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A la rencontre d’Emmanuel Graindépice

Pour commencer l’année, je vous  emmène à la rencontre d’Emmanuel Graindépice, photographe autodidacte passionné par les petites bêtes. Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

A la rencontre d’Emmanuel Graindépice

Bonjour Emmanuel,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie ?

Actuellement Enseignant d’EPS dans un lycée du Nord de la France à Valenciennes, je suis originaire de Lorraine ou j’y ai passé toute mon enfance et effectué mes études supérieures avant d’être propulsé dans les Hauts de France. Je suis marié et père de 2 enfants. En dehors de la photo, je pratique un peu d’activités physiques comme la course à pied et la musculation et le fitness.

Raconte-nous quand et comment tu as commencé la photo ?

Voilà pas mal d’années que je tiens un appareil photo entre les mains. J’ai commencé avec un compact numérique de marque Fujifilm qui m’a permis de réaliser mes premières macros. C’est là que j’ai découvert un symbole en forme de fleur jaune sur la molette des réglages et c’est ainsi, bien innocemment, que j’ai immortalisé mes premiers sujets sans rien connaitre à la technique photographique. Mes premiers sujets ont toujours été les petites bêtes et en particulier les amphibiens et les odonates.

Venant de faire construire dans un petit village « vert », mon terrain est entouré de fossé et l’eau ne manque pas puisque marécageux par endroit. C’est le paradis de la faune et de la flore aquatique. Quoi de plus naturel donc de vouloir tirer le portrait des libellules et autres grenouilles.

Viens ensuite assez naturellement, l’acquisition d’un Bridge en 2008 avec lequel je commence à découvrir le mode A. J’ai compris assez simplement que plus le chiffre du f (ouverture) était petit, plus le flou était important. C’était ce qui me plaisait quand je parcourais les magazines spécialisés et admirais les images des photographes nature. Eh oui, je n’y connaissais toujours pas grand-chose en technique photo. Je shootais en priorité ouverture et le reste restait en mode auto.

Ce n’est qu’en 2012 que je découvre mon premier réflex lors de mon anniversaire, un canon 600D. C’est encore ce modeste boitier que je possède actuellement. Mais, ce n’est que depuis 2015 que je franchi le pas tenter le mode manuel et de faire quelques réglages personnels. Après des résultats peu probants je persiste et réussi à sortir quelques images prometteuses. Je m’inscris sur quelques forums ou je suis bien conseillé pour améliorer mes images. Je lis, le visionne des tonnes d’images pour comprendre les techniques des uns et des autres et les effets obtenus. Je comprends que tout est possible et qu’il ne me reste plus qu’à expérimenter sur le terrain. J’étais conquis par cette créativité infinie qui m’étais permise avec quelques boutons et une molette. Depuis toutes mes images sont réalisées en mode full manuel.

Quels sont tes spécialités photographiques ?

90 % de mes images se consacrent à la macro et à la photo rapprochée que l’on appelle proxi- photographie. Depuis quelques années j’ai une préférence pour les odonates et les amphibiens que je trouve très facilement dans ma région. J’élargis tout de même mon champ d’action avec quelques fleurs locales ainsi que les champignons et récemment les collemboles. Je m’essaie aussi à quelques portraits familiaux où je tente de retrouver l’ambiance et les bokeh créatifs recherchés lors de mes prises de vue de près.

A travers tes images, quelles émotions souhaites-tu procurer et/ou raconter quelles histoires ?
J’essaie de produire des images plus ou moins oniriques. Depuis 2015, comme expliqué précédemment je tente de travailler et de révéler une ambiance dans laquelle le sujet trouvera sa place. Je cherche donc toujours une belle lumière ou un environnement favorable autour de mon sujet pour lui permettre d’être mis en valeur par un bokeh harmonieux, coloré ou composés de flares. Ma démarche est actuellement 100 % consacrée à cette démarche artistique. Faire rêver et laisser la part belle à l’imaginaire est une approche qui me plait et qui touche les personnes qui regarde mes images.

Je ne réalise plus de macro ou proxi naturaliste comme je pouvais le faire quelques années auparavant. Je n’y trouve plus d’intérêt, n’y de plaisir d’ailleurs.

On dit que la photographie est un virus qui se transmets, où l’as-tu attrapé ? L’as-tu transmis ?
Je crois que j’ai toujours aimé la photo sans même avoir commencé à me servir d’un appareil. Depuis mon plus jeune âge je dessinais et souhaitais même en faire mon métier. Le destin en a décidé autrement mais j’aime toujours prendre le crayon et réaliser des croquis de temps en temps. L’image, le dessin sont en fait très proche et je retrouve en photo le plaisir dans la création que je ressens lorsque je dessine. Que ce soit avec un crayon, un stylet ou un capteur j’apprécie ce moment créatif.
Personnellement, je crois être gravement contaminé par ce virus et le besoin perpétuel de vouloir immortaliser sur le capteur un sujet dans une belle lumière et un environnement esthétique.

Dans tout ton matériel photo, as-tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux ?
Pas spécialement, rien de précieux. Le matériel porte bonheur, je pourrais dire que c’est celui dont tu as besoin lors d’une prise de vue particulière et qui te permet de faire la photo dans de bonne conditions. Une paire de ciseaux, un diffuseur, une pince… L’objet précieux c’est celui, le jour J, qui te permet de faire « La photo ».

