A la rencontre de Sébastien Mathé

Aujourd’hui, partons à la rencontre de Sébastien Mathé, photographe spécialisé en spectacle vivant, architecture et pour les entreprises. Mais également auteur du livre « Les Secrets de la photographie de spectacle » aux Editions Eyrolles et codirigeant de Graine de Photographe. Sébastien a accepté de se prêter au jeu de mes questions et je vous propose donc d’en découvrir un peu plus sur ce photographe passionné. Vous pouvez également retrouver son travail sur :

Bonjour Sébastien,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Bonjour Grégory,

Je suis photographe indépendant depuis 2004, spécialisé en spectacle vivant, architecture et pour les entreprises (corporate). Après des études de cinéma et de photographie, j’ai eu en 2005 la chance de devenir photographe officiel de l’Opéra national de Paris, avec qui je collabore encore aujourd’hui et qui m’a progressivement permis d’étendre mon réseau dans le monde du spectacle vivant et de la culture au sens large. Début 2019, les éditions Eyrolles m’ont demandé d’écrire le volume « Les Secrets de la photographie de spectacle », une formidable opportunité de transmettre mon savoir-faire d’expert chez un éditeur réputé. L’ouvrage est sorti en novembre 2019 au salon de la photo.

En parallèle de mon activité de prise de vue, je codirige Graine de Photographe, un organisme de formation du grand public à la photographie présent partout en France, regroupant une quarantaine de photographes formateurs. Passionnant !

Tous droits réservés à Sébastien Mathé
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Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo?

Mon premier rêve professionnel était de devenir réalisateur de long-métrage de fiction, convaincu que l’art et l’émotion peuvent toucher même les plus insensibles des humains. Je me suis donc initialement formé au montage via un BTS audiovisuel à Toulouse, pour comprendre comment agencer entre eux des images et des sons, afin de faire naître ces émotions et les rendre accessibles aux spectateurs. En somme, je voulais comprendre le langage cinématographique. Puis j’ai évolué, et constaté que j’étais plus à l’aise avec l’image fixe d’un côté, et la musique de l’autre. Volontiers solitaire, je ne me sentais pas capable, à l’époque, de diriger des équipes importantes. Après ma maîtrise, j’ai donc obtenu un deuxième BTS, de photographe cette fois-ci. Au final, je suis venu à la photographie après une lente maturation intellectuelle dont ma série Viva Danza est d’ailleurs la quintessence, puisque son propos est : « Comment représenter le mouvement dans une image fixe ? »

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Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Aucun ! Plus j’avance en âge, moins je possède. L’allègement matériel participe d’une libération et d’un apaisement de l’esprit que j’apprécie particulièrement.

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Est-ce que ton travail est influencé par certains photographes?

Probablement, mais je suis la plupart du temps sous commande et dois donc d’abord comprendre les attentes de mes clients. Seul le travail d’auteur permet de s’exprimer complètement. Pour l’inspiration visuelle, citons néanmoins Harry Gruyaert, Michaël Kenna et Sebastiao Salgado. Ainsi qu’une multitude de photographes contemporains pas forcément connus, dont j’ai apprécié les images sur les réseaux sociaux mais dont je ne retiens hélas pas les noms, tellement ils sont nombreux…

Ceci dit, mon approche est plutôt musicale, avec une réflexion constante sur le rythme et le mouvement nourrie par des milliers d’heures d’écoute de styles divers et variés.

Tous droits réservés à Sébastien Mathé
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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

L’une de mes préférées remonte à 2009, lors des adieux du danseur Etoile Manuel Legris au Palais Garnier. Je devais documenter ce moment exceptionnel pour l’Opéra, l’émotion était forte et il fallait être précis et rapide. Le point de vue que j’occupais habituellement pour photographier les spectacles, à savoir la loge « baignoire » qui surplombe la fosse d’orchestre, ne permettait pas de rendre compte de la communion entre ce danseur exceptionnel et son public venu le remercier longuement. Alors j’ai dérogé à la règle habituelle, et me suis placé en fond de scène pour le photographier de dos, les bras levés devant la salle comble qui l’ovationnait. L’image a fait le tour du monde ! En presse et magazine notamment, mais aussi en édition puisqu’elle illustre, aujourd’hui, la page de conclusion de l’ouvrage publié chez Eyrolles.

