A la rencontre de Colette RICHARD

Aujourd’hui, partons à la rencontre de Colette RICHARD, autodidacte, amateur déclaré. Clémence a accepté de se prêter au jeu de mes questions et je vous propose donc d’en découvrir un peu plus sur cette photographe passionnée. Vous pouvez également retrouver son travail sur :

Bonjour Colette,
Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie ?
Je suis autodidacte, amateur déclaré et je suis à la retraite depuis 2014. Auparavant, j’étais fonctionnaire avec la moitié de ma carrière en tant que territoriale à la Direction de Sapeurs-Pompiers et l’autre moitié à l’Etat aux Affaires Maritimes (Gestion des marins-pêcheurs). Je suis handicapée de naissance et, depuis 2010, je me déplace en fauteuil roulant ce qui ne m’empêche pas, malgré tout d’aimer la vie et de pratiquer la photographie. Même si je ne suis pas totalement libre dans mes mouvements, y compris les déplacements, j’arrive à m’y exprimer et à montrer mon regard sur la vie justement. En dehors de la photographie, je suis passionnée par l’art créatif, l’univers des tissus et de la broderie d’art, les relations humaines, le travail d’écriture et la spiritualité laïque.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo ?
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attirée par la photographie comme moyen d’expression. Pourtant, enfant, je n’ai pas eu d’appareil à moi. Bien que je n’en avais pas l’autorisation, un jour, j’ai emprunté en cachette, quelques minutes, un vieil appareil photo. A l’instinct, j’ai donc pris ma photographie. C’était dans les années 1969-1970 et à l’époque, on ne faisait pas autant de clics que maintenant. J’ai donc attendu que le film soit terminé et guetté le résultat. Ouf ! Ma photographie était nette. Pas une oeuvre d’art. Juste une satisfaction personnelle d’avoir osé. Pendant les vacances d’été, mes grands parents venaient nous rejoindre. Et là, mon grand-père me prêtait son appareil photo pour les photos de famille… Il m’a aussi appris à réaliser de petits films.Ensuite, adolescente, j’avais un copain qui allait à un club photo. J’aurais aimé y aller avec lui pour apprendre à développer mes clichés. Pour diverses raisons, cela ne s’est pas fait. Lors de mon installation dans le Sud Ouest, j’ai cherché au début un club photo dont le local soit accessible. La vie est taquine car il y en a un juste derrière chez moi… au 1er étage sans ascenseur ! J’ai un regret, c’est celui de ne pas avoir eu l’occasion d’apprendre aussi l’utilisation d’une chambre photographique. Maintenant, ça ou l’utilisation d’un trépied, c’est assez comique avec un fauteuil électrique ! J’ai lâché prise au niveau argentique car les appareils sont quand même lourds pour moi et je suis passée au numérique.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Quelles sont tes spécialités photographiques ?
Je suis une touche à tout, curieuse donc je ne me spécialise pas dans tel ou tel domaine. J’aurais l’impression de m’enfermer dans un seul et unique moyen d’expression. En revanche, j’expérimente un peu tout. J’aime autant plonger dans la macro que de faire une vue d’ensemble d’un paysage ou m’attacher à un détail architectural. Ma préférence va aux portraits pris sur le vif dans la rue. Je mélange mes quelques connaissances techniques avec des expériences personnelles en utilisant une bougie, du scotch… Au lycée, j’aimais les expériences en physique, chimie. J’ai gardé cet état d’esprit. En fait, dès que je tombe dans la routine, je m’ennuie vite. Cela ne m’empêche pas d’admirer le travail de certains portraitistes en studio ou de rue… ou de photographes spécialisés dans la ruralité, les paysages…
Tous droits réservés à Colette RICHARD
« Live if I believe, do not wait till tomorrow,
Pick the roses of life today »
Pierre de Ronsard
Rose blanche dans une ambiance bleue
Vivez si m’en croyez, n’attendez à demain,
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard
La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?
