A la rencontre de Carole Reboul

Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Carole Reboul passionnée par la photographie de paysage et de macro. Carole s’est prise au jeu et a accepté de répondre à mes questions. Avant cela, si vous voulez suivre son travail, vous pouvez la retrouver:[checklist]

Interview de Carole Reboul

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Bonjour Carole,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie?

Bonjour, je suis née en 73, j’habite dans le Gard, au pied des Cévennes. J’y connais quelques coins comme je les aime, encore sauvages, où je peux m’immerger dans la nature, écouter, regarder, oublier tout le reste, savourer ces instants de solitude. Je suis quelqu’un qui préfère observer, je me sens donc parfaitement bien derrière un appareil photo, j’aime le recul que cela me permet d’avoir sur ce qui m’entoure.

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Racontes-nous un peu ton «histoire» photographique?

Très jeune déjà, j’aimais regarder et faire des photos. J’ai de bons souvenirs de développement avec mon père. La photo a toujours été importante dans ma vie, mais ce n’est que récemment, disons 2010, que c’est vraiment devenu une passion, en découvrant la macro. Très vite j’ai investi dans un 100 mm macro. J’ai passé les deux premières années à sortir sans cesse, soir et matin, pour m’entraîner, tout autour de chez moi. J’en ressentais un besoin physique et mental. Je ne connaissais rien aux espèces, mais c’était passionnant d’apprendre tout cela en même temps : la maîtrise de l’appareil, la gestion de la lumière, la compo, le nom et le comportement des sujets…
En 2012, j’ai commencé quelques expos, et en 2013, j’ai pris le statut auteur photographe. Puis j’ai rencontré un éditeur, Stéphane Sichi, sur un festival, qui m’a offert la possibilité de faire un livre sur la lumière en macro, « Rêverie », sorti au printemps 2014. Cela a été une chance inespérée… J’essaie aussi de participer à des festivals Nature, j’aime les rencontres que cela permet avec le public et les autres photographes. Je vais par exemple exposer en novembre au  18° Festival de Montier en Der.

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Quel est le thème photographique que tu affectionnes particulièrement ?

Mon coeur balance entre la macro, enfin plutôt la proxi, et les paysages, surtout au grand-angle. Depuis deux ans, j’ai beaucoup photographié les fleurs de montagne, jusqu’à avoir l’impression d’établir un lien, de communiquer avec elles. J’ai besoin de m’immerger complètement dans mon sujet pour en saisir toutes les subtilités et me sentir à l’aise. Aujourd’hui, je suis plus attirée par les insectes, comme les libellules, mais la démarche reste la même. Trouver la plus belle lumière pour sublimer l’instant. Comme j’aime aussi changer de registre de temps en temps, je mène en parallèle un travail sur les paysages, notamment dans les Cévennes, en Camargue, mais aussi en Espagne, en Islande, toujours dans des grands espaces encore sauvages.

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Tous droits réservés à Carole Reboul

La photographie est un moyen d’expression, que cherches-tu à faire comprendre à travers tes photos ?

Ma démarche première est assez basique, et la même que pour la grande majorité des photographes de nature : amener le spectateur à réaliser à la fois la beauté de la nature qui nous entoure et sa fragilité. La macro montre ce qui se passe tout autour de nous, à nos pieds, au fond de notre jardin. J’ai envie d’inciter chacun à prendre le temps de s’allonger dans l’herbe, pour regarder les choses autrement, avec des yeux nouveaux. Apprendre à aimer pour mieux savoir protéger.
Mais avec le temps, j’évolue vers un style moins descriptif, plus abstrait. Je cherche à suggérer plutôt qu’à montrer, j’utilise davantage les poses longues, le flou, le contre-jour pour essayer de mieux retranscrire mes émotions.

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Tous droits réservés à Carole Reboul

On dit que la photographie est un virus qui se transmets, où l’as tu attrapé ? tu l’as transmis ?

Je l’ai attrapé en même temps que le virus des voyages, dès mon plus jeune âge. Pour moi, les deux ont toujours été associés, j’aimais rêver en regardant de belles photos ou des reportages de pays lointains. Et l’appareil photo a toujours été l’élément indispensable de mes voyages. Aujourd’hui, mes trois enfants sont en âge de commencer à s’y intéresser et chacun prend régulièrement des photos, dans des domaines d’ailleurs très différents. L’aîné, 14 ans, est plus intéressé par les poses longues, les filés. Ma dernière, 9 ans, par l’animalier : les chevaux, les oiseaux. Et ma seconde, 12 ans, par la macro : d’ailleurs, elle vient d’avoir une photo de fleur primée au festival de Montier en Der, et sélectionnée aussi pour l’exposition du Concours International de Photo Nature de Namur 2015.

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Comment se compose ton sac photo ?

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Tous droits réservés à Carole Reboul

En sortie macro, je pars légère : l’appareil autour du cou avec l’objectif macro, et c’est tout. Par contre, en rando montagne, je pars chargée : dans mon sac à dos, j’ai toujours un grand angle (Canon 16-35 mm 2.8) pour les paysages, le Canon 70-200 mm 2.8 et le Canon 400 mm 5.6 pour l’animalier, sans oublier un objectif macro (Tamron 180 mm 3.2), avec comme boitier le 5D mark III. Je prends aussi un trépied pour les paysages, des filtres dégradés, un diffuseur-réflecteur…

 

Qu’est ce qui est, selon toi, le plus compliqué dans la photographie ….? Et le plus gratifiant?

