A la rencontre de Laurent Nédélec

Pour cette rentrée, je vous invite à la découverte de Guillaume François, photographe animalier .  Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

 

A la rencontre de Laurent Nédélec
Bonjour Laurent,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?  

J’ai 52 ans, et vis dans les Pyrénées, que je photographie depuis plus de 20 ans. J’ai grandi en Bretagne, à Saint-Malo, mais très vite j’ai été attiré par les Pyrénées. Pas spécialement pour leurs sommets majestueux, mais parce qu’elles hébergeaient les derniers ours de France. C’était dans les années 1990, et je trouvais incroyable, vu de ma campagne maraîchère et mon rivage touristique, que des ours survivent à l’état sauvage dans mon pays. J’ai voulu voir ça. Je me suis donc installé là bas, et j’y vis depuis 30 ans. J’ai pu satisfaire ma curiosité en travaillant de nombreuses années au suivi de l’espèce en Béarn.

Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo?

J’ai commencé vers l’âge de 15 ans en empruntant l’appareil photo de mon père (un Icarex35 et son téléobjectif de…135 mm Soligor!). Je partais à vélo, sac au dos, observer les oiseaux dans les environs de St Malo. Depuis le matériel a un peu évolué, et mon terrain de jeu aussi !

Quelles sont tes spécialités photographiques ? 

Je ne photographie que la nature, principalement la faune sauvage (mammifères, oiseaux), mais pas uniquement, et surtout autour de chez moi, dans les Pyrénées.

Dans tous les lieux où tes missions photographiques t’ont entraîné, y a t’il un endroit que tu affectionnes particulièrement?

J’ai pas mal voyagé, à une époque, dans des « pays à ours » (Alaska, Montagnes Rocheuses, Croatie, Slovénie, Roumanie…). Ca m’a plu, ça m’a appris beaucoup de choses sur l’éventail des possibles, mais je m’attache surtout à photographier « mon » territoire.

En fait, j’aime beaucoup photographier autour de chez moi, même si c’est bien plus difficile qu’ailleurs. J’aime l’idée de documenter le territoire où on vit, de faire partie d’un lieu et de photographier des animaux qui sont mes voisins, qui ne sont pas « anonymes » pour moi. Je n’aime pas trop la photo « consommation » qui emmène le photographe de spot en spot, pour « faire » telle ou telle espèce. Je vois la photographie comme l’aboutissement d’un processus presque culturel : d’abord on rêve d’une image, d’une espèce. Puis on se documente, on prospecte le terrain à la recherche d’indices, d’observations fugaces, on passe du temps jumelles en bandoulière, on échafaude des stratagèmes…

Bref, c’est une quête, qui aboutira ou pas, mais dans tous les cas qui vous enrichira. Vous aurez appris quelque chose, au bout du compte. Et pas forcément que sur le sujet qui vous aura motivé, d’ailleurs. C’est ce que j’aime dans la photographie de nature.

Ma démarche n’est donc pas du tout productive, je me retrouve confronté tous les jours à ce que l’homme fait subir à la nature ordinaire. Notamment une pression de chasse honteuse, mais au moins j’ai l’impression de connaître les réalités de terrain de mon pays.

Il m’arrive encore de voyager (Alaska, Abruzzes…) et c’est vrai qu’à chaque fois j’ai du mal à m’en remettre tant la photo me paraît plus facile là bas qu’ici !  Je rentre juste d’Alaska où, par exemple, j’ai suivi longtemps un renard en maraude en marchant à ses côtés, à 30 mètres de distance. Dans les Abruzzes, j’ai vu des cerfs de 16 cors ruminer dans les jardins, à l’ombre des maisons. Le retour à la réalité française est alors très dur, notamment dans le piémont pyrénéen où je vis, où l’on entend des coups de feu toute l’année et où apercevoir un renard relève presque de l’exploit. Sans compter toutes les polémiques pour 1 ou 2 ours sur le département… C’est comme ça ici, et peut-être est-ce une des missions d’un photographe de nature, de tenter de faire évoluer notre rapport au monde sauvage.

Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

Non, pour moi le matériel est un outil, mais je ne pourrais pas me passer de jumelles, ça c’est sûr. Je me sens tout nu quand il m’arrive de les oublier !

