numérique, mais, un livre comme ça, qui mêle texte et jolies photos, c’est quand même plus beau sur du papier non!?

Rien que les photographies de l’auteur méritent d’ailleurs l’achat de ce livre: elles conjuguent le cadrage soigneux de l’animal avec les plus belles lumières, ainsi que les récents « tours de force » d’Erwan Balanca comme la photographie au grand angle d’écureuils en vol plané.

Conclusion

Ce livre, « les secrets de la photo d’animaux », transpire de la passion de l’auteur pour le monde sauvage.  En plus des connaissances (techniques et naturalistes), du matériel (oui certains équipements autorisent des prises de vue pratiquement impossibles si on ne les a pas), le photographe animalier doit faire preuve de passion et de patience afin de pouvoir observer et immortaliser ces espèces sauvages que l’on tend fortement à faire disparaître. Ce livre c’est un peu l’étrier qui devait permettre au photographe animalier d’éviter quelques erreurs avant de partir sur leur terrain à eux.

Points forts de l’ouvrage:
  • Les belles photographies de l’auteur qui donnent envie d’aller observer cette faune sauvage.
  • Les conseils de l’auteur derrière lesquels on sent le vécu et l’expérience.
  • La qualité du pappier semi-mat et des reproductions.
Points faibles de l’ouvrage:
  • Redondance avec le livre « Les secrets de la photo nature ».
  • Manque quelques conseils supplémentaires sur les différents modèles de jumelles.
  • Manque peut-être quelques paragraphes supplémentaires sur les espèces et leurs indices.

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Pascal Pe

Amateur en photographie, j’ai commencé à appuyer volontairement sur un déclencheur il y a un peu plus de 4 ans. N’ayant pas un environnement spécialement porté sur la chose mais adorant bouquiner, j’apprends au gré de mes lectures, comment essayer de faire des photos. Ce qui me motive c'est d'observer les animaux, surtout quand il y a 4 pattes et des poils, quel bonheur rien que de les regarder dormir. La photographie d'animaux sauvages est récente pour moi, j'ai mis plusieurs mois à parcourir le terrain juste avec des jumelles, avant de pouvoir prendre ma première photo de renard. Parmi d’autres lacunes, je n'ai toujours pas pris le temps d'aborder les lumières artificielles et autres compléments (flash, réflecteur, etc.).

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