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A la rencontre de Fabien Zunino

Aujourd’hui, je vous emmène à la rencontre de Fabien Zunino, passionné de nature. Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

A la rencontre de Fabien Zunino

Bonjour Fabien,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Ce n’est pas un exercice facile que de se présenter mais je vais essayer. Gamin, j’habitais en lisière d’un ancien terrain militaire riche en broussailles. J’adorais y faire des cabanes et courir après les papillons. De longues parties de pêche avec mon père, dans les Basses Vallées Angevines, m’ont initié à la vie dehors. J’avais même le droit de ne pas aller à l’école le jour de l’ouverture… Rien qu’en y repensant l’odeur de la terre humide après les crues de la Mayenne et de la Sarthe me chatouille le nez.

Cette éducation buissonnière n’a fait que renforcer ma curiosité. À chaque fois que je rencontrais une plante, un animal nouveau ou un fossile je me rêvais en découvreur. De retour à la maison, je passais des heures à décortiquer les trésors du jour (coquille de moule d’eau douce, exuvie, mue de serpent, crane de lapin, petit oursin fossile trouvé dans le tas de falun pour refaire le stabilisé du stade…). Peu enclin à remplir des carnets d’observation et à dessiner, j’ai opté pour l’appareil photo afin de garder une trace de ces rencontres.

Autodidacte, je retenais mieux les anecdotes liées à une espèce que la nomenclature taxonomique. J’étais littéralement fasciné par les relations entre les espèces et leurs milieux même si à cette époque je ne connaissais pas le terme écologie.

Le petit guide « animaux des bois et des champs » paru chez Nathan était mon livre de chevet. Il est encore dans ma bibliothèque. Cette dernière s’étoffe encore. La découverte de certains auteurs a bouleversé ma façon de penser, de voir les choses. C’est le cas de Jean-Henri Fabre, un adulte qui se permettait de garder ses yeux d’enfant. Je crois qu’il est à l’origine de ma décision de poursuivre mes études qui m’ont conduit à soutenir une thèse de doctorat en lien avec les alcaloïdes de la pervenche de Madagascar.

D’autres auteurs, grands naturalistes et/ou philosophes me nourrissent encore aujourd’hui. C’est prétentieux de ma part, mais le mouvement transcendantalisme initié par des penseurs comme Ralph Waldo Emerson, Henri-David Thoreau, John Muir ou Aldo Leopold font écho à ce que je ressens en gardant le contact avec le monde de dehors.

Ainsi ma pratique photographique me permet de cultiver ce contact primordial avec le sauvage et son essentiel esthétisme.

Renard polaire – Vulpes lagopus

Racontes-nous un peu ton «histoire» photographique? 

Collégien, j’ai eu la chance d’acquérir un reflex 24×36 (Minolta Srt 100x). Je photographiais principalement mon sport favori, le canoë en eau-vive, mais c’était surtout la partie développement – que je trouvais magique.

Les plantes étranges m’ont toujours captivé. J’ai passé ainsi des heures à étudier les plantes carnivores. Elles m’ont fait voyager autant dans les livres que sur le terrain ou les jardins botaniques. Ma compagne se rappelle encore des 47°C sur les terres ibériques du rare Drosophyllum lusitanicum ou des nuées de moustiques dans les marais de Géorgie à la recherche d’une forme géante de Sarracenie minor. Je n’ai pas d’herbier, j’ai toujours préféré immortaliser les plantes en photo.

Au fil du temps, les sujets ont évolué. Les insectes, les oiseaux, les mammifères, et autres animaux sont devenus mes complices lors de mes sorties en billebaude ou en affût. Je n’ai jamais stoppé, et depuis bientôt 40 ans, mon sac photo n’est jamais très loin. Les paysages modulés par la lumière m’enchantent mais je suis rarement satisfait des images que je réalise dans ce domaine.

Régurgitation d’un saumon par un grand dauphin

Quelles sont tes spécialités photographiques ? 

Je ne suis pas persuadé d’avoir une spécialité. Peut-être l’anticipation sur le comportement des espèces que je prends le temps de connaitre et d’observer. Je consulte, de façon presque compulsive, tous les ouvrages et articles à ma disposition sur une espèce ou un milieu. Mais, sur le terrain, j’aime faire abstraction de tout cela comme on oublie le manuel d’utilisation d’un boitier afin de mettre tous mes sens en éveil.

Delitage du glacier sur la lagune de Jökulsárlón

On dit que la photographie est un virus qui se transmet, où l’as tu attrapé ? tu l’as transmis ?

Au collège, mon prof de maths m’avait initié au développement. J’étais émerveillé par l’arrivée de cette image sur le papier. Avec la complicité de mes proches, j’ai cloisonné l’atelier familial pour faire un petit labo à la maison. L’agrandisseur, un Krokus III au look soviétique, me permettait de faire du noir et blanc, j’ai même essayé la couleur à partir d’inversible avec le magnifique rendu Cibachrome.    Pour la transmission, j’ai quatre enfants. J’aime leurs images. Certaines sont même très belles et délicates. J’ai toujours eu un  peu peur de les dégoûter avec mes passions, alors je les laisse faire leur chemin…

Orignal – Alces americanus

Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

En fait c’est plutôt une longueur de focale que je retiendrai. Celle de 300 mm. Après avoir longtemps utilisé un 300 mm F/4, un objectif plus lumineux ouvrant à F/2.8 l’a remplacé. Cette focale m’oblige,  surtout dans nos contrées où les animaux sont plutôt farouches, à la discrétion. Elle me permet également l’intégration du sujet dans son milieu. Et puis l’ouverture à F/2.8 et surtout les progrès en monté des ISO me permettent de prolonger les séances photos quand le monde de la nuit arrive.