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Pas facile, je n’ai pas de photo préférée. Je peux vous parler de celle ci, qui représente le chat sauvage qui vit près de chez moi. Un véritable fantôme que je ne vois que 5 ou 6 fois dans l’année. Je sais que dans l’est de la France l’espèce est assez facile à voir, mais dans ma vallée ce n’est pas la même chose. Et pourtant ce n’est pas un animal particulièrement farouche, il est moins craintif que le renard, par exemple. Je pense qu’il est en moindre densité et surtout plus forestier que ses cousins de l’est.

Après une chute de neige par exemple, je vais « faire le pied », chercher les passages des animaux. J’ai ainsi quelques endroits que je sais fréquentés par le chat, quand il est dans le secteur. Je ne me focalise pas sur les prairies, pour ne pas reproduire, en moins bien, des images bien plus faciles à faire ailleurs. Et puis c’est le chat forestier, pas le chat«des prairies» ! Bref, j’affûte souvent à certains endroits boisés en espérant un passage de la bête.  C’est presque tout le temps bredouille, parfois un chevreuil vient agrémenter mon attente.

Ce matin là, je ne commençais mon boulot qu ‘à 09 h, je vais donc «perdre» une paire d’heures à l’affût au préalable. Installé à 06h devant une coulée qui traverse une piste forestière. Je m’apprête à prendre mon mal en patience, comme à chaque fois. Le réveil des oiseaux à l’aube suffit en général à mon bonheur. Mais là, je suis à peine en poste depuis 10 mn  que le chat se matérialise devant moi, et vient inspecter l’incongruité que je présente pour lui :  une masse camouflée avec une lentille en verre qui dépasse. Il s’approche jusqu’à 6 mètres, intrigué mais pas effrayé. Puis se toilette, et repart tranquillement…

Manie de photographe numérique, je visionne en suivant les images au dos du boitier quand je réalise qu’il est revenu pour une 2 ème séance ! Ce matin là, il m’a ainsi offert 10mn de proximité…avant des mois d’absence !

Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

Une belle image d’autour des palombes, en sous bois. Par exemple. J’ai trouvé un couple d’autours à côté de chez moi, mais j’ai eu beaucoup de mal à faire une seule série d’images, qui ne me satisfait pas. Genre 60 h d’affût pour une seule occasion photographiable. Ça m’a laissé sur ma faim !

J’aime beaucoup les espèces forestières, plutôt mystérieuses. J’ai un peu travaillé sur l’épervier, une espèce qui me plaît beaucoup aussi.

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Je m’attache, depuis des années, à documenter les milieux et les espèces forestières. Il en sortira certainement quelque chose un jour…

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

Crédit illimité ? Je ne me consacre qu’à la photo ! Je voyage dans les espaces sauvages de l’hémisphère nord, montagnes, forêts boréales et toundra.

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

Une des plus belles émotions est sans doute la 1ère fois où j’ai réussi à faire poser un aigle royal devant mon affût. Voir ce magnifique oiseau à 15 m, lui, le maître des airs que l’on ne voit habituellement que d’en dessous sur fond de ciel ou de montagne… et ce regard ! Vraiment un oiseau magnifique…

Le pire souvenir photographique ? Un voyage en Géorgie, dans les montagnes de Lagodeki. Une journée de marche interminable pour arriver dans un endroit magnifique qui nous servit de camp de base pour 1 semaine. Et puis se rendre compte, affût après affût, qu’il n’y avait plus de faune, ou presque, éradiquée ou rendue nocturne par un braconnage intensif. Quelle tristesse de constater ce contraste entre les potentialités énormes d’un milieu, et ce que l’homme en a fait, en toute illégalité en plus (espace soi disant« protégé »).

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu? 

Peut-être le travail de mon ami Grégory Ortet sur le grand duc. Avec pour parti pris, assez logique, de ne montrer l’oiseau que dans des ambiances crépusculaires ou nocturnes.

Et, je m’autorise aussi un 2ème personnage, ce n’est pas un photographe mais un faiseur d’images quand même : Robert Hainard. Ses images et sa réflexion sur la nature.

Un dernier mot?

Mêlez-vous de ce qui vous regarde : la nature à côté de chez vous. Adhérez à une association de protection de l’environnement. Ne la laissez pas aux mains des chasseurs !

Merci Laurent.

J’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez le retrouver:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Une pensée sur “A la rencontre de Laurent Nédélec

  • 12/09/2018 à 10 h 52 min
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    superbe photos et personne intéressante a lire merci du partage

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