A la rencontre de Michael Fok Bor

Cette semaine je vous propose de partir à la découverte de Michael Fok Bor, photographe de rêverie. Michael Fok Bor a accepté de répondre à mes questions et je le remercie de nous faire partager sa passion. Avant cela, si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:[checklist]

A la rencontre de Michael Fok Bor

Bonjour Michael,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?
Salut Gregory ! Alors je m’appelle Michaël, j’ai 32 ans et j’habite dans le Vaucluse depuis 3 ans. Une région qui me plait beaucoup et que je continue de découvrir avec un très grand plaisir. Le monde merveilleux de la photo est encore assez nouveau pour moi c’est pour ça que je profite de mon appareil pour prendre l’air et faire des découvertes !

Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo?

J’ai toujours aimé prendre des photos avec des compacts argentique puis numérique mais le passage au reflex a été une révélation. Il y a 3 ans, je travaillais encore dans les cuisines d’un restaurant mais ça ne me laissait pratiquement aucun temps pour moi. Pour souffler un peu, j’ai décidé pendant une période de congés de partir au Cambodge pendant 2 semaines. Une rencontre quelque temps avant avec une personne passionnée de photographie qui m’a expliqué les règles des tiers, laisser respirer les regards pour les portraits etc et voilà que je m’achetais mon boitier, un Sony Alpha 65 avec un 16/50 puis plus tard un 70/300.  Ca y est, je découvrais un nouveau monde qui commençait à m’attirer depuis un petit moment.

Ce voyage au Cambodge m’a permis de faire mes premiers pas et de ramener quelques belles images en plus de tout ce qu’un voyage peut apporter comme merveilles, expériences et belles rencontres.Depuis ce voyage tout a changé, j’ai attrapé le virus de la photo et je ne peux plus m’en passer ! Quelque chose en moi s’est libéré et je ne peux plus me passer de cette sensation, celle qu’on ressent quand on a un sujet, des idées qui se bousculent dans la tête, l’oeil dans le viseur et l’index prêt à déclencher !!
Mais surtout, ramener une belle photo, la traiter et bloquer devant, l’esprit complètement libre.
Dans le brasier de l'automne
Tous droits réservés à Michael Fok Bor

Quel est le thème photographique que tu affectionnes particulièrement ?

La rêverie !!! Peu importe le fond et la forme, que ce soit en paysage, macro, délires ou autre. Mais j’avoue que ces derniers temps j’ai quand même un gros coup de coeur pour la macro. Elle a cette facilité déconcertante à me faire voyager dans un « nouveau monde ». Alors je prends plaisir à découvrir ce dernier de la même manière que si je partais en voyage dans un endroit que je ne connais pas.
Rêverie sur l'Ouvèze
Tous droits réservés à Michael Fok Bor

La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?

Rien de vraiment spécial ! Je prends des photos parce que j’aime ça, ça va pas plus loin ! Bien sur, j’ajoute mon regard et mes propres rêveries à travers mes images mais je ne souhaite pas faire comprendre quelque chose de particulier.
Par contre je sais que de mon côté la photographie est un réel moyen d’évasion. En ce qui concerne mes images, je propose juste à travers elles un instant d’évasion à celles et ceux qui veulent prendre le temps de s’y plonger. Elles sont une porte que j’invite à franchir pour découvrir mon univers. Celui qui me fait voyager, qui bouscule mon esprit et que je souhaite partager. Je ne force personne à franchir cette porte mais celui qui le souhaite est la bienvenue !! Si ensuite le visiteur est emporté dans ses propres rêveries alors là c’est vraiment magique !!
S’il fallait faire comprendre quelque chose, je dirai que ce que j’illustre la plupart du temps, c’est notre environnement, c’est la nature. Et cette Nature elle, est bien réelle. Elle est là, tout autour de nous, elle nous enveloppe et elle est extraordinaire !!
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Tous droits réservés à Michael Fok Bor

Imagines que tu dois partir 2 jours sur une île déserte, quel matériel photographique qui t’est vital amènerais tu ?

