Avis sur le livre « Serial photographer» d’Eric Forey

Je pratique la photo depuis de nombreuses années mais je n’ai jamais réussi à produire une série qui me satisfasse. C’est pourquoi j’ai été attiré par le livre « Serial photographer » dont la deuxième édition paraît chez Eyrolles. Je remercie Bon plan photo de m’avoir donné l’occasion de lire de façon approfondie cet ouvrage qui m’a particulièrement séduit.

« Serial photographer» d’Eric Forey

Avis sur le livre « Serial photographer» d’Eric Forey

Il s’agit d’un livre broché de 220 pages imprimé sur un papier semi mat de bonne tenue. Dès la prise en main on est frappé par le côté graphique de la couverture. Eric Forey est un photographe de paysages urbain et ça se voit. La quatrième de couverture est tout aussi graphique, elle présente brièvement le contenu du livre, l’auteur et son sommaire. Celui-ci est repris de façon détaillée en début de livre, ce qui permet de se repérer facilement. Un index très pratique complète le livre. Ayant beaucoup compulsé le livre pour cette critique il me semble que la reliure fatigue un peu vite.

Qualité des photos

Une très grande majorité des photographies de l’ouvrage sont prises en ville, et sont particulièrement graphiques. L’auteur apprécie les couleurs, souvent vives et maitrise remarquablement la composition. Le noir et blanc et le portrait font figure d’exception. Cela donne une grande cohérence à l’ouvrage, au détriment de la variété des sujets.

L’impression est irréprochable. La mise en pages, totalement revue dans cette nouvelle édition est à dans le même esprit que la couverture : tout est taillé au cordeau, rien ne dépasse. On peut apprécier, c’est mon cas, le côté « carré » de la maquette que d’aucuns trouveront peut-être un peu compacte. Pas de fantaisie typographique dans ce livre, il utilise une seule police, de taille convenable ce qui facilite la lisibilité.

« Serial photographer» d’Eric Forey

Compréhension des textes

Comme beaucoup de livres de l’éditeur Eyrolles, le premier chapitre est consacré à une sorte de « mise à niveau » du lecteur, en lui rappelant « quelques fondamentaux techniques préalables » On peut s’interroger sur l’utilité d’expliquer les notions de focale, de vitesse et d’obturation dans un livre qui s’adresse à un public averti mais c’est semble-t-il une figure imposée.

La progression du livre est extrêmement pédagogique partant d’une définition du concept de série puis poursuivant par les séries basiques, puis simples et enfin complexes et enrichies. A chaque étape l’auteur explique le principe, montre par l’image comment s’y prendre et poursuit par une étape « aller plus loin » Chaque série fait l’objet d’au moins dix illustrations qui permettent de bien s’imprégner du thème.

« Serial photographer» d’Eric Forey

Dans le chapitre intitulé « Apprendre à travailler en série » l’auteur part d’un sujet très simple : les parapluies en ville, pour montrer comment on affine petit à petit ses choix. Il présente une première série déjà très convaincante. Mais il ajoute des critères de format, de couleur, de point de vue qui lui permettent de construire trois autres séries en augmentant considérablement à chaque fois la cohérence – un mot qui revient souvent dans le livre –

Une mention spéciale pour le chapitre « L’étape de l’editing » sur un sujet rarement abordé. L’auteur part d’une série de 46 photos montrant des humains seuls, sous forme de silhouette, dans un milieu urbain sombre, d’où émerge une lumière. Il explique de façon très claire en 6 étapes comment il choisit les photos pour une exposition. A chaque étape il travaille soit par élimination, en précisant ce qui manque à chaque photo retirée pour être retenue, ou par conservation en expliquant ce qui retient l’attention. Format, lisibilité, colorimétrie, ressemblances, composition, tout y passe.  A la fin il reste 15 photos qui vont mériter un accrochage. Ce chapitre est une vraie réussite qui justifie à lui seul l’achat de ce livre.