Déjà exprimer mes propres ressentis sur la vie, sur ma vie et puis ensuite, amener les personnes à prendre le temps d’observer, de vivre. On vit de plus en plus en courant et on passe à côté de nombreuses curiosités ou alors on a le nez scotché sur son smartphone. Un jour, j’aimerais aller avec 3 ou 4 photographes, dans un lieu et que chacun aille dans sa propre direction sur un secteur donné. L’idée est de faire une exposition commune pour montrer qu’à partir d’un même lieu, on a un regard différent. Ce projet trotte dans ma tête depuis une dizaine d’années pour montrer au public que chacun est unique et a son propre angle de vue sur la vie. Amener les gens à en prendre conscience pour qu’ils enrichissent à leur tour leur regard dans la vie de tous les jours. Etre moins le nez dans le guidon pour admirer, observer les trésors cachés dans notre quotidien. On va dire que, quelque part, je le fais mais différemment. Il y a quelques années, je photographiais une vieille porte de près. Une personne est venue vers moi et se demandait l’intérêt de cette vieille porte. Je lui ai montré mon regard. Quelques jours après, on s’est de nouveau rencontré et elle m’a dit : « Grâce à vous, je me suis inscrite avec ma fille au club photo. Vous m’avez appris à découvrir ma ville ». C’est ça que je recherche. C’est ma récompense !  Une autre fois, j’avais le nez sur le mur du parvis d’une cathédrale et une touriste vient vers moi en me demande ce que je pouvais trouver d’intéressant sur ce mur. Je lui montre donc ce que je vois. Un sourire s’est dessiné sur son visage. Je lui expliquais qu’en ouvrant son coeur, on voit ce qu’on ne voyait pas quand il est fermé. Tant de trésors sous nos yeux sont invisibles pour une majorité de personnes. La discussion était limitée car elle parlait anglais et que je ne le parle pas couramment. On a pourtant réussi à se comprendre. Nos chemins se séparent et, quelques minutes après, je sens quelqu’un qui me tape sur l’épaule et qui me demande de la suivre. Elle avait vu sur un mur comme un papillon dessiné dans les vieilles pierres. Je lui ai dit : « Bravo, vous avez tout compris ! ». C’est ça qui me plait : La photographie devient un moyen d’échange et d’ouverture du regard, de la conscience.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Dans tout ton matériel photo, as tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux ?
Non parce que je deviens de moins en moins matérialiste. Depuis quelques années, j’apprends justement à être dans le non attachement. Non par indifférence, plutôt pour tendre à ne pas être prisonnière d’un objet…, à lui donner plus de valeur qu’il n’en a. Je préfère développer la compassion en moi plutôt que le matérialisme.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Où puises-tu ton inspiration ?
Autant j’aime le travail de certains, autant il ne me vient pas à l’idée de copier sa vision. Ça manque d’imagination et de personnalité. Je trouve toujours dommage quand une personne exploite un nouvel angle de vue et qu’aussitôt la personne soit copiée. Je peux le faire dans le cadre d’un exercice mais ça reste pour moi. Un peu comme des gammes quand on fait de la musique. On est unique chacun donc offrons plutôt notre côté unique. C’est cela la richesse de la vie pour moi. Je ne sais pas si l’on peut parler d’inspiration chez moi. Plutôt de l’observation et du ressenti intérieur face à une personne, un animal, un lieu. Une ouverture du coeur. Oser changer régulièrement son angle de vue intérieur c’est-à-dire sur le regard des choses, de la vie. Se remettre en question et se laisser guider comme l’enfant qui découvre. J’ai presque envie de dire de laisser son enfant intérieur s’exprimer tout simplement. Prendre du plaisir, de la joie à découvrir, à observer, à chercher…
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire ?
 En fait, il y a trois photographies qui sont importantes à mes yeux et que j’ai utilisées pour la couverture du livre que je viens de terminer. Disons que si je dois vraiment en choisir une, il s’agit du cœur d’Osse en Aspe en Béarn. C’est le cas typique de coup de foudre visuel. J’étais en voiture (Une bonne partie de mes photos sont prises directement de l’intérieur d’une voiture) et mon accompagnatrice de l’époque ralentit à un endroit quand je vois ce cœur. Nous étions en retard et pourtant je lui ai demandé de m’accorder juste le temps d’un clic. Elle a baissé la vitre et j’ai pris à l’arrache le cœur. Je dis toujours que cette photo-là, j’ai été guidée par des mains invisibles car j’ai eu tous les ingrédients pour qu’elle accroche. C’était la fin de l’automne et il venait juste de neiger juste ce qu’il fallait… En plus, elle est le symbole de ce qu’il y a en moi, de ce qui m’anime dans la vie.
