Avis sur le livre «L’âme d’une image» de David duChemin

« L’âme d’une image » est un livre publié aux éditions Eyrolles. Son auteur, David duChemin, est un photographe professionnel canadien spécialisé dans l’humanitaire et la photo de voyages. Il a écrit plusieurs ouvrages sur l’art photographique (« L’âme du photographe », « Le langage du photographe » ou encore « La démarche du photographe »). Son travail est disponible (en anglais) sur son blog DavidduChemin.com, site que je vous conseille vivement de visiter car il est très riche de nombreux articles, une mine d’or de l’information pour tout photographe.

Avis sur le livre «L’âme d’une image» de David duChemin

« L’âme d’une image » est destiné aux photographes artistes (plus qu’aux « techniciens de l’image ») souhaitant développer leur style, leur personnalité photographique. Je ne conseillerais pas ce livre aux grands débutants dans le huitième art car les notions abordées sont complexes, artistiques voire parfois philosophiques. Les conseils dispensés par David duChemin s’adressent aux photographes (amateurs avertis ou professionnels) ayant déjà une bonne expérience de la photographie et une pratique régulière.

Le titre original (en anglais) de ce livre « The soul of the camera » est plus explicite que sa traduction française quant à son contenu. Dans son livre, David duChemin n’analyse pas ce qui fait que des images sont réussies et plaisent à un public, il parle de leurs créateurs, les photographes, qui sont les seuls responsables de la prise de vue et les seuls à pouvoir apporter une âme à leurs œuvres ! C’est nous qui ajoutons l’humanité, la vision et la poésie à nos photographies.

Prise en main du livre

Le livre est d’une excellente qualité. Les couvertures dures et épaisses, la qualité du papier utilisé et la finesse de l’impression font de ce livre un bel objet qui devrait trouver une place de choix dans votre bibliothèque. Le résumé en dernière de couverture nous plonge directement dans l’atmosphère de cette œuvre très réfléchie et remarquablement structurée. Les 270 pages se dévorent d’une traite, l’auteur réussit à nous attirer dans son monde et partage avec une grande sincérité sa vision du photographe artiste qu’il est.

L'âme d'une image
«L’âme d’une image» de David duChemin
Qualité des photos et des illustrations

Les illustrations sont des photos de voyage de David duChemin représentant toutes des personnages des sept continents. Ces illustrations sont nombreuses et toutes en noir et blanc. C’est un choix de l’auteur qu’il justifie dès les premières pages du livre en citant le photographe canadien Ted Grant : « Quand vous photographiez les gens en couleurs, vous photographiez leurs vêtements. Mais quand vous les photographiez en noir et blanc, vous photographiez leurs âmes ». De même, le choix de ne pas présenter les Exifs des photos est à lui seul une illustration de la ligne directrice sous tendant la narration et qui pourrait se résumer ainsi : détachez-vous de vos appareils photos, oubliez la technique et concentrez-vous sur l’essentiel de ce qui fait une image, la lumière, les lignes et l’instant.

«L’âme d’une image» de David duChemin
Compréhension des textes

Ce livre est extrêmement prenant, immersif, les réflexions sont riches car tirées de la grande expérience de l’auteur. Ce livre est long à lire car, en lecteur intéressé et attentif, j’ai relu de nombreuses phrases ou chapitres plusieurs fois pour bien comprendre et m’imprégner des idées que j’ai trouvées très pertinentes. J’ai lu ce livre deux fois, à trois jours d’intervalle, d’une traite à chaque fois. Et ma deuxième lecture m’a fait encore réfléchir (à ma pratique de la photographie) et a été tout aussi captivante que la première.

Le livre est composé de 24 chapitres dont la lecture doit se faire de manière chronologique car l’auteur a un fil directeur. Il y a une continuité dans les idées, des étapes dans la réflexion : Il amène le lecteur à sa destination. L’ensemble forme une narration très cohérente et on referme le livre avec la conviction que la vision de David duChemin de l’art photographique est la bonne. Il parvient à nous faire adhérer avec simplicité et force à cette vision noble et artistique. A nous faire comprendre que nous photographes, nous avons toutes les réponses en nous. Il suffit d’en avoir conscience, de les trouver et de les laisser s’exprimer.

Chaque chapitre s’ouvre avec une phrase tirée du chapitre (une synthèse ou une idée maitresse) présentée en blanc sur fond noir. Puis offre un développement de 5 à 7 pages et se conclut avec 3 à 5 illustrations.