Le post traitement n’est pas oublié même s’il fait l’objet d’un seul exemple qui mixe des photos d’architecture et de paysage

Un seul bémol : sur les séries avec modèles, l’auteur est moins à l’aise, il le reconnaît honnêtement. Trois petites séries de trois ou quatre images sur le sujet, c’est clairement le point faible de l’ouvrage. Je suis un passionné de portrait et je suis resté sur ma faim sur cet aspect. Mais rien ne vous empêchera d’appliquer les principes exposés tout au long du livre  à votre style préféré.

Le livre se termine par une invitation à trouver sa propre écriture photographique, qu’il convient de différencier du style. Enfin 6 séries personnelles terminées, accompagnées d’un texte démontrent avec brio la capacité de l’auteur à s’appliquer ses propres recommandations.

« Serial photographer» d’Eric Forey

Difficulté des exercices

Eric Forey anime des ateliers photos et s’appuie sur son expérience, il prouve qu’il est un excellent pédagogue. En guise d’introduction, le lecteur est invité à sortir photographier…des ronds. Sur un exercice aussi basique celui qui joue le jeu constate qu’avoir un projet permet d’être en recherche, de photographier des éléments dont il n’a pas l’habitude et qu’il aiguise son attention en la focalisant sur un thème. L’exemple montre que la démarche en série permet d’affiner son œil et d’ébaucher une démarche artistique.

Après ce premier travail, l’auteur prend son lecteur par la main chapitre après chapitre pour lui faire des propositions de séries de plus en plus abouties.

Le chapitre « les séries basiques » propose des exemples faciles à réaliser dans l’environnement quotidien : les courbes, les couleurs, les chiffres, les lampadaires, les végétaux en ville. L’étape suivante, les séries simples ajoute des contraintes pour enrichir une série : réunir deux éléments basiques comme humains et couleurs ou escaliers et ombre. L’auteur suggère également d’aborder différentes facettes d’un même sujet ou d’expérimenter l’abstraction. Enfin les séries complexes incitent à aller toujours plus loin dans la formalisation de la contrainte ou la difficulté à rester cohérent.

Tous les exercices sont illustrés par deux séries. La première répond à la commande de base, la seconde va plus loin en affirmant un parti pris à l’intérieur du choix. Il y a une véritable progression tout au long de l’ouvrage qui donne une impression de facilité et qui donne surtout envie d’essayer à son tour de construire une série.

Il est assez probable que le lecteur débutant ne sera pas en mesure de réaliser une série aussi aboutie que les exemples finaux en ayant refermé le livre. Mais il aura très certainement appris à regarder l’environnement sous un angle précis, à se poser des questions sur son travail, à formaliser des contraintes, bref à progresser en photographie.

Le lecteur ayant une certaine pratique, ou se posant des questions sur son écriture photo trouvera très certainement des éléments de réponses et une foultitude d’inspirations créatives pour renouveler sa pratique.

« Serial photographer» d’Eric Forey

Rapport qualité prix

Entre 20 et 30 € on est dans la gamme habituelle de prix des ouvrages photo de ce type, mais la qualité du livre est nettement au-dessus du lot.

Conclusion

On aura compris que j’ai été véritablement enthousiasmé par « Serial photographer ». C’est clairement un des meilleurs livres d’apprentissage photo que j’ai lu depuis longtemps. Il donne envie de se lancer dans un projet en se sentant armé pour faire des choix, les affiner en étant exigeant et aller jusqu’au bout de sa démarche. Je ne peux qu’en conseiller vivement la lecture.

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Points forts:

  • Lisibilité et cohérence de la maquette
  • Qualité des explications
  • De très nombreux exemples
  • Progressivité des exercices
Points faibles:

  • Concentré sur le paysage urbain, peu d’autres types de séries

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Alain Couchot

Mes expériences photo ont débuté avec un Instamatic des années 70 et un Zenit des années 80. Pendant longtemps j'ai fait des photos, puis je suis revenu à la photographie avec les premiers numériques reflex abordables. Je suis un peu touche-à-tout : noir et blanc, photo de nuit, studio...mais je préfère de très loin le portrait. J'ai eu l'occasion d'approfondir le sujet et de faire de très belles découvertes aux Rencontres d'Arles. La photo est pour moi un moyen de rencontrer l'autre et de faire partager un instant de sa vie.

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