 Tous droits réservés à Colette RICHARD
Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?
Rires, c’est le genre de questions que je ne me pose plus car à chaque fois que j’ai voulu aller dans un endroit dans un but précis, je n’étais jamais satisfaite. J’ai pris alors mon partie d’accueillir ce qui vient. J’aime ce qui déclenche en moi une émotion. J’ai un état d’esprit plutôt proche de l’enfant curieux qui accueille la vie sans calcul quand je fais de la photo. Même si je le fais sérieusement, je ne me prends pas au sérieux. J’aime les photos prises sur le vif en fait, l’instantané, les surprises.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Quelles sont tes actualités – projets en cours & à venir ?
Reprendre la photographie car je l’ai délaissée un peu pour terminer mon livre. Tu me tends la perche alors je l’attrape : Je viens de terminer un livre qui parle notamment du rôle de la photographie et de la spiritualité laïque dans ma vie après le passage d’une spirale infernale d’épreuves qui, il y a 10 ans, m’avait complètement anéantie psychologiquement, physiquement : Pour diverses raisons, je suis passée de debout à la position assise. Avec le temps et la pratique de la spiritualité laïque, j’ai compris que cela correspondait à une période initiatique. Cela m’a permis de trouver une force que je ne soupçonnais pas en moi pour reprendre goût à la vie. Donc, dans ce livre, j’explique comment à chaque étape, j’ai transformé la souffrance et la peur en force notamment. Pour ceux et celles qui seraient intéressés par mes aventures, voici le lien pour l’acheter; il existe version papier donc et format numérique EPUB. J’ai également prévu dans les mois à venir de le proposer également en audio. Même si j’ai vécu cette expérience dans le cadre de la santé, les observations, les analyses et les clés que je donne peuvent être utiles dans n’importe quel domaine. Quant à la photographie, j’ai envie de reprendre mes petites expériences en ne sachant jamais à l’avance où je vais.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenirs pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire ?
Je n’ai pas de mauvais souvenirs. En général, mes sorties sont plutôt sympathiques. Il y en a une qui m’a particulièrement marquée positivement. J’étais au Plateau du Benou, en dehors du véhicule d’accompagnement, à prendre des photographies du paysage quand un cheval de trait a commencé à s’approcher vers moi. Ce n’est pas pour dire mais étant en fauteuil roulant, j’ai quand même vu une masse impressionnante arriver au niveau de mon visage. Très rapidement, un 2ème, un 3ème… jusqu’à me retrouver au milieu des chevaux. De ma hauteur, je ne voyais que les poitrails et les pattes des chevaux. Il y en a même un à l’arrière qui se frottait sur mon fauteuil. C’était impressionnant et très beau à la fois. Mon grand-père adorait les chevaux et j’y ai vu un clin d’oeil. Bon, là, j’avoue que je n’ai pas pris de photos pour ne pas risquer de les effrayer. Et puis je ne faisais pas le poids par rapport à eux. D’ailleurs, des touristes sont arrivés quelques minutes après, en parlant fort, en criant et là, j’ai ressenti de l’énervement. Les chevaux tapaient au sol et quand j’ai senti que le groupe « s’ouvrait » à nouveau, j’ai commencé à reculer tout doucement jusqu’au véhicule. Le côté comique est que certains m’ont suivi et voulaient rentrer dans le véhicule avec moi.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?
Je propose de découvrir le travail de Anaïs-Flora Ferrière. Pas parce qu’elle est la fille de Laurent Ferrière. Plutôt parce que je suis son travail depuis plusieurs années et que je suis souvent époustouflée par ses mises en scène, sa créativité et son regard photographique au niveau des portraits humains.
Tous droits réservés à Colette RICHARD
Un dernier mot ?
Merci de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer et de parler de mon regard photographique sur la vie.
Merci Colette

J’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail. Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.