A la rencontre d’Emilie Lacroix

Aujourd’hui, partons à la rencontre d’Emilie Lacroix, photographe très bavarde 😉 qui s’est mise à la photographie sur le tard. Emilie a accepté de se prêter au jeu de mes questions et je vous propose donc d’en découvrir un peu plus sur cette photographe passionnée. Vous pouvez également retrouver sont travail sur :

A la rencontre d’Emilie Lacroix
Tous droits réservés à Emilie Lacroix
Bonjour Emilie,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Bonjour, Grégory, alors, pour commencer, je ne suis pas du tout photographe… En réalité, je suis actuellement chercheuse en neuroscience cognitive. Je te dis « actuellement » parce qu’en fait je travaille depuis 10 ans comme neuropsychologue clinicienne avec des patients qui souffrent de différentes atteintes cérébrales et/ou sensorielles (lésion cérébrale, maladie d’Alzheimer, troubles de l’attention, surdité, troubles vestibulaires,etc. ).
Mais depuis peu, j’ai suspendu ce travail clinique pour me consacrer entièrement à la recherche dans le cadre d’un travail de postdoctorat universitaire. J’ai mené ma thèse en parallèle à mon activité de clinicienne et j’ai étudié la manière dont nous percevons l’espace grâce à notre système vestibulaire (un petit machin qui se situe dans notre oreille interne). Est-ce du coup que j’ai voulu étendre cela à l’espace perçu à travers mon boitier ? Va t’en savoir… ;o)
Au final la photographie est donc plutôt une activité complémentaire qui me permet de garder un bon équilibre avec mon travail qui me passionne tout autant.

Tous droits réservés à Emilie Lacroix
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Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?

C’est marrant que tu demandes, on en parlait justement très récemment avec des amis. Lors de cette discussion, j’expliquais que je ne faisais de la photo que « depuis peu », mais en fait j’ai réalisé que je disais cela, car j’attribue souvent mes débuts en photographie à l’utilisation de mon premier reflex. Alors qu’au final quand j’y réfléchis, j’ai eu un appareil photo dans les mains depuis très jeune en fait…

J’ai d’ailleurs encore mon premier boîtier, un vieil argentique Samsung que j’avais acheté durant un passage à Andorre à l’époque (comme cela était moins onéreux qu’ailleurs). Par la suite j’ai eu un petit Konica Minolta et puis un Sony Cyber-Shot qui allait sous l’eau, c’était terrible ! J’avais même fait une mini galerie en ligne sur un blog avec les photos de macro que je faisais à l’époque… J’ai retrouvé quelques archives récemment c’était… souvent très très flou !

Ce n’est que pour mes 30 ans que je me suis offert mon premier vrai réflex, un Canon 5d mkII, grâce à une cagnotte organisée par mes amis pour mon anniversaire.

Je n’y connaissais absolument rien et je shootais tout en mode auto, mais j’avais vraiment envie d’apprendre à mieux m’en servir. Alors j’ai acheté quelques bouquins de photos, mais ça ne marchait pas trop. Je n’ai jamais aimé devoir étudier la théorie avant de pratiquer, je trouvais ça rébarbatif. Un peu plus tard, j’ai découvert le magazine Image & Nature. J’ai tout de suite été séduite par la photographie animalière et l’approche naturaliste. Et puis, l’avantage de ce type de magazine, c’était de voir les exif (encore un mot que je ne connaissais même pas à l’époque d’ailleurs) en bas de page qui me permettait de mieux comprendre ce qu’il fallait faire pour avoir de belles photographies en fonction des conditions.

Ce qui est marrant c’est que je me suis rendu compte petit à petit que c’était quelque chose que j’avais toujours aimé, mais un peu refoulé au fond de moi. Tu sais quand j’étais gamine, c’était bien plus tendance d’avoir des photos des Backstreet Boys ou des Spice Girls (oui oui je suis de cette époque) sur ses fardes de cours plutôt que des photos de phoques ou de dauphins !