S’il n’y a rien de dangereux sur l’île et qu’elle est sous les tropiques alors je prendrais juste mon vieux compact avec batteries et cartes mémoire. Pendant 2 jours je profiterais des lieux sans trop penser photo, j’irais me baigner, faire un peu de plongée, j’irais goûter les fruits, ferais une cabane. Après j’irais visiter, voir s’il y a des animaux et des insectes, des cascades, etc le soir je ferais un feu énorme en regardant le coucher de soleil puis le ciel étoilé. Je me dis que deux jours c’est court donc autant en profiter pour faire du repérage et se détendre !!!

Et puis une fois les deux jours passés, je rentrerais préparer mon sac avec tout mon matériel et je retournerais sur l’île pour faire toutes les photos que j’aurais aimé faire mais que je n’ai pas pu car comme un âne j’ai préféré partir avec un compact !!!
Selon toi quelles sont les qualités principales que doit avoir un photographe?
Je dirai qu’il doit aimer ce qu’il fait et le faire avec passion, croire en lui et rester motivé quoiqu’il arrive.
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Tous droits réservés à Michael Fok Bor

Où trouves-tu ton inspiration?

Je dirai qu’elle vient de la nature et des trésors qu’elle nous offre, des expériences, des cadrages ratés mais aussi de la musique. La musique est indissociable à ma vie.

Parmi tes photos, peux tu nous présenter ta photographie Coup de ‘cœur du moment’ et  nous raconter son histoire?

C’est une de mes premières photos et que je trouve très forte. J’ai beaucoup de photos que j’aime bien mais celle-ci peut être un peu plus que les autres. Elle me parle. Pour situer le contexte je venais d’arriver au Cambodge et je décide de me plonger un peu dans l’Histoire. Emotionnellement, je me souviens que c’était pas évident, le cauchemar khmers rouges m’a profondément choqué au fur et à mesure que j’en apprenais de plus en plus, que j’étais confronté à ses détails et ses cicatrices encore béantes. Bien sur j’avais déjà entendu parler de ce génocide mais finalement je n’en connaissais pas plus.

 Au moment de la photo, je suis dans un  » killing fields  » à Choeung Ek. Il est extrêmement difficile d’expliquer ce qu’on ressent quand on est là-bas. Beaucoup de questions se bousculent, sur le passé, sur l’Histoire et l’humanité en général etc c’est très compliqué, bouleversant et perturbant. Je suis donc là et j’aperçois de loin un homme de l’autre côté d’une clôture bouclant une partie du site. Il tend la main mais personne ne le voit, c’est comme s’il n’existait pas. Tout le monde passe devant lui mais rien ne se passe si ce n’est une main qui reste tendue. Peu à peu je finis par m’approcher de lui et je pose mes affaires, on boit un peu d’eau ensemble en essayant de communiquer. C’est pas facile car on bricole chacun de notre côté pour se faire comprendre, c’est très rudimentaire, on fait des gestes, des signes, on prononce des mots et ca nous fait bien marrer tous les deux. Il s’appelle Lul ( mais je ne sais pas comment il faut l’écrire, ni si c’est un nom, un prénom, un surnom ou autre ) il est unijambiste. A un moment, il me dit  » khmers rouges « , mime une mitraillette et fait des bruits de détonations avec sa bouche puis me montre sa jambe qu’il n’a plus. Je ne sais pas comment il l’a perdu, si c’est à cause d’une mine, si c’est au cours d’une fusillade ou autre, je ne sais pas.
Ce qui me touche dans cette photo c’est des souvenirs qui reviennent bien sur mais c’est aussi ce qu’elle représente. Au Cambodge, nombreux sont les mutilés de guerre et les victimes des mines et comme si ce n’était pas encore assez, ils doivent se heurter à la frontière de l’intégration. Malheureusement, ils ne sont pas du bon côté de la barrière et souvent, ils n’ont d’autre moyen pour subsister que la mendicité. D’une manière générale, elle exprime pour moi la différence qui trop souvent est mal perçue et qu’on ne souhaite pas voir, elle représente toutes ces barrières qui se dressent dès lors qu’on ne ressemble pas aux autres, ni par ce que l’on est, ni par ce que l’on fait. Cette main tendue que j’ai vu au loin  est symbolique, je me dit aussi avec une innocente naïveté que l’humanité pourrait et aurait pu être plus belle, que si seulement on avait pu éviter de se prendre la tête en écrivant des périodes noires de l’Histoire et se serrer les mains plutôt que de les transformer en poings…
La photo a été faite instinctivement, sur le vif juste avant qu’on se sépare. Une seule prise en mode automatique car je n’y connaissais encore rien aux réglages !!! Ce n’est que plus tard devant mon écran que j’ai vraiment eu ce coup de coeur quand j’ai vu le regard, les barbelés etc j’ai pris conscience que cette photo exprimait à mes yeux beaucoup de choses. Et puis il y a cette bouche cachée ;  après une main tendue que personne ne voit il y a les mots que personne n’entend… ca me rappelle aussi malheureusement une traduction du règlement du principal camp de détention et de torture dans la capitale expliquant que pendant la torture il était interdit de crier trop fort …
photo coup de coeur
Tous droits réservés à Michael Fok Bor