En premier, sans doute la gestion de la lumière … et en même temps c’est ce qui rend l’activité passionnante. En second se renouveler… Mais justement, grâce à la lumière, qui n’est jamais la même, c’est plus facile.
Et quand j’arrive à jouer au mieux avec la lumière pour obtenir un résultat qui me semble un peu différent, je suis aux anges. Pour quelques instants, du moins, car je suis quelqu’un qui se remet tout le temps en cause, et qui doute beaucoup, alors mon enthousiasme retombe vite !

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Où trouves-tu ton inspiration?

Dans la nature. Je passe beaucoup de temps à observer, à imaginer aussi. C’est le cas de certaines photos : j’ai vu sur le terrain que quelque chose était possible, mais j’ai dû y retourner plus tard, c’est un peu comme si je les avais « rêvées » avant de trouver les conditions pour pouvoir les faire.
Dans les livres, les revues et sur internet aussi. J’aime passer du temps à regarder des photos depuis mon plus jeune âge, des portraits, des reportages, des paysages, des photos nature, beauoup de noir et blanc aussi… Je me nourris de tous les styles. Tous ces coups de coeur n’ont pas le même effet sur moi (même si sur le long terme ils sont tous positifs) : certains m’inhibent complètement, me font douter, remettre en question, et d’autres me donnent envie de me jeter sur mon appareil et de courir dehors expérimenter, essayer autre chose.

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Difficile ! En macro, c’est toujours une parmi les dernières que j’ai faites qui me tient le plus à coeur, après, le temps passe par là et je prends du recul. Peut-être en paysage, une que j’ai faite en Islande, dans le Kerlingarfjöll. Il y avait beaucoup de brume, on voyait à peine le bout de ses pieds. Le temps était très humide, le sol tellement collant que quand on soulevait les chaussures, on avait 10 cm de boue accrochée dessous, les descentes devenaient infernales. Je profitais de tous les moments où le paysage perçait à travers la brume pour photographier, mais le trépied glissait. Il y avait un écart énorme entre la pureté du paysage, doux et digne d’un rêve, qui s’offrait à nous, et l’état dans lequel nous étions, les enfants, mon mari et moi !

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Imagine que l’on te donne un crédit illimité, quel projet photographique, dingue ou plus sage, aimerais-tu réaliser?

Les idées ne manquent pas, 1000 vies n’y suffiraient pas ! En ce moment, une de mes envies serait de suivre la migration des papillons monarques du Canada jusqu’au Mexique. Sinon, un rêve depuis toujours : partir pour un an en Mongolie, mais par la route, en famille, en toute liberté, je suis subjuguée par ce pays, il y a tellement à y faire questions photos ! Sans doute un jour…

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?

Je suis très attirée par les graminées, que je trouve très photogéniques, et depuis longtemps, j’avais envie de faire une série sur des insectes posés dessus. Cet été, j’ai enfin trouvé ce que je cherchais. J’aime ces moments où je sens que la nature a fait son travail, tout est parfaitement à sa place, et que c’est à moi de jouer. Je ressentais à la fois une pression et une excitation, c’était très motivant. Je m’oubliais complètement pour ne faire plus qu’un avec la lumière et ce que je voyais.

Pour le mauvais souvenir : j’avais un vrai coin de paradis tout près de chez moi, une prairie humide en plein milieu de la garrigue, avec un écosystème très riche. Recouverte de narcisses de poètes en début de saison, elle abritait ensuite un très grand nombre d’ophrys et d’orchidées, dont l’orchis occitan. Evidemment, cela foisonnait aussi d’ascalaphes, de fourmilions, de libellules et de papillons, dont la diane et la proserpine.
Au tout début du printemps, j’avais l’habitude d’y faire un tour pour ne pas rater le début des narcisses. En 2014, quand je suis arrivée, j’ai eu un vrai choc : tout avait été grossièrement labouré. J’ai pleuré devant un tel carnage. Cette prairie se retrouvait au milieu d’un projet de ZAD golfique, et l’ordre avait été donné au propriétaire du champ de faire « disparaître » les espèces qui auraient pu faire classer la prairie en zone protégée et empêcher le projet de golf. Des fleurs contre de l’argent, la lutte est injustement inégale…

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Si tu devais faire découvrir un photographe peut être encore méconnu, et un seul, à BonPlanPhoto et à ses lecteurs, qui proposerais-tu?

Un tout jeune photographe, né en 1998 : Lenny Vidal. Je l’ai rencontré il y a un peu plus d’un an sur un festival, il passait de stand en stand pour discuter avec les photographes. Je l’ai revu un peu plus tard sur un autre festival, toujours aussi curieux et motivé. Aujourd’hui, il a un site déjà bien fourni, un talent indéniable, de la recherche dans sa démarche, des photos qui m’ont beaucoup touchée, et qui commencent d’ailleurs à se faire remarquer dans les concours. Affaire à suivre !

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Tous droits réservés à Carole Reboul

Pour terminer, un petit J’aime / J’aime pas.

J’aime pas l’hypocrisie, la chasse, la cruauté, le capitalisme, la fatalité.
J’aime regarder le soleil se lever, trouver des fleurs au sommet des montagnes, les gens qui ont un sens critique, l’humour, et les bonbons

Merci

Encore une fois un grand merci à Carole pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donner envie de découvrir son travail, pour rappel vous pouvez la retrouver:[checklist]

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de Bon Plan Photo, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

2 pensées sur “A la rencontre de Carole Reboul

  • 22/09/2015 à 10 h 32 min
    Permalink

    Merci pour la découverte de cette artiste photographe. Les photos macros sont particulièrement belles, dégageant une vraie atmosphère.

    Stéphane

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    • 22/09/2015 à 13 h 59 min
      Permalink

      merci et c’est bine là le principe des découvertes 😉
      Si tu as des photographes à proposer je suis preneur!

      Répondre

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