Bref, à la fin du magazine il y avait les petites annonces et les offres de stage, j’ai cherché quelque chose dans ma région, et quelques semaines après je me retrouvais dans un affût à Martin Pêcheur avec un photographe belge naturaliste.

Ça m’a permis de vite comprendre qu’une photo en JPEG avec le mode auto et un 28-200 ce n’était pas tout à fait pareil que shooter en manuel avec un 300 f4 sur un 5d mikIV… Vive la pratique ! Et puis je me souviens encore de ma tête à l’arrivée du Martin avec son chant si reconnaissable… Un moment que je ne suis pas prête d’oublier

Après cela j’ai fait quelques autres stages et voyages photo au sein d’un petit groupe de cinglé(e)s passionné(e)s (c’est du pareil au même au final non ?). Cela m’a beaucoup aidée (et cela m’aide toujours énormément) pour évoluer. Il y a ceux/celles qui s’y connaissent mieux sur le plan technique, ceux/celles qui connaissent le matos sur le bout des doigts, ceux/ celles qui ont plus la fibre artistique… Bref, on se complète bien, et puis on oublie jamais l’apéro après les sorties !

Enfin, un moment que je n’oublierai jamais c’est sans doute mon premier festival du film Nature Namur. Je me rappelle encore de mon étonnement en voyant tous ces gens passionnés rassemblés dans le « village nature ». J’avais l’impression d’être à ma place au sein de cette ruche de passionnés tous plus enthousiastes les uns que les autres.

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Quelles sont tes spécialités photographiques ?

Je ne suis pas certaine de pouvoir dire que j’ai une spécialité, alors plusieurs encore moins ! J’aime énormément la nature c’est certain, avec peut être une petite préférence pour les oiseaux et les paysages, j’aime bien les photographies assez épurées, le style minimaliste et plutôt les tons clairs, mais j’aime aussi beaucoup les portraits humains, la photographie urbaine en noir et blanc,… j’aime varier !

Je fais sans doute un peu moins de macros, peut-être parce que je n’ai pas vraiment d’objectif adapté pour le moment, mais j’ai bien aimé par le passé, j’y reviendrai certainement.

J’aime bien essayer et expérimenter, je ne suis pas certaine d’avoir encore vraiment trouvé « mon style à moi ». C’est ça aussi que j’aime beaucoup en photographie sans doute, c’est qu’il y a énormément de choses à découvrir et apprendre.

Tous droits réservés à Emilie Lacroix
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Dans tout ton matériel photo, as-tu un objet porte-bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Je n’aime pas trop jeter ni changer de matériel très régulièrement. Je dois être un peu vieux jeu pour ça, ou réfractaire au changement, va t’en savoir… Du coup c’est vrai que j’ai un certain attachement à ce premier boîtier qui fut le cadeau d’anniversaire de mes amis.

Il m’est précieux, car il marque aussi le début d’une période de transition de vie importante pour moi, comme une prise de conscience de l’importante de vivre ici et maintenant profondément les choses, de profiter de la vie, de tout ce qu’elle a à nous offrir.

La photographie a vraiment transformé mon regard sur le monde, j’ai l’impression d’être plus régulièrement heureuse, d’arriver à voir « du beau » dans plein de petites choses, c’est peut-être surtout ça le « porte-bonheur » que m’apporte la photographie. Ce n’est pas une question de matériel au final.

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Est-ce que ton travail est influencé par certains photographes?

Constamment, et il y en a tellement ! J’aime énormément découvrir de nouveaux photographes, que cela soit via les réseaux sociaux ou les expositions. Il y a peu j’ai été avec mes amis voir l’exposition des œuvres photographiques de Folon et j’ai vraiment adoré. J’aimais déjà beaucoup ses peintures et sculptures très épurées et ses tons pastel, mais ses séries de photographies en noir et blanc m’ont permis de découvrir une autre facette de son travail, plus « brute », mais que j’aime beaucoup également.