Macareux moine – Fratercula arctica

Comment se compose ton sac photo ?

Pour la marque, l’achat un boitier (F801s) lors de la naissance de ma première fille m’a fait basculer chez les utilisateurs de matériel Nikon. J’y suis resté par habitude et aussi en raison des optiques déjà acquises.

Pour le sac il varie selon la sortie. En vérité, j’en possède même quatre. Par exemple, pour la macro, lors de sortie botanique, un vieux sac en bandoulière avec un boitier et un 105mm macro  F/2.8 ou son homologue de 60mm m’accompagne. Il a une poche pratique pour une loupe, un carnet  et un crayon et un petit réflecteur pliable. Une vieille édition de la flore de Fournier peut également s’y glisser.

Sinon la plupart du temps j’utilise un grand sac à dos photo de type Kibogo de Guragear ou récemment un Moose Peterson MP-3 V2.0 de Mindshift.

En effet en plus du 300 mm F/2.8, je dispose d’un 500 mm F/4 que je réserve pour les séances en affut, d’un 24-120 mm F/4 et d’un 20 mm F/1.8. Depuis sa sortie, j’ai aussi un zoom qui me surprend assez souvent pour sa qualité, le 200-500 F/5.6 constant. Il m’accompagne lors du déplacement où le 500 mm fixe s’avère trop lourd ou encombrant. Le multiplicateur x1.7 est également toujours au fond du sac.  Je possède aussi un monopode et un trépied avec une fidèle rotule pendulaire.

En plus des accus et des cartes mémoires quelques filtres et télécommandes restent dans le sac.  J’ai trois boitiers, un format APS-C le D500 qui a pris la succession du D300,  et deux pleins formats, un D800 et un D4s acheté plus récemment d’occasion.

Inséparable de mes jumelles, mon modèle Paralux qui a fait rire bien des copains ornitho vient d’être remplacé après 30 ans de loyaux services par des 10 x 42 Tinovid Leica. Sur certaines sorties j’utilise également une longue-vue APO TELEVID 77 de la même marque.

Fritillaires pintades dans prairie innondable des Basses Vallées Angevines

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Là aussi mes photos ont souvent une histoire. En février 2015, avec un ami nous sommes allés en Andalousie sur les terres du lynx pardelle. L’idée était vraiment de s’imprégner de son milieu avec le rêve non avoué de le rencontrer. Nous sommes restés 7 jours, du matin au soir,  à guetter le moindre mouvement dans un environnement ou son pelage le rendait totalement mimétique. Bien des fois nous avons plaisanté à propos des cailloux que nous avions pris pour le félin ou du cri de la chouette d’Athena qui se transformait en feulement… Le dernier jour à quelques heures de reprendre le chemin du retour nous avons enfin croisé son regard. Il était là, devant nous. La pluie ne rendait pas très bonnes les conditions de prises de vue, mais le cœur battait la chamade. Un face à face qui a duré plus de  20 minutes avec le Señor de la Sierra. Il était chez lui et il nous permettait ce moment magique. Quelques mois après l’une de mes photos était publiée dans la célèbre revue Géo.

Lynx pardelle dans son milieu naturel.

Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Il y a quelques espèces « mythiques » pour moi que j’aimerai rencontrer. Je pense au loup en particulier et au renard de Darwin. J’adore également les mustélidés dont je n’ai pas de belles photos. Pour la botanique, j’ai un rêve de gamin : fouler le sommet des Tepuys du Vénézuela. Le fameux monde perdu de Conan Doyle.

Mésange à longue queue de la sous espèce irbii

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Il y a toujours le safari que je mène dans mon jardin, c’est incroyable ce que l’on peut observer à proximité de chez soi. Sinon, très bientôt, je pars en Slovénie. J’espère y revoir l’ours brun. Je l’avais juste croisé en me baladant avec mon fils à l’orée d’un boisement, mais quelle émotion.

Ecureuil sur ses pattes arrières avec noix entre les dents

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

Ce n’est pas de crédit mais de temps que j’aimerai disposer à volonté. Prendre le temps pour observer, pour s’imprégner puis pour déclencher serait un vrai luxe. Peut-être, je n’aurai plus besoin de photographier…

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

Il y a quelques années, lors d’une expo collective au festival Ariège Nature avec deux copains, nous avons profité d’une pause pour faire un affût cincle plongeur au bord de l’Arize. Disposé chacun sous un filet de camouflage, un martin pêcheur se posa à 3 mètres de mon voisin qui était sur ma gauche et à mon grand étonnement je n’entendais pas de déclenchement. L’oiseau parti, je me suis rendu compte que le photographe était endormi.

Approche d’un renard polaire blanc

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu? 

J’aimerai proposer une amie photographe, Séverine LENHARD,  qui présente son travail sur http://www.severine-lenhard.fr/

Un dernier mot?

En marge de mon activité professionnelle, je serai partant pour accompagner des voyages photos naturalistes. J’ai déjà fait cela en canoë et en kayak sur plusieurs jours de nombreuses fois. Alors, si je peux me permettre, n’hésitez à faire circuler l’info…

Merci Fabien

Encore une fois un grand merci à Fabien pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

a propose Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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