Sans vouloir vous spoiler et gâcher votre plaisir de découvrir ce magnifique livre. Je vous livre ci-après une rapide synthèse qui est mon interprétation de ce que j’ai lu dans chaque chapitre :

1 : La place du savoir-faire. « Jamais, dans un futur lointain, personne ne commentera vos remarquables histogrammes ». Sans dénier l’importance du matériel, David la relativise par rapport au rôle du photographe. Il faut avoir du savoir-faire, il faut savoir utiliser son appareil photo, mais il faut aussi réussir à dépasser la technique, la maitriser complètement pour finalement parvenir à s’en détacher et se focaliser sur l’essentiel de ce qui fait une belle image, mettre vos sentiments dedans. Pour écrire un poème, il faut savoir utiliser un stylo. Mais ce n’est pas suffisant.
2 : La découverte de la vision. Qu’est-ce que donc que cette « vision » du photographe ? Comment la trouver en nous et la développer ? C’est à ces deux questions que David répond dans ce chapitre. Je ne vous dévoilerai pas ici les réflexions de l’auteur car, pour moi, c’est la clé de la compréhension du livre.
3 : La pleine conscience du langage. Une photo qui marche, une photo qui parle au spectateur, c’est une photo grâce à laquelle le photographe a réussi à transmettre une émotion. C’est un langage, le langage visuel, qui permet cette transmission de sentiment, la diffusion du message du photographe. Ce langage visuel s’apprend, comme tout langage. David nous donne dans ce chapitre de nombreuses pistes d’apprentissage.
4 : La volonté d’interpréter. Une photographie qui parle de quelque chose est bien plus puissante qu’une photographie qui se contente de reproduire quelque chose. Et la principale différence entre ces deux photographies est la subjectivité du photographe, sa volonté d’interpréter ce qu’il voit pour en livrer sa vision à travers sa photographie.
5 : La nécessité de l’ouverture. L’interprétation d’un instant, d’une scène se fait avec son esprit, pas avec ses yeux. La richesse, la pertinence ou la force d’une interprétation nait de votre esprit et donc de sa capacité à avoir une opinion, une réflexion à la vue d’une scène. Ceci se fera d’autant plus facilement et naturellement que votre esprit est ouvert et disposé à « voir » et analyser un instant qui se déroule sous vos yeux.
6 : La patience. Ce chapitre apporte un éclairage très pertinent et riche d’enseignement sur le rapport du photographe au temps et vante les vertus de la patience. Cette qualité est votre première alliée quand il s’agit de faire des photographies. Dans le monde trop rapide dans lequel nous vivons, difficile à suivre, quand le temps c’est de l’argent, il est bon de lire la réflexion de David au sujet du temps et de l’importance d’accepter le fait qu’il passe.
7 : Saisir l’instant. David nous livre dans ce chapitre son interprétation de l’instant décisif de Cartier-Bresson, le pourquoi/comment cet instant est décisif et nous donne de précieux conseils pour saisir cet instant. Et s’il n’arrive pas, il suffit de l’attendre. Et s’il n’arrive toujours pas, « c’est la vie ! ». Un chapitre sincère et réaliste qui intéressera particulièrement les photographes de rue.
8 : Le respect du processus créatif. Dans ce chapitre, David casse l’idée que l’originalité est forcément créative. Il nous donne sa vision de la créativité ainsi que de nombreuses pistes pour la développer, l’entrainer. Le thème de la créativité a fait (et fera encore) couler beaucoup d’encre dans le monde de la photographie et de nombreux articles existent dans de nombreux livres/blogs à ce sujet. Je pensais en avoir une idée assez précise et avoir fait le tour de la question avant la lecture de ce chapitre. David apporte des idées vraiment intéressantes et parfois surprenantes.
9 : Accepter la reddition. David défend ici l’idée que le processus créatif est composé à la fois et simultanément de lutte et de reddition : La lutte dans le travail pour atteindre vos objectifs photographiques et la reddition face au hasard et aux opportunités inattendues qui peuvent se présenter et qu’il faut accepter pour en tirer le meilleur parti.
10 : Obéir à la curiosité. Chapitre simple mais remarquablement développé : La curiosité est source de créativité.
11 : Improvisation. Fort de son expérience passée de comédien, David nous livre dans ce chapitre une analyse particulière et un éclairage très personnel de l’improvisation dans le processus créatif. Passionnant.
12 : Oubliez la perfection. Merci David pour ce chapitre ! Une partie du livre qui devrait être lue et largement commentée dans tous les clubs photo ! C’est du moins l’expérience que j’en ai et la réflexion qui m’est venue à sa lecture.
13 : La recherche de l’histoire. Une photographie doit-elle avoir un sujet ou raconter une histoire ? ou les deux ? Ce chapitre apporte la réponse de David développée en cinq points : le sujet, le conflit, le mystère, l’action, les relations. Vous ne comprenez pas ? Moi non plus, je n’avais pas compris, tout s’est éclairci en lisant ce chapitre (3 fois, j’avoue…).
14 : Le rôle du public. (Hormis Vivian Maier) Chaque photographe travaille pour toucher un public. Chaque public est propre à un photographe. David nous explique dans ce chapitre en quoi la connaissance du public que l’on souhaite toucher peut nous aider à libérer notre travail. Et surtout, il démontre remarquablement facilement que travailler pour espérer une approbation ou des likes est un énorme frein à la créativité. Surprenant mais juste.
15 : Le rejet des comparaisons. La créativité nait de la curiosité et meurt de la jalousie. Le savoir-faire est mesurable, l’art non. Un (photographe) artiste peut juger le travail d’un autre (photographe) artiste mais toute comparaison associée à une échelle de valeur est vaine. C’est le discours de David et son argumentaire est détaillé dans ce chapitre.
16 : L’authenticité. Ce chapitre est une aspiration de David. Bien que sur-fait, sur-utilisé et bien souvent détourné de son sens, le terme d’authenticité, d’authentique, fait référence à une grande qualité d’artiste que l’on peut aussi nommer « implication totale dans son travail ». David nous explique ici ce qu’est l’authenticité d’un travail photographique.
17 : La critique. David nous donne dans ce chapitre sa façon (tirée de son expérience) de construire une critique constructive d’une photographie ou d’une série photographique. Très simplement, à l’aide de trois questions. Encore une fois, je pense que ce chapitre devrait être lu et commenté dans tous les clubs photo ! C’est pragmatique et simple. Brillant.
18 : Le besoin d’amour. On sent que les lignes de ce chapitre sortent directement du cœur de l’auteur. Sa passion de la photographie transpire de ses mots. Un passage émouvant, un plaidoyer pour l’amour que le lecteur reçoit avec simplicité.
19 : Le courage. Ce chapitre est le fruit de l’expérience de David. Il nous explique ici qu’il faut aller au-delà ses frustrations, qu’il faut apprendre de ses échecs pour mieux se relever. Avoir le courage d’affronter ses peurs, ou plutôt de collaborer avec elles, est une étape nécessaire de la progression photographique.
20 : Le rejet des règles. Pour David, les règles n’existent pas et il nous explique ici pourquoi.
21 : Un regard (variable) sur la beauté. Ce chapitre revient sur la notion de beauté ou de gout plus précisément, gout qui est propre à chacun comme tout le monde sait. David nous explique que, si chacun a son propre gout, celui-ci n’est pas immuable ni constant dans le temps. C’est pourquoi, il nous conseille d’accepter l’évolution de la qualité de notre travail et de la perception que nous en avons.
22 : La discipline. Un chapitre qui vante les mérites du travail et du jeu (discipliné) dans le processus créatif.
23 : Après l’appareil. Court chapitre qui aborde l’editing, le post-traitement et l’impression, pas d’un angle technique mais en tant qu’étape du processus créatif.
24 : La quête de la maitrise. L’apothéose de la narration de David, le chemin de ce livre qui se termine comme il a commencé, une ode à l’humanisme.

