A la rencontre de Françoise Lerusse-Amaraggi

Aujourd’hui, partons à la rencontre de Françoise Lerusse-Amaraggi, photographe belge mais que l’on peut retrouver également dans le Var, également à Bruxelles et à Londres. Françoise à donc accepté de se dévoiler un peu plus. Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez la retrouver:

A la rencontre de Françoise Lerusse-Amaraggi
Tous droits réservés à Françoise Lerusse-Amaraggi
Bonjour Françoise,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Je m’appelle Françoise Lerusse-Amaraggi, je suis Belge et je vis essentiellement dans le Var mais aussi à Bruxelles et à Londres. J’ai été journaliste à la radio et à la télévision belge RTBF, puis créative dans la publicité à Bruxelles (copywriter). La photo est  ma façon de continuer à créer. Je fais de la photo essentiellement urbaine en alternant les séjours dans les grandes villes et la campagne où je peux prendre du recul et réfléchir. Je suis aussi passionnée d’arts plastiques et je visite de nombreuses expos, des architectures emblématiques, et des villes.  Depuis deux ans j’expose à Bruxelles, à Aix-en-Provence et récemment aux Voies Off des Rencontres d’Arles avec l’association La Fontaine Obscure.

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Peux-tu nous raconter comment la photographie est entrée dans ta vie ?

La photographie a toujours fait partie de ma vie. Mon père était photographe amateur. Je me souviens de lui avec son Rolleicord autour du cou et des longues heures que je passais avec lui dans la chambre noire. C’était magique de voir les photos apparaître sur le papier. Il m’a offert un appareil quand j’ai eu 6 ans et m’a expliqué les bases de la prise de vue. Par la suite la photo m’a toujours accompagnée, que ce soit en voyage ou dans mon métier où j’ai eu la chance de côtoyer des photographes professionnels, surtout dans la publicité. En 2014 j’ai décidé d’aller plus loin et pendant deux ans j’ai suivi les cours en ligne de Laurent Breillat. Aujourd’hui je me consacre essentiellement à la photo.

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Peux-tu nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

Je ne me reconnais réellement dans aucun « genre » photo comme la photo de rue, le portrait ou le paysage. Les catégories ne m’intéressent pas. En fait je fais de la photo pour voir autrement. Ce qui me motive, c’est la façon dont je perçois la réalité à travers l’appareil. Il ne « voit » pas comme l’être humain puisqu’il transforme en 2D ce que nous voyons en 3D. Il capte la lumière et l’ombre, le mouvement, les perspectives différemment. C’est cet écart avec l’œil humain qui m’intéresse. Cela bouscule notre perception du réel : qu’est ce qui est « réel » ou pas ? Une ombre est-elle réelle ? Un reflet est-il réel ? Que se passe-t-il quand on les met sur un pied d’égalité avec les êtres ou les objets ?

Le post-traitement, même sans parler de Photoshop, permet aussi pas mal de choses. J’utilise toutes ces ressources pour créer ma propre réalité. Je fais se rencontrer des personnages ou des éléments qui n’auraient pas pu être là au même moment, je mets les choses un peu sens-dessus-dessous. J’aime bien que le spectateur se demande ce qu’il voit. C’est unique, je ne connais pas d’autre technique qui fasse cela. Cela dit, je fais aussi des choses plus classiques, photo de rue ou paysage quand cela me fait plaisir.

Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux?

A part mon appareil, rien de particulier.

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Sors- tu toujours accompagnée de ton appareil photo ?

Pas systématiquement. Je n’aime pas me mettre la pression, me dire que je « dois » faire des photos. Je ne suis pas particulièrement à la recherche de l’ « instant décisif » qui d’ailleurs ne représente qu’une partie de la photographie actuelle. De toutes façons j’ai toujours un smartphone sur moi. Je ne méprise pas du tout ce genre d’appareil. Ils rafraîchissent l’œil car la façon de voir et de photographier avec un smartphone est totalement différente.

Quels conseils donnerais-tu à un photographe débutant?

Ne pas se conformer aux « tendances » pour avoir du succès. Cela entraîne des frustrations, une peur du risque et un enfermement créatif. Il faut tester, expérimenter pour trouver ce qu’on aime et donc son style. En particulier il faut savoir garder la bonne distance avec les réseaux sociaux. Ils sont très conformistes et formatent le regard. Après c’est très difficile d’en sortir. Il vaut mieux aller voir des expos et lire les livres des grands photographes. Ils ont une vision qui n’appartient qu’à eux et amènent à se poser les bonnes questions.

