A la découverte de Vincent Jarousseau

On continue de découvrir les photographes sélectionnés pour les Zoom 2016, et cette semaine je vous propose d’aller à la rencontre de Vincent Jarousseau, qui est donc l’un des 9 photographes «  émergents » présentés dans le cadre des Zoom 2016 du Salon de la Photo. C’est à cette occasion que je l’ai contacté et pour notre plaisir, Vincent a accepté de répondre à mes questions. Je vous propose donc d’en découvrir un peu plus sur ce photographe, et pourquoi pas vous convaincre de voter pour lui pour les Zoom 2016. Si vous voulez suivre son travail, vous pouvez le retrouver:

A la rencontre de Vincent Jarousseau

Bonjour Vincent,

Peux-tu te présenter en quelques lignes, comme photographe, mais pourquoi pas sur ta vie en dehors de la photographie ?  
 
Je suis né en 1973 à Nantes. Diplômé d’Histoire de l’Art à Paris I Panthéon-Sorbonne, j’ai d’abord travaillé comme attaché parlementaire, profession que je vais exercer pendant une quinzaine d’années. En 2014, je décide de tourner une page en me tournant professionnellement vers ma passion de toujours, à savoir la photographie. Autodidacte, les sujets politiques et sociaux sont mes thèmes de prédilection. Je m’intéresse tout particulièrement aux mutations sociales des classes populaires, notamment dans les zones périurbaines. Mon travail est publié dans la presse national et international (Libération, Les Echos, Le Monde, La Croix, Le Figaro, Marianne, Mediapart, So Foot, Revue XXI, Harper’s, Dissent Magazine, Boston Review…).
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Tous droits réservés à Vincent Jarousseau

Racontes-nous un peu ton «histoire» photographique? et nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?
Mes parents m’offrent mon premier boitier alors que j’ai 10 ans. Au lycée, je participe au club photo où je découvre la magie du développement argentique. J’ai par la suite toujours photographié, mais c’est avec l’avènement des boitiers numériques que cette passion va devenir de plus en plus débordante. C’est vers la photographie du réel, le reportage et le documentaire que j’ai décidé de me tourner. Maintenant, nous avons tendance à cloisonner les genres en France. Je suis diffusé par le Studio Hans Lucas qui regroupe plus de 200 photographes en France et à l’étranger. L’une de nos particularités, c’est que nous regroupons toutes les écritures. 
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Tous droits réservés à Vincent Jarousseau
Tu fais parti des 9 photographes «  émergents » présentés dans le cadre des Zoom 2016 du Salon de la Photo. C’est une formidable occasion de faire découvrir ton travail, mais peux tu nous en dire plus sur cette aventure ?
Au courant du mois de mai dernier, je prends rendez-vous avec Agnès Grégoire la rédactrice en chef du magazine Photo afin de lui présenter mon travail. C’est une pratique courante dans notre métier que de faire le tour des rédactions. Agnès me reçoit et je lui présente d’emblée mon travail documentaire sur les électeurs du Front national que je mène depuis alors deux ans. Quelques semaines auparavant, la revue XXI avait publié une partie de ce travail sous la forme inédite d’un roman-photo de reportage. C’est le mode narratif que j’ai choisi. C’est ce travail qui a interpellé la rédaction de Photo et qui l’a amené à me sélectionner pour le ZOOM de la presse photo. Agnès Grégoire aime choisir des écritures innovantes. L’année précédente, elle avait choisi Bálint Pörneczi pour sa série de portraits Figurak réalisée à l’iPhone. A l’arrivée, c’est lui qui a remportée le ZOOM.
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Tous droits réservés à Vincent Jarousseau


Peux tu nous présenter la série présentée pour ces Zoom 2016 ?

