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A la rencontre de Camille Delbos

Aujourd’hui, partons à la rencontre de Camille Delbos, photographe franco-suisse-canadien de 33 ans, je vous laisse faire connaissance. Evidemment, si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

A la rencontre de Camille Delbos

Bonjour Camille,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Je suis franco-suisse-canadien, j’ai 33 ans et j’ai la chance de vivre avec une épouse formidable. Je fais de la photo de manière plus assidue depuis 4 ans. Je n’ai jamais possédé de voiture et je pratique depuis toujours de ce qui s’apparente à la simplicité volontaire. Je suis extrêmement sensible à la préservation de l’environnement, me sens bien plus dans mon élément en pleine nature qu’en ville. J’aime cuisiner et recevoir, co-construire et entreprendre. Tout cela forme un ensemble de choses qui me plaisent et qui m’amène avoir plusieurs activités. Je suis aussi apiculteur (amateur), pratique l’ultimate (frisbee), l’escalade et voyage pas mal en vélo.

Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo?

Comme beaucoup, je prenais des photos de vacances étant môme… mais je pense que ça a réellement commencé quand je me suis offert mon premier appareil en 2004, un bridge. J’ai continuer à photographier par phases selon mon envie. En 2010 je suis passé au 400D que j’ai utilisé davantage tout en restant très raisonnable. Je gardais les photos pour moi et quand par malheur quelqu’un tombait dessus… j’avais plutôt de bons retours, ce qui m’a encouragé à poursuivre. Fin 2014, j’ai opté pour un 70D qui m’a accompagné jusqu’à la quasi fin de mon voyage en Eurasie de 2 ans. Il m’a rendu de très grands et loyaux services, paix à son âme. C’était un appareil très pratique et la plupart des photos publiées ici proviennent de cet appareil. C’est avec lui que j’ai passé le pas. La photo a progressivement pris le dessus durant ces 3 dernières années sans que je ne m’en rende vraiment compte et sans que je pense vraiment à ajouter cette activité à mon arc. Il y a quelque mois, j’ai changé pour un mirrorless avec le X-T2. Une manière aussi pour moi de réinventer ma manière de photographier. Utiliser un autre outil donne de nouveaux résultats. Je l’aime bien entre autre car il est moins intrusif et très silencieux.

Peux-tu nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

Je dirai la “photo de voyage”, qui en fait englobe les scènes de vie, les évènements, la street photography, les paysages, les portraits, les détails, etc… Mais si tu regardes mon portfolio, projets, instagram & co tu y trouveras beaucoup d’autres choses parfois plus architecturales ou artistiques.

A travers tes images, quelles émotions souhaites-tu procurer et/ou raconter quelles histoires ?

J’aime les photos où il y a du mystère, celles qui t’émeuvent et celles qui te font dire “ah ouaaaaiiiiiii”. Pour moi, toutes mes photos doivent raconter une histoire, jouer sur les sensations, plonger le spectateur dans l’ambiance, dans la scène. J’aime souvent une photo, mais parfois bien plus l’histoire qu’il y a derrière. En cela, je considère la légende essentielle, même si je trouve difficile d’écrire. Il faut être concis et savoir créer un effet rebond entre la photo et le texte. Aujourd’hui, c’est quasi-obligatoire de savoir écrire pour un photographe.

Tes missions photographiques t’entraînent aux quatre coins de la planète, mais y a t’il un endroit que tu affectionnes particulièrement.

J’aime les grands espaces et c’est souvent là que je rencontre des peuples qui vivent simplement, au contact direct avec la nature. C’est pour moi à chaque fois un excellent rappel spirituel. Géographiquement parlant, je suis particulièrement aimanté par l’Asie, celle Centrale, du Sud et du Nord. L’Asie des montagnes, l’Asie froide ou sèche.

Dans tout ton matériel photo, as-tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Le filtre neutre. Ca te sauve ton objectif. J’en ai beaucoup changé car dans les pays et les conditions dans lesquelles j’ai photographié c’est essentiel.

Sors-tu toujours accompagné de ton appareil photo ?

Non. Et j’y tiens. Pourtant je suis très très minimaliste dans mon approche puisque je n’ai volontairement qu’un appareil et 2 optiques, donc ce n’est pas une question d’encombrement. Cela-dit tout dépend où je me situe. Si je ne suis pas sur un terrain susceptible de m’offrir les photos que je recherche, alors je ne le prends pas, typiquement quand je suis chez moi ou en ville je ne touche pas à mon appareil et ce durant plusieurs semaines. J’aime me sentir matériellement détaché. Mais j’avoue, qu’avant de sortir de chez moi je me pose régulièrement la question “est-ce que je prends mon appareil ou pas ?”. Il y a toujours la crainte de se dire que l’on va passer à côté d’une photo incroyable. La vérité, c’est qu’il y en aura d’autres, et si ce n’est pas le cas, alors je profite du moment. Cela me permet de continuer à apprendre à regarder, librement, d’être détaché, et de savourer l’instant pleinement au lieu de le photographier.