Dans les classiques j’aime évidemment beaucoup les grands noms comme Dorothea Lange (enfin une femme !) ou Henri Cartier-Bresson, Steve Mccurry, Robert Doisneau (enfin beaucoup de photographes de l’agence Magnum comme tout le monde quoi)

Après en photographie nature, j’aime beaucoup le froid et les lumières du Nord donc j’aime bien suivre des photographes comme Delphjne Garçin, Benjamin Hardman, Guillaume Bily, Nathalie Chanteau, Nicolas Orillard-Demaire….

J’aime bien aussi les approches naturalistes assez épurées comme celles de Martin Dellicour, Élise Julliard ou Thomas Delahaye pour leurs approches de la forêt et de la montagne.

Et puis il y a aussi le magnifique travail sous-marin de photographes comme Laurent Ballesta, Stéphane Granzotto, bref, la liste est immense, je voudrais tous te les citer… Si tu voyais le nombre de bouquins que j’ai chez moi !

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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Ouch, mais c’est difficile ça comme question ! Tu me demandes ça à moi qui n’arrive déjà pas à choisir entre deux photos quand je dois en imprimer ou en publier une ? Diantre !

Bon, si vraiment tu m’obliges, je dirais que c’est une photo que j’ai réalisée en septembre 2017, après un congrès scientifique au Canada où j’avais pris quelques jours de congé pour découvrir la Colombie-Britannique.

J’ai eu la chance de pouvoir passer quelques jours dans une lodge au nord de l’île de Vancouver de tenter une sortie guidée en kayak dans la région pour essayer d’apercevoir les orques. Malheureusement la saison touchait à sa fin, et beaucoup des kayakeurs (ça se dit ?) qui rentrait d’une semaine de bivouac d’île en île n’avaient rien vu et tout le monde m’avait prévenu du peu de chance que nous avions de voir les orques.

Je n’avais qu’une journée avec ma guide, et mon plus gros stress c’était de me retourner avec le matériel à bord de ce kayak de mer super étroit. Durant la matinée, nous avons vu énormément de choses: phoques, pygargues, dauphins,… c’était fabuleux, même si pas de traces d’orques à l’horizon. Après la pause de midi sur une petite île locale, nous avons continué notre chemin quand la guide a été avertie par radio de l’approche d’une famille d’orques au complet dans notre direction.

À ce moment-là elle nous a proposé de choisir entre traverser la baie ou rester du côté où nous étions et prolonger vers le Nord.. Selon elles les orques évoluaient régulièrement dans ces deux directions. Nous avons choisi le Nord, et 15 minutes plus tard, j’entends encore la guide me dire « I think it’s for you guys ».. et l’horizon a commencé à se remplir d’une multitude de jets d’eau qui n’ont pas arrêté de se rapprocher. En quelques minutes à peine nous devions regrouper nos 3 kayaks pour être face à l’énorme vague créée par une famille d’une quinzaine d’orques.

Tous droits réservés à Emilie Lacroix
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Il y en avait partout, ils chassaient un banc de poissons, et sont restés 45 bonnes minutes à danser autour de nos kayaks, c’était un spectacle incroyable. À un moment la guide a plongé un micro dans l’eau, ce qui nous a permis de les entendre communiquer entre eux. Aujourd’hui encore je n’ai pas de mots pour décrire l’émotion qui t’envahit à cet instant. On se sent tout à la fois minuscule et en même temps complètement intégré à cet environnement, car les kayaks permettent cette approche respectueuse où seul l’animal peut décider de rester ou non à tes côtés.

J’avoue que je ne savais plus trop quoi faire avec mon boitier et les réglages, j’étais complètement à côté de mes chaussures. J’avais le 100-400 monté sur mon boitier et j’étais parfois trop proche que pour faire la mise au point… C’était complètement surréaliste ! À un moment, une orque est passée sous mon kayak et est ressortie dans le soleil. J’ai déclenché, et cela a donné cette photo. C’est loin d’être une réussite sur le plan technique et elle est pleine de défauts, mais elle représente cet instant unique et pour cela c’est sans doute ma photographie préférée.

