A la rencontre de Philippe Blayo

Aujourd’hui, partons à la rencontre de Philippe Blayo, photographe autodidacte, attiré par la « philosophie » de la street photography. Philippe a accepté de se dévoiler un peu plus. Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

A la rencontre de Philippe Blayo
Bonjour Philippe,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie ?

Je suis un photographe autodidacte. Ma formation photo se résume à de la pratique, de la lecture et des échanges. J’ai voulu faire de la photo mon métier, mais finalement la raison l’a emporté et la photo est restée au rang de passion. Ce qui est un vrai luxe que je mesure au quotidien. Ma seule pression, c’est mon envie de progresser et les projets que je me fixe, seul ou en équipe.

Mon travail n’a rien à voir, je suis responsable formation. Un métier de partage où la créativité et l’enthousiasme est également de mise.

Tous droits réservés à Philippe Blayo
Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?

Une histoire familiale certainement liée à la découverte d’une malle de tirages réalisés par mon père dans les années 60. Mon premier salaire à 18 ans est passé intégralement dans un antique Nikon F401. Par économie, je développais et tirais mes images moi-même et c’est devenu ensuite une question de liberté. Un vrai choix qui me permettait d’exprimer ma créativité de bout en bout de la chaîne photographique.

Je passais tous mes weekends à Paris pour photographier les gens au hasard de la rue. Puis, comme je voulais être reporter, j’ai enchaîné toutes les manifestations possibles, ça a été une école formidable et un vrai accélérateur. On apprend à aller au contact, à ne pas avoir peur des réactions, on développe son sens de l’anticipation, du cadrage, de la composition, le récit dans l’image. En manifestation, on est obligé d’apprendre plus vite, sinon, on passe à côté de l’essentiel.

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Quelles sont tes spécialités photographiques ?

Globalement, je suis proche de la street photography, plutôt en tant que « philosophie » que lieu d’expression. Il n’y a pas que la rue dans la vie d’un photographe de rue. Cette « spécialité », c’est un peu ce que le jazz est à la musique classique : une partition minimaliste au service de la créativité et à l’improvisation.

J’ai commencé avec des images très humanistes et je mets plus de distance depuis plusieurs années pour replacer l’homme dans son environnement. Alors forcément, je m’intéresse à d’autres domaines : le paysage, la nature morte, la sociologie, l’abstrait.

Je travaille en série depuis 2015 mais je reste très attaché à la photo de rue « unique ». Ça me défoule et ça compense l’approche plus cérébrale et réfléchie de la série.

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Sors-tu toujours accompagné de ton appareil photo ?

Pour moi cela fait partie de l’image d’Épinal du photographe. Je trouve que cela en dit plus sur le photographe que sur sa photographie. Toujours avoir un appareil sur soi. Toujours respecter les tiers. Et toujours penser que la street photography doit être faite dans la rue… Tous ces dogmes m’étouffent. Il y a autant de pratiques que de photographes.

Autant je le conçois pour quelqu’un qui fait un travail de documentation, autant cela ne me paraît pas nécessaire pour un travail de création. J’apprends autant d’une image que je vois que d’une image que je prends. L’important dans un travail de création, c’est d’avoir vu l’image, même si ce plaisir reste solitaire et n’est pas partagé. Je ne suis pas dans la démonstration d’une performance. La création, ce n’est pas uniquement « déclencher et publier ».

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Imagine que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?

Mon télémétrique avec son 35, un iPad et 2 ou 3 livres photo. Pas de smarphone car je n’ai aucun plaisir à prendre une photo avec.

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Où puises-tu ton inspiration (artistes, tes « maîtres à photographier », d’autres formes-expressions artistiques… )?

Les classiques du genre : Winogrand, Metzker, Depardon, Egglestone, Gruyaert et Shore pour ce qu’ils ont apporté aux standards du genre. Je suis un collectionneur de livres photo et j’aime me replonger dans leur univers. C’est très stimulant.