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Je suis auteur depuis un an, j’explore les facettes de cette activité en menant différents projets. Cela me permet aussi de faire vivre mes images au cours d’expositions à travers les regards et l’imaginaire des visiteurs.
J’ai terminé il y a peu une série mettant en scène des petits personnages et j’ai capturé quelques instants de leur vie. J’aime me dire qu’ils sont bien réels, bien vivants et que j’ai eu la même approche photographique que quand je prends des insectes en macro ! Quand je shoote un insecte dans mon esprit je vois un personnage directement venu d’un monde imaginaire ou d’un conte pour enfant et ce personnage a plein de chose à nous raconter.
Du coup j’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser cette série et à rêver devant les images. Je souhaite donner la vie maintenant à ces dernières, au cours d’expositions mais aussi dans la réalisation d’un livre.
Je me suis dit qu’il fallait que j’aille encore plus loin c’est pourquoi j’ai profité de l’inspiration pour écrire une histoire. Je me suis régalé et je suis très content de voir que celle-ci baigne dans la même atmosphère que la fantaisie que je donne à mes images !
Il s’agit là d’un livre pour enfant mais je l’ai aussi écrit pour les adultes comme je le disais un peu avant, mon univers est ouvert à tout le monde !!
Tout est pratiquement terminé et je devrais pouvoir annoncer une date de sortie dans très peu de temps. Pilloune qui est mon personnage principal arrive donc très bientôt et est fin prête à nous révéler des trésors et une histoire dont elle seule a les secrets !!

Le trésor de Pilloune
Tous droits réservés à Michael Fok Bor

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

J’aime bien ta question et j’y vois déjà plein de projets !!! Mais si je ne devais en garder qu’un seul, je ferais tout pour partir dans l’espace et prendre des photos de la terre. Après j’irais me poser sur la lune et je construirais une cabane. J’irais voir s’il n’y a pas quand même quelques insectes qui traînent et puis comme j’aurais pas pu faire de feu énorme et que c’est bien beau mais qu’il commence à faire froid je rentrerais sur la Terre et j’irais faire les photos que j’avais pas pu faire sur l’île déserte !!
Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à Bon Plan Photo et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?Je vous invite à découvrir le travail d’Evelyne ROUSSEAU. Elle possède un regard très particulier sur la photographie, une touche très personnelle qui souvent amène à des images pleine de douceur et d’invitation au voyage.
L'envol de Stella
Tous droits réservés à Michael Fok Bor

Pour terminer, un petit J’aime / J’aime pas.J’aime les projets photos avec crédit illimité, j’aime la nature et sa diversité, j’aime quand j’ai l’impression qu’une photo s’est faite toute seule et qu’elle est plus venue à moi plutôt que l’inverse, j’aime la musique et j’aime rêver.Je n’aime pas qu’on m’empêche de rêver, je n’aime pas l’intolérance, je n’aime pas la paperasserie,  je n’aime pas me réveiller avec la sensation de ne pas avoir dormi, je n’aime pas rentrer d’une sortie photo sans ramener d’images !!

Merci 

Encore une fois un grand merci à Michael pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son  travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Une pensée sur “A la rencontre de Michael Fok Bor


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    10/06/2015 à 15 h 21 min
    Permalink

    Bien jolie interview et rencontre photographique.
    On a hâte de découvrir les aventures de Piloune;)

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