Après si tu veux vraiment je peux aussi te parler de ma première photo de renard ou d’une photo prise à l’arrache après un stop en urgence sur une route en Islande.. Mais on en a pour des heures alors !

Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Près de chez moi, il y a un champ où vit une famille de renard que j’ai beaucoup photographié l’année passée. Entre ces champs il y a une petite ruelle pavée que j’aime beaucoup, car elle est bordée de grands arbres où chantent souvent de nombreux oiseaux et cela donne l’impression d’être dans un mini monde où le temps s’arrête quand on y circule. La fin de cette ruelle est éclairée par un lampadaire qui émet une lumière orangée et marque le début du retour à la ville, tout en faisant réfléchir la lumière de la pluie après l’orage en été dans les pavés…

Je sais que les renards circulent dans cette ruelle et j’aimerais énormément réussir à en photographier un à cet endroit précis… Un peu comme à la croisée de deux mondes. Mais affuter au sol à cet endroit est vraiment compliqué, car il y a tout de même un peu de passage. Tenter un déclenchement à distance avec le boitier décentré pourrait être sans doute intéressant, mais c’est encore un peu compliqué techniquement pour moi…

Mais un jour peut-être !

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Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

Alors ça, c’est facile comme question! En ce moment je bave devant les caissons permettant la photographie sous-marine. Je te laisse deviner ce que j’aimerais photographier ? Les orques à nouveau bien entendu !

Après honnêtement même avec un crédit illimité, une part de moi se dit que le côté « whale watching » et l’approche des cétacés au moteur, c’est sans doute complexe… Après si je trouve une compagnie qui propose une approche respectueuse, pourquoi pas.

L’autre problème, c’est que, bien que j’ai toujours aimé la mer, je ne peux pas plonger à plus d’un ou deux mètres (j’ai une prothèse dans une oreille qui m’interdit les coups de pression, pas de bol pour une nana qui a étudié le fonctionnement de l’oreille interne hein ? ;o) ), du coup je devrai me contenter de « snorkler »…

Bon, c’est un peu frustrant, mais je me suis renseignée et mon projet reste quand même possible a priori… Après, il faut que je continue mes entrainements à la piscine, que je développe une bonne tolérance à l’eau glacée, et que j’arrive à faire mes réglages la tête sous l’eau avec tout l’équipement… Ha oui, et aussi que je gagne au Loto pour payer tout cela… Bref, ce n’est pas demain la veille que j’irai nager avec les orques en Norvège en hiver !

Sinon à défaut, un voyage photo en voilier brise-glace au Groenland me tente beaucoup aussi !

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Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenirs pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

Le meilleur, je te l’ai raconté tout à l’heure, c’est l’orque sous le kayak. Après, j’en ai beaucoup d’autres ! Je pratique la photographie seule, mais également en groupe, et que chaque sortie me laisse de formidables souvenirs (entre l’apéro et les crises de fous rires, je ne saurais plus me passer de ces moments!).

Le pire je ne sais pas trop non plus, il ne m’est jamais rien arrivé de « grave », mais je suis assez maladroite, donc ça m’est déjà arrivé de faire de belles chutes dans la neige, ou de faire tomber le matériel d’amis dans l’eau par exemple…

Ah oui, et aussi de me vautrer avec mon trépied par grand vent après avoir essayé de faire une voie lactée dans le Sud de la France… Bon après, ça m’a permis de voir comment un objectif était fait de l’intérieur !

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Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Alors si tu m’obliges à n’en choisir qu’un seule, je choisirai unE seulE : Sarah Pierson ! Elle a un regard artistique que j’adore, et d’ici quelque temps, je mets ma main au feu qu’elle va tous nous clouer le bec !

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Un dernier mot?

Carpe diem !

Merci Emilie

J’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail. Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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