A la rencontre de Marc Pihet

Aujourd’hui, partons à la rencontre de Marc Pihet, médecin biologiste, mais surtout pationné de macrophotographie, de photo animalière et de paysage . Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

A la rencontre de Marc Pihet

Bonjour Marc,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Bonjour, je m’appelle Marc Pihet, je suis né il y a 43 ans dans le Nord. Pour des raisons professionnelles, je suis venu m’installer fin 2003 en Anjou. Où j’exerce le métier de médecin biologiste, spécialisé en parasitologie et mycologie médicales. Passionné de « sciences naturelles ». Je consacre l’essentiel de mon temps libre à la photo de nature : macrophotographie, photo animalière et paysage. Observer sans déranger (ou le moins possible), et tenter de saisir une lumière. Capter une émotion, ou tout simplement révéler le monde minuscule qui existe juste à nos pieds en le ramenant à échelle humaine : entre art et sciences, voilà de difficiles mais exaltants défis à relever…


Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?

J’avais beaucoup aimé jouer avec les réglages du reflex offert pour mes 17 ans, à l’occasion d’un voyage au Burkina-Faso (un Minolta X-300s accompagné des zooms 28-80 et 80-200, sans autofocus). Mais ce n’est qu’en 2006, avec la démocratisation du numérique, que je me suis mis sérieusement à la photo. La naissance de mon second fils, ainsi que l’envie de m’essayer à la macro, m’ont poussé à franchir le pas. L’achat d’un Canon 350D, premier boîtier « abordable » pour l’époque, fut pour moi une véritable révélation… L’objectif macro a alors avantageusement remplacé les épingles de la collection de papillons et autres insectes de mon enfance !

En autodidacte, j’ai lu avec assiduité de nombreux articles de magazines (Chasseur d’images, Nat’images, Compétences photo, Réponses photo…). Et ai pas mal fréquenté les forums spécialisés comme Benelux. J’y ai beaucoup appris, tant sur le plan de la technique qu’en termes de cadrage et de composition. J’ai également fait partie quelque temps d’un club photo. Plusieurs stages, ainsi que des rencontres avec des photographes naturalistes, ont ensuite renforcé cette passion grandissante pour l’image de nature.

J’ai commencé alors à fréquenter davantage les expositions ; le festival « Festimages » de Laval en 2009 m’a « mis le pied à l’étrier » en me faisant découvrir les tirages grand format sur papier « fine-art ». L’envie de partager mes photos m’a peu à peu amené à participer à quelques concours. Puis à collaborer avec des agences photographiques comme Naturimages ou Biosphoto. J’ai pu me confronter au public pour la première fois en 2013, en exposant des portraits d’oiseaux au festival « Images et Faune sauvage » de Juigné-sur-Loire, un village près de chez moi.

La photographie, au départ simple loisir, est donc assez vite devenue une passion chronophage! Les soirées et les week-ends sont maintenant réservés aux sorties dans la nature, à l’editing des images ou à la lecture de la presse spécialisée ou de livres photo (les étagères de mes bibliothèques commencent d’ailleurs à déborder !). Une passion vécue en solitaire le plus souvent, lors des sorties sur le terrain ou devant l’écran de l’ordinateur. Mais je suis très heureux de pouvoir tout de même partager cette passion, en famille ou avec d’autres photographes, à l’occasion de voyages ou de festivals.

Verdier d’Europe [Carduelis chloris] sur une branche de noisetier, sous la neige.
Quelles sont tes spécialités photographiques ?

Auteur-photographe depuis 2012, j’aime explorer de nombreux domaines de la photographie de nature. De l’hyper-macrophotographie au reportage en passant par le studio ou le paysage. Ces allers-retours entre connaissances naturalistes et techniques photographiques sont très enrichissants. J’aime voyager, mais la plupart de mes images ne sont réalisées qu’à quelques kilomètres de chez moi. J’ai ainsi rejoint en 2014 le collectif photographique Meet Your Neighbours , dont l’objectif est de mettre en valeur la biodiversité locale à travers des images minimalistes sur fond blanc, à l’aide d’un « studio de terrain ».