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Il y a plusieurs photos que je préfère, pour des raisons différentes, souvent pour leur histoire. “Morning Routine” a pour moi une saveur particulière. J’étais coincé depuis plusieurs jour à Murghab, un village au milieu de la M41, la “route” principale qui traverse le Tadjikistan. J’attendais désespérément que d’autres passagers se manifestent pour compléter le marshrutka (taxi collectif) et rejoindre le Kirghizistan à quelques d’heures de piste. Las après 3 jours d’attente, j’ai décidé de me changer les idées en poussant plus loin vers un hameau perdu dans un décor lunaire, vers la frontière chinoise (parfait si tu veux disparaître de la circulation !). C’était au cours du mois de Ramadan et en chemin j’ai été invité par un Kirghize pour la rupture du jeûne. Le repas fut délicieux, la soirée agréable, bref une belle rencontre humaine. Si bien que je n’ai pas pris beaucoup de photo, la luminosité ne s’y prêtait pas vraiment non plus. Le lendemain, en embarquant dans la vieille jeep soviet, j’ai vu cet homme effectuer son rituel matinal au milieu de nulle part sur fond de montagnes désertiques. La simplicité de la scène, la lumière, les couleurs… c’était une scène extra. Cela s’est passé en quelques centièmes de secondes. Et puis National Geographic a featuré cette photo, et ça, ça fait très plaisir aussi.

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques ou de tes projets de missions ?

Je ne fais pas vraiment de différence entre ma vie pro et ma vie perso, puisque que je souhaite simplement faire ce qui pour moi a du sens. Comme sensibiliser et faire évoluer les mentalités sur certaines questions et régions du monde, partager mon expérience, et combler mon énorme soif d’apprendre des autres. Pour répondre à ça, je ne manque pas d’idées. Je propose par exemple chaque année à un petit groupe de personnes de m’accompagner dans un lieu qui m’a séduit pour la beauté des gens et la magie des paysages. Ce n’est pas tout à fait un voyage photo car je vise d’abord à offrir un réelle expérience du pays, faire se rencontrer les cultures puis tant qu’on y est se faire plaisir en photo en allant sur mes lieux de repérage. C’est ouvert à tous (photographes ou pas), il y a peu de dates et c’est vraiment intimiste. Pour ceux qui seraient tentés, la Jordanie et le Pakistan sont au calendrier. A côté de ce plaisir collectif, je prépare actuellement une expo pour diffuser mes travaux et phosphore sur l’idée d’un bouquin.

J’ai davantage de projets persos que de missions mais si l’on fait appel à moi et que le sujet me parle alors je m’investis beaucoup. Mais alors comment gagne-t-il sa vie ? Car c’est bien ça la question 🙂 Pour moi le statut de photographe n’est pas évident et peut même être très précaire. Je ne souhaite pas me trouver à prendre toute sorte de missions ou couvrir ce qui ne me fait pas vibrer. Et ça tombe plutôt bien car comme dit plus haut, j’ai d’autres activités et trouve là dedans mon équilibre.

Cela dit, la balance dans mes activités va bouger ces prochains mois et me permettre d’être pris plus au sérieux par les iconographes et les éditeurs car cet automne j’ai intégré le studio Hans Lucas. C’est une famille de photographes et de créatifs aux champs d’exploration très variés, ce qui laisse entrevoir collaborations et entreaide tout en conservant la liberté mes sujets et la manière de les approcher.

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenirs pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire ?

Mon appareil m’a lâché. Ca m’est arrivé plusieurs fois d’ailleurs. Et comme je l’ai indiqué, par choix je n’ai pas de second appareil. C’est le moment où tu sens une larme se former car il n’y a rien aux alentours pour le réparer ou le remplacer. Dans mon malheur j’ai été chanceux car mon épouse était à mes côtés et dispose d’un petit compact sans prétention. Cela peut te sauver un reportage car les photos sont pas si mauvaises. De quoi me rappeler que c’est pas l’appareil mais bien le photographe qui fait la photo.

Sinon mon second pire souvenir c’est durant un trek de 10 jours à 4600m d’altitude où la problématique de batteries mais surtout de carte mémoire s’est posée. Je suis prévoyant mais je ne pensais vraiment pas que j’allais remplir toutes mes cartes. Par manque de place j’ai du abandonner l’idée de filmer l’ethnie que j’étais parti rencontrer et j’ai dû trier les photos sur le tard ce que je ne fais jamais car j’aime les laisser reposer et y revenir plus tard. Dans ce cas là faut faire vite car l’écran consomme pas mal et le froid vide les batteries. De retour au village, l’une des cartes s’est trouvée corrompue et j’ai perdu pas mal de clichés, même si j’ai pu en sauver une partie grâce à un logiciel.

Quand aux meilleurs moments, ce sont tous ces instants, souvent très brefs et intenses avec le sujet. Que ce soit un regard complice ou bien un paysage qui s’offre à toi après un gros effort, une forme de respect mutuel et de communion s’installe. La vue 360° qui se dévoile derrière des nuages au sommet d’un 6000m, ou le sourire d’un peintre Peshawari accroupi attendant son prochain patron c’est puissant.

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Un seul ? Pas facile… Ok, Saer Saïd. C’est un homme très humble que j’apprécie beaucoup tant pour son savoir-faire que son savoir-être. Il a fait un magnifique travail à Lesbos et à Calais sur les migrants avec une approche très humaniste où il a su capter puis inviter le spectateur à se faire une idée par lui même. Il ne fait pas que de la photo de reportage mais le plus simple, c’est de lui demander de parler de lui.

Une question à laquelle tu aurais aimé répondre ?

Oui, plein ! Mais j’ai déjà beaucoup parlé. Et l’exercice n’est pas si facile. Je privilégie volontiers les contacts en direct, donc si toi ou les lecteurs de Bonplanphoto avez des questions, le plus simple c’est de me contacter, et poursuivre l’échange autour d’un café.

Merci Camille

Encore une fois un grand merci à Camille pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

a propose Gregory LAROCHE

J’ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques.

N’hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Un commentaire

  1. Jolie découverte d’un photographe indéniablement talentueux. Les photos présentées ici, que ce soit celles de paysages ou celles des gens, sont très réussies et dégagent quelque chose.
    Bravo à Camille et merci à Grégory pour cette interview.

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