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Où puises-tu ton inspiration ?

J’ai découvert l’art avec Chagall à l’âge de 13 ans et je m’en souviendrai toute ma vie. Il m’influence encore aujourd’hui. Et puis je dors avec Picasso : il y a une reproduction d’une de ses toiles devant mon lit et avec le temps je me rends compte qu’elle m’a beaucoup influencée. J’aime aussi Soulages, Spilliart, Le Caravage, Canaletto, la peinture cubiste. Les arts graphiques m’influencent beaucoup également. En photo, c’est Lee Friedlander, Rodchenko, Daido Moriyama, Josef Koudelka, Sébastien Van Malleghem. Bien sûr cela évolue au fur et à mesure de mes découvertes et quand j’ai « digéré » un grand photographe il y en a un autre qui se présente à moi. Mais ceux que j’ai cités restent pour moi des références sur la durée.

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Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Il m’est difficile de choisir ma photo préférée car très souvent c’est la dernière que j’ai faite. Mais il y en a une qui me revient souvent à l’esprit, qui a été assez ardue à faire. Je marchais sur une plage à Monaco quand j’ai aperçu ce grand miroir. C’étaient les vitres teintées de la cabine des sauveteurs. Elles reflétaient à la fois la plage et la ville tandis que derrière ce miroir il y avait ces immeubles un peu écrasants et très graphiques. J’aimais le contraste entre la douceur de la plage et la densité urbaine et j’étais surtout fascinée par la juxtaposition des plans, on aurait dit un collage. La plage était bondée, j’ai dû me tortiller et me mettre sur la pointe des pieds entre deux chaises longues au milieu des gens en maillot.

J’avais du mal à cadrer à cause des parasols qui me bouchaient la vue et la scène du miroir était dans l’ombre. Et puis est arrivé cet instant magique où un sauveteur a ouvert la fenêtre pour regarder au-dehors. Ca a ajouté un élément humain qui du coup est devenu le sujet de ce décor, en donnant ce côté un peu surréaliste, complexe et improbable à l’image.

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Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?

La prochaine 😉  Je ne peux pas savoir aujourd’hui ce qui me viendra à l’esprit demain.

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

J’achèterais du temps. Je vivrais à l’hôtel pendant des mois sans avoir à m’occuper d’autre chose que de photographier.

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Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenirs pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

Une séance-éclair de prises de vues avec des amis qui m’avaient commandé des portraits de leur famille a été à la fois mon meilleur et mon pire souvenir. Le pire, parce que je ne suis pas portraitiste et que j’étais déjà au départ hors de ma zone de confort. En plus mon appareil numérique habituel était en réparation et j’ai dû utiliser le Rolleicord de mon père avec lequel je débutais complètement. Je n’avais aucun de mes repères habituels : pas de cellule, pas d’autofocus, pas de stabilisation, un viseur qui inverse la droite et la gauche et est parfois très sombre. La lumière changeait tout le temps,  nous n’avions qu’une demi-heure, le fils de 5 ans courait à travers tout et m’empêchait de travailler.

Je n’aurais pas dû accepter car tout était réuni pour un naufrage photographique, mais c’étaient des amis et ils comptaient sur moi. Mais finalement, cela a été l’un de mes meilleurs souvenirs parce qu’en découvrant les images à l’écran, j’ai été renversée par la façon dont l’appareil avait capté la lumière et par l’émotion qui se dégageait des photos. L’amour au sein de cette famille crevait les yeux. J’ai alors compris toute la magie de l’argentique, comme si un monde nouveau s’ouvrait à moi. J’y reviendrai sûrement.

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Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Il y a un photographe belge qui m’interpelle beaucoup, c’est Pierre Radisic. Il est très connu en Belgique et à l’étranger, il expose dans de nombreuses galeries dans le monde entier, mais il me semble moins connu en France. Pierre n’appartient à aucune chapelle, même pas à la sienne car il se réinvente complètement à chaque projet. Il n’a aucune limite, ni techniquement ni sur le plan du contenu. J’aime cette audace et cette liberté.

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Merci Françoise

J’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail. Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Une pensée sur “A la rencontre de Françoise Lerusse-Amaraggi

  • 31/10/2018 à 19 h 02 min
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    Ah super bon choix, Françoise est une photographe que je connais un peu et j’aime bien ce qu’elle fait, ces superpositions sont très intéressantes ! 😀

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