Parfois, je délaisse pour un temps insectes, oiseaux et fleurs pour réaliser d’autres types de clichés, lors d’événements locaux (championnats de montgolfière, spectacles, fête de la musique,…), où l’Homo sapiens est au premier plan…

Araignée sauteuse [Saitis barbipes], photographiée en intérieur, Salticides résidant dans la maison, support floral
Dans tout ton matériel photo, as-tu un objet porte-bonheur, ou un objet qui t’est précieux ?

Je n’ai pas vraiment d’objet porte-bonheur, mais en dehors du matériel photo, je ne sors jamais sans un couteau multifonctions (Leatherman ou couteau suisse) attaché à la ceinture ou dans le sac à dos. Il y a toujours une vis à serrer ou desserrer… surtout quand j’emmène du matériel « studio » (trépieds, flashes, déclencheurs, boîtes à lumière,…) !


Imagine que tu doives partir 8 jours sur une île déserte, quel matériel photographique, qui t’est vital, amènerais-tu ?

Gros dilemme !!! Etant un peu touche-à-tout, j’avoue que j’arrive rarement à rationaliser mon équipement. J’ai donc beaucoup de mal à « sortir léger ». Et m’encombre souvent de matériel inutile, « au cas où… ». On a quelquefois tendance à compenser l’absence d’inspiration par une inflation de matériel… (une phrase à méditer !).

Pour essayer de répondre à la question, je mettrais dans mon sac (Tilopa f-Stop) le 5D mark III, ainsi que deux ou trois objectifs… Le 100 f/2.8 macro, le 300 f/4 et le 17-40 f/4… Sans oublier le MP-E 65 et une focale fixe lumineuse, le trépied, des filtres… Bref, je n’arrive pas à choisir et tout ça ne rentre pas dans le sac !

Grenouille verte (Pelophylax sp.) dans l’eau sur fond blanc, Edible frog in water on white background, Maine-et-Loire, France

 

Où puises-tu ton inspiration?

En premier, bien sûr, me viennent à l’esprit de grands noms de la photo animalière. Comme Nick Brandt et son travail en noir et blanc sur la faune africaine. Ou Vincent Munier et ses images épurées, pour n’en citer que deux parmi les plus célèbres… Je suis fan aussi des images de photographes moins connus mais très talentueux, comme Bastien Riu, Jonathan Lhoir, Nicolas Orillard-Demaire, Michel d’Oultremont,… Dans un autre registre, j’apprécie aussi beaucoup le travail de photojournalistes comme Steve Simon. Ou encore de photographes de mariage comme Emmanuel Bergère ou Michel Yuryev. J’en ai certainement oublié plein, impossible de tous les citer !

Reynisdrangar
Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Là aussi, c’est un choix difficile ! Certaines photos ont une valeur sentimentale, d’autres ont remporté un prix, ou bien sont associées à des anecdotes… Mais la série qui me tient le plus à cœur est certainement celle sur de minuscules araignées sauteuses (communément appelées « saltiques »). Réalisée en 2013. Les supports « naturels » (papier-peint, rideaux, meubles…) sur lesquels je croisais ces araignées dans la maison n’étaient pas très esthétiques. J’avais donc pris le parti de les photographier sur des fleurs du jardin : iris, roses, pavots, cistes,… Dans leur milieu naturel, il est assez rare de rencontrer les saltiques sur des fleurs. Mais au-delà de l’aspect naturaliste, j’avais cherché ici à mettre en valeur ces petits « monstres poilus » méconnus du grand public.