Imagines que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?
Mon boitier et les 2 objectifs que j’utilise le plus actuellement ; mon 100 mm macro et le 70- 200 F/4. Pas besoin de plus de matériel pour réussir de belles images. Ah oui, j’oubliais, une ou 2 cartes mémoires sans quoi le boitier ne sert pas à grand-chose et un diffuseur car sur une ile déserte on imagine généralement beaucoup de soleil. Pour un beau bokeh diffuseur oblige en plein soleil.

Où trouves-tu ton inspiration ?

Sur internet et les réseaux sociaux, sur les sites photos ou dans les festivals ou expositions. C’est en admirant les clichés d’autres photographes que l’inspiration est la meilleure. Discuter et échanger avec les autres est la meilleure façon de progresser et de se remettre en question. C’est ainsi que mes progrès ce sont fait sentir et remarqués par quelques compères. Je n’ai jamais cessé de vouloir comprendre ce qui pouvait améliorer mes images car l’autocritique est un art bien délicat. Soumettre ses photos pour des avis constructifs est bien plus formateur qu’une collection de likes de complaisance. Une bonne photo interpelle et suscite souvent un commentaire ce qui est très utile pour se remettre en question et/ou se situer par rapport à sa pratique photographique.

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire ?
La photo à retenir si je ne devais n’en garder qu’une seule…très difficile mais je pourrais m’attarder sur celle du calopteryx ailes déployées. C’est La première photo que j’ai envoyé en concours, c’est celle que j’ai choisi comme image de présentation pour mon premier festival photo en 2016, c’est une des premières photos avec laquelle j’ai compris l’importance du bokeh et la mise en valeur d’un sujet. Certes, ce n’est aujourd’hui pas ma meilleure image mais elle restera une de mes premières photos artistiques que j’apprécie.

Cette photo a été réalisée presque par hasard sans préparation particulière. Alors que je cherchais des agrions un soir sur terrain en friche à 20 m de chez moi, j’ai aperçu un calopteryx splendens mâle virevoltant au-dessus des herbes folles. Aussi surpris qu’existé à la vue de ce spécimen que je rencontrais pour la première fois, je ne l’ai pas quitté des yeux pendant plus d’une heure et ainsi pu suivre toute sa phase de préparation pour passer la nuit. Il s’est posé sur une tige de plantain puis à commencer à déplier ses ailes. Instant magique. J’ai ainsi pu prendre le temps de lui tirer le portrait sur une belle lumière d’un soleil couchant.

Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

« La meilleure photo du monde », c’est toujours ainsi que l’on définit la photo du lendemain, celle que l’on n’a pas encore réalisée et que l’on image parfois à tord toujours meilleure que les précédentes.
Ce n’est pas toujours si évident. Et même si je pense progresser constamment dans ma pratique photographique, il est parfois des moments de doute où l’inspiration n’est pas là et il n’est pas rare, en pleine séance, de se remettre en question insatisfait des premiers déclenchements.
Je n’ai pas de souhait particulier pour « La photo » à faire mais plus des sujets que je souhaiterais rencontrer comme les mantes religieuses, les diablotins et autres raretés volantes. Le Nord de la France est sympa mais j’envie mes amis photographes « sudistes » pour la variété des espèces florales et animalières que je ne trouve pas dans ma région et qui foisonnent au sud de la Loire.

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser ?
Juste un stage dans des contrées plus favorables pour le faune et la flore, Le sud de la France c’est-à-dire dès le sud de Paris pour Moi. Afin de découvrir et mettre en boite les insectes que je ne rencontre pas chez moi. Rien de bien dingue dans tous cela car je pense qu’il n’est nul besoin de parcourir le monde pour se faire plaisir en macro. Il y a tant à voir et découvrir en France que je me contenterais de découvrir les régions et ses richesses floristiques et faunistiques.

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire ?
Mon meilleur souvenir, le dernier en date. Lors d’une sortie odonate, de bon matin frais j’arrive tranquillement dans la prairie humide, l’ambiance est fraiche, la brume épaisse au- dessus des herbes. Et là, je vois à 20 m devant moi, passer un magnifique renard dans cette brume pour filer et se réfugier dans les buissons. Un moment bref d’intense émotion car je n’ai pas eu le temps de l’immortaliser, le boitier était encore dans le sac à dos.

Mon pire souvenir. En pleine séance dans une mare en plein été à 6h du matin, je commençais à repérer mes sujets et à effectuer mes réglages quand la lumière s’est montrée flatteuse les commandes de mon boitier se sont bloquées après quelques essais. Impossible de modifier les réglages, ouverture verrouillée, iso verrouillés, vitesse verrouillée. Un moment de panique qui a duré quelques minutes, le temps de souffler un bon coup et de fermer le boitier. Tout est rentrer dans l’ordre après quelques minutes angoissante.

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu ?
Un photographe à découvrir serait Romain Descamps, un photographe simple et discret, mais avec un sens aigu pour la photo artistique dans un univers et des ambiances que j’apprécie. Nul doute qu’il fera parler de lui dans un avenir proche.

Un dernier mot ?

La photographie comme le plaisir de contempler la nature et de se fondre en son sein. Quoi de plus agréable que de déambuler dans les hautes herbes ou en pleine forêt un matin de printemps ou d’été. Un moment très privilégier qui est celui d’être seul dans la nature et de pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Que de belles rencontres durant ces instants magiques. Croiser un chevreuil, se faire surprendre par un renard ou des écureuils qui chahutent, c’est ça le bonheur du photographe nature. Profitez-en tant que c’est encore possible !

Merci Emmanuel

Encore une fois un grand merci à Emmanuel pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

a propose Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Un commentaire

  1. De très jolies macro-photographies accompagnent cette intéressante entrevue.
    Merci !

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