 

Rapport qualité/prix

Pour 26 euros, ne vous privez pas de ce superbe ouvrage. C’est un excellent rapport qualité/prix. Je pense vraiment que tout photographe devrait avoir au moins un livre de David duChemin dans sa bibliothèque. Sa vision mérite d’être connue! Par la qualité de son édition et par la qualité de son contenu, ce livre peut vraiment faire un très beau cadeau pour un photographe amateur averti ou professionnel.

 

Conclusion

Un magnifique livre de David duChemin que je recommande vivement à tous les photographes avertis qui ont dépassé le stade de l’apprentissage technique. Particulièrement pertinent pour les photographes de rue, humanistes ou de voyage, il peut cependant intéresser toute la communauté « experte ». C’est un livre qui parle de nous les photographes et dans lequel, je pense, beaucoup d’entre vous pourraient se reconnaitre.

Un grand merci à Gregory Laroche de m’avoir offert la possibilité de donner mon avis sur ce livre. Merci à toi pour cette belle initiative et je souhaite une longue vie à BonPlanPhoto !

Points forts:

  • Pas un livre pour photographe grand débutant
  • Style narratif hyper immersif et prenant
  • Pertinence des réflexions et des opinions
  • Qualité de réalisation du livre

 

Points faibles:

  • Pas un livre pour photographe grand débutant

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Nicolas Hoellinger

Photographe amateur autodidacte né en 1979, j’ai découvert récemment l’univers de la photographie, un peu par hasard, et aujourd’hui, il ne se passe pas une journée sans que je ne fasse de la photo, c’est devenu pour moi une grande passion. J’ai énormément de plaisir à prendre beaucoup de photos et à les partager. Venez découvrir mon univers photographique, très éclectique et simple.

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