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Pour mon travail d’auteur, toutes celles de ma série Viva Danza me touchent particulièrement, car elles sont le point de convergence entre une volonté précise et une part de hasard. La volonté de « traduire fidèlement le mouvement, essence de la danse et de sa beauté, dans une image fixe », et le hasard de la trace lumineuse laissée pendant la prise de vue par les mouvements des danseurs. Chaque image de la série peut s’apprécier de façon purement visuelle, ou plus conceptuelle (le mouvement peut-il être photographié ?), et j’aime cette double approche loin de l’art dit contemporain, où l’émotion disparait souvent au profit exclusif de l’intellectuel. L’art peut bien sûr faire réfléchir, mais il doit avant tout émouvoir ! Et je regrette la froideur des tendances artistiques de notre époque, plus occupée à penser qu’à ressentir.

Tous droits réservés à Sébastien Mathé
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Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Peut-être bientôt une nouvelle exposition de Viva Danza dans le sud de la France, mais la pandémie de Covid-19 a suspendu le planning pour l’instant. Je te tiendrai au courant 😉 Je réfléchis aussi à une autre série très différente, qui aura pour sujet l’infiniment petit. Suspense…

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Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

La photographie est un formidable passeport pour accéder à des lieux exceptionnels, parfois dans des conditions inhabituelles. Un très bon souvenir parmi d’autres, c’est un spectacle de Bill T. Jones au musée du Louvre. Toute l’aile sud du bâtiment était nécessaire, sur les deux étages. La commande était difficile, car j’ai dû travailler sans être vu du public, avec 3 artistes qui se déplaçaient, en étant parfois contraint à un point de vue unique m’obligeant à revenir le lendemain… mais le privilège de cette expérience, c’est d’avoir pu circuler seul dans les deux galeries après le spectacle, et d’admirer les tableaux et statues dans le silence et la solitude les plus complets. Impossible en temps normal, évidemment…

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Un des pires : une panne de batterie lors de portraits de dirigeants ! Mon boitier était resté allumé toute la nuit par inadvertance… Heureusement, la poignée-grip pouvait accueillir des piles standard AA, et j’ai ainsi pu travailler sans problème.

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Si vous aimez la photographie de voyages, je vous conseille vivement de découvrir les images de Michael Portillo (redécouvrez son interview sur Bonplanphoto), qui réside vers Bordeaux et accompagne quelques-uns des voyages photo que nous proposons avec Graine de Photographe. Il a une vraie maîtrise technique et un sens esthétique très développé qui donnent envie de partir sur le champ ! Il est par ailleurs très accessible et partage volontiers son expérience, ce qui le rend encore plus sympathique à mes yeux. A découvrir !

Je pense aussi à Julie Cherki, basée sur Lyon et passionnée de danse. Je trouve ses images très poétiques, pleines d’humour pour certaines et traduisant une approche mûrement réfléchie. Un bel exemple, de mon point de vue, d’une auteure capable de canaliser sa créativité pour faire émerger du sens, l’équilibre entre les deux n’étant pas si fréquent. Tu me diras ce que tu en penses…

J’aurais d’autres noms à citer mais tu as dit un seul…et je suis déjà à deux 😉

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Un dernier mot?

Etre photographe, pour moi c’est d’abord un état d’esprit : indépendant, esthète et curieux. Beaucoup rêvent d’exercer ce métier, mais prendre des images ne signifie pas en vivre. Alors si vous êtes tenté.e par l’aventure, mon humble conseil serait de prendre le temps de bien vous connaitre. Ainsi, vous irez prioritairement vers ce qui vous plait, et vous garderez la motivation qui ne manquera jamais de faiblir dans les périodes difficiles. Bonne route !

Merci Sébastien

J’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail. Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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