Pour les plus récent, je mettrais en avant Jean-Christophe Béchet avec qui j’ai eu une vraie révélation sur la démarche d’auteur, le travail sur les séries et l’editing dont je suis passionné. Ces livres et sa liberté créative m’inspirent beaucoup.

J’aime aussi les collectifs anglo saxons (In Public, Burn My Eye…) parce que leurs membres cassent les règles en la matière. Leur travail dépasse de très loin les murs que d’autres s’acharnent à vouloir construire autour de la photo de rue. C’est de la street photo libérée de l’image du Commandeur 😉

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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Tous les ans je me plie à l’exercice pour sortir ma photo de l’année sur mon site et c’est un dilemme (Project 1/1). Je vais choisir une image symbolique pour moi et que je ne montre plus depuis des années.

J’ai arrêté la photo de manifestation après cette image prise le 1er mai 2012 et j’ai mis 8 mois à sortir une autre photo valable après celle-ci. On sent que je cherche autre chose, une approche différente dans le message que je veux délivrer.

Pour la petite histoire, arrivé à Bastille en fin d’une manif sans enthousiasme, je me tourne et je vois cette conjonction contre-jour, fumigène, ballon, soleil et foule. Je shoote en sachant que ma carte SD est quasiment finie et que je n’aurais pas le temps d’en changer pour sécuriser l’image. Un mélange d’adrénaline et de pression. Puis le bonheur d’avoir une image forte. La seule de la journée.

Il y a des jours avec et des jours sans…

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Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Honnêtement ? Je ne sais pas. Je voudrais que ça soit une image qui m’apprenne quelque chose d’autre sur mon sujet et sur moi-même. J’aimerai travailler le portrait pour enrichir mes séries, me rapprocher du sujet après m’en être un peu détaché. J’aimerai de l’intime et pour autant, ce qui me touche dans une image, c’est la part d’universel qu’elle est capable de faire résonner. Bref, j’ai envie de me laisser surprendre…

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Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser ?

Mon territoire – et j’ai mis du temps à me faire à l’idée – c’est la banlieue. J’aimerai la documenter, lui redonner des couleurs, l’humaniser. La sortir des clichés qui poussent à l’amalgame. J’aimerai travailler avec un collectif de photographes dont les approches seraient très variées sur le sujet. Et si en plus il pouvait être supporté par la région IDF, ce serait un rêve.

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire ?

Je vais commencer par la pire : faire de la street photo à Marrakech. Un échec total. Impossible de passer inaperçu. A peine dans la rue, tout le monde m’avait repéré et venait vers moi. Compliqué pour de la photo candide. Obligé de faire du furtif, de shooter à la sauvette, déployer des techniques de fourbe pour avoir la moindre image. Aucun plaisir. Ça ne me ressemblait pas et j’ai arrêté tout simplement.

La meilleure, c’est la satisfaction d’avoir mené à bien un projet de livre photo avec 3 amis photographes (Luis Cavaco, Anthony Lebourlier et Cédric Roux). Nous avons passé l’année 2018 à sillonner le Portugal pour produire un ouvrage de 116 pages commandité par notre sponsor avec qui nous avons organisé au moins deux expositions à ce jour, à Paris et à Porto. Un travail collectif qui nous a permis de sortir de notre zone de confort et de découvrir un pays et des gens incroyables.

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Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Là encore le dilemme… J’ai deux photographes en tête, Je pars pour celui que je connais le moins. Je ne l’ai jamais rencontré mais je me sens proche de son travail : Sylvain Biard, du collectif Fragment. Il n’est pas méconnu et son talent est reconnu par ses pairs et par les nombreux événements auxquels il participe. J’aime la qualité narrative de ses séries et la force de ses images. Il publie peu, mais ces images sont toujours là où elles doivent être. Un modèle de justesse pour moi.

Un dernier mot ?

Tout simplement « Merci » de laisser la parole aux photographes et de faire découvrir des personnalités plutôt que des conseils techniques, même s’ils sont nécessaires à un moment ou à un autre, ce qui compte d’abord c’est l’intention photographique.

Merci Philippe

J’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail. Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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