Pari gagné, puisque dans les expositions où je les ai présentées, bon nombre de personnes m’ont avoué être (un peu) réconciliées avec les araignées! Mais il faut avouer que ces espèces sont plutôt mignonnes, avec leur bouille de nounours… Ces « squatteuses » m’ont ouvert les portes de Montier-en-Der en 2015. Je leur en suis très reconnaissant !

Araignée sauteuse [Pseudeuophrys erratica], photographiée en intérieur, Salticides résidant dans la maison, support floral
Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Je continue à réaliser des images d’insectes sur fond blanc en mini-studio dans le cadre du projet Meet Your Neighbours. J’exposerai d’ailleurs cette série en septembre prochain en Belgique, à Namur (expos photos AVES). Il y a certains insectes, comme la Rosalie des Alpes, présente en Anjou, que j’aimerais beaucoup croiser.

Mais j’ai également envie de continuer à m’aventurer dans d’autres domaines. Suite à de récents voyages en Irlande, Ecosse, Islande et Canada, j’ai pris beaucoup de plaisir à faire du paysage… les pays nordiques, notamment la Norvège, m’attirent de plus en plus.

Seven spot ladybird (Coccinella septempunctata), Maine-et-Loire, France, september, meetyourneighbours.net project
Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

Justement, en parlant de Norvège… Je ferais le plein de mon van aménagé et partirais illico en roadtrip à travers l’Europe, et pourquoi pas à la découverte d’autres continents ! Voyager… cela reste encore un rêve, pour l’instant…

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire ?

Je vais commencer par l’un des pires souvenirs… je suivais depuis quelques semaines le début de la floraison des orchidées, dans une prairie près de chez moi (un véritable champs d’orchidées à la bonne période !). Et un week-end, lorsque je suis arrivé au petit matin sous une magnifique lumière, j’ai pu constater que la prairie venait d’être entièrement fauchée, alors que nous étions seulement début mai : j’hésitais entre la colère et l’envie de pleurer…

Le souvenir le plus intense pour moi remonte à l’hiver 2016, lors d’un voyage en Islande. Entre glaciers, aurores boréales et plages de sable noir, on ne revient pas indifférent d’un tel voyage ! Jamais je ne me suis senti aussi vivant que dans ces espaces sauvages…

Chant de gorgebleue [Luscinia svecica] mâle, parade nuptiale dans la roselière, Marais de Suscinio.
Si tu devais faire découvrir un photographe peut-être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu ?

J’aimerais faire la promotion du travail de Florence Dabenoc. Une des rares femmes photographes animaliers dans ce métier très (trop) masculin… Ce n’est pas une débutante, puisque ses photos de faune africaine ont déjà été exposées dans de grands festivals. Et plusieurs de ses images ont été primées dans des concours prestigieux. Mais elle mérite d’être connue davantage ! C’est aussi une amie bienveillante qui m’a donné de précieux conseils, notamment sur la scénographie de mes expos, alors si je peux à ma manière lui « renvoyer l’ascenseur »… J’en encourage donc les lecteurs de BonPlanPhoto à consulter son site ou sa page facebook. Pour admirer ses magnifiques noir et blanc, des images qui sortent des sentiers battus !

Un dernier mot?

D’abord, merci beaucoup pour votre invitation !

Je terminerai en citant cette phrase d’Henri Cartier-Bresson : « Vos 10 000 premières photos seront les pires ». En photographie comme dans de nombreux autres domaines, sauf à posséder un talent inné. Je pense que le travail et la patience finissent toujours par être récompensés… même si un zeste de chance fera parfois la différence entre une bonne et une très bonne photo !

Merci Marc

Encore une fois un grand merci à Marc pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

2 pensées sur “A la rencontre de Marc Pihet

  • 09/06/2018 à 12 h 18 min
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    Bonjour Grégory, bonjour Marc,
    Quelle rencontre super intéressante ! Les images sont remplies de magie et la démarche fort intéressante. Je ne suis pas fan des araignées, mais j’avoue que les sujets de Marc sont tout à fait adorables. Bonne continuité dans tes projets.

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