 
Parler de série ne correspond pas à la réalité dans la mesure où comme je l’ai dit précédemment, il s’agit d’un roman-photo de reportage ou d’une Bande-Photographique. Pour revenir à l’origine de ce travail documentaire, il faut remonter aux élections municipales de 2014 où le Front National remporte 12 villes. Quelques semaines après je fais la rencontre de l’historienne Valérie Igounet, qui vient de sortir son livre Le Front National, de 1972 à nos jours, au Seuil. Nous décidons alors d’engager ensemble un travail  au long cours sur trois villes, Hénin-Beaumont, Hayange et Beaucaire. C’est une histoire en miniature, d’une France gérée par le FN que nous voulons alors mettre en avant. Cette histoire, nous la présentons par « petites touches » dans le quotidien de ces villes. Le récit est articulé autour de séquences où l’on retrouve des électeurs et des élus du Front national, mais aussi des abstentionnistes et des opposants. A mon sens, l’écriture photographique est essentielle dans ce travail. Elle permet d’incarner le propos, lui donner un visage, une consistance. J’ai la conviction profonde que la forme narrative que nous avons choisie va nous permettre de toucher un plus large public. Après plus de deux ans d’enquête sur le terrain, ce travail va être publié dans son intégralité en février 2017 aux éditions Les Arènes, toujours sous la forme d’un roman-photo de reportage, qui m’est apparu comme la forme narrative la plus adaptée à notre propos.
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Pour le ZOOM décerné par le public, as tu quelques mots à adresser aux lecteurs de BonPlanPhoto pour qu’ils votent pour toi et donc pour te donner la chance d’avoir ton exposition au Salon de la Photo ?

Le principe de ce prix est de soutenir des photographes émergeants. Pour ma part, cela fait seulement un peu plus de deux ans que je me suis engagé professionnellement dans la photographie-documentaire. Faire ce que certains appellent de belles photos est finalement une chose assez banale et accessible, à l’inverse renouveler les genres narratifs, avoir un propos, raconter une histoire par l’intermédiaire du médium photographique n’est pas donné à tout le monde. A l’heure, où nous assistons à une profusion d’images avec le numérique, ce qui fait à l’arrivée la différence, c’est ce que nos images véhiculent et racontent.
Si tu devais faire découvrir un photographe peut être futur candidat aux Zoom Photo, qui proposerais-tu ? 
 
Sandra Mehl et sa dernière série Ilona et Maddelena. Son travail photographique est intimiste et s’intéresse aux questions d’appartenance et de mobilité sociales en milieux populaires. J’apprécie beaucoup son approche esthétique et son propos.
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Dans tout ton matériel photo, as-tu un objet porte bonheur, ou un objet qui t’est précieux ?
 
Disons que je ne suis pas vraiment superstitieux mais si je puis parler d’ objets qui me sont précieux, je parlerais de deux alliés indispensables dans un travail documentaire, mon enregistreur et mon carnet de notes.
 
Où trouves-tu ton inspiration ?
Je ne parlerais pas d’inspiration mais de curiosité. C’est la curiosité qui me pousse à travailler sur tel ou tel sujet.
Parmi tes photos, si tu ne devais en retenir qu’une seule, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire ?
 
Cette photographie a été prise à l’issue du rassemblement en hommage aux victimes des attentats de Charlie et de l’Hyper casher à Beaucaire. En ce dimanche 11 janvier 2015, Marine Le Pen avait refusé de défiler à Paris avec l’ensemble de la classe politique et annoncé sa présence dans cette petite ville du sud de la France dirigée par un maire Front national. Nous sommes alors dans la vieille ville, devant la mairie. De très nombreux sympathisants sont venus de toute la région pour participer à ce rassemblement. Les slogans fusent dans la foule : « on est chez nous ! », « les barbus et les journalistes au bûcher ! « , « Marine Présidente ! ». L’ambiance est électrique. Au milieu des sympathisants frontistes, de jeunes beaucairois présent sur place ont mal vécu ce rassemblement qui ne s’apparentait pas à un temps recueillement. Ces jeunes dont les parents et grands-parents sont venus d’Afrique  du nord pour travailler principalement dans le secteur agricole dénonçaient notamment l’amalgame fait entre terrorisme et Islam. Cette photo est pour moi l’expression de ce désarroi et de cette confrontation. Elle est le symbole d’un pays qui ne reconnait pas une partie de ses enfants dans la République.
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Tous droits réservés à Vincent Jarousseau
Quelle serait la prochaine photo que tu aimerais faire ?
 
Difficile de répondre à cette question. Je n’ai pas vraiment de réponse à donner. Une photo seule peut générer un propos, un message, mais ce dernier est forcément réducteur. Je préfère une série à une image seule sortie de son contexte.
Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenir pendant une séance photo et pourquoi pas également le pire?
 
Je fais du documentaire, il ne s’agit pas de séance en tant que tel. Mon travail est une forme d’immersion où l’on privilégie le temps long. C’est une construction lente. Disons que lorsque tu sens que tu commence à gagner la confiance des gens dont tu veux raconter l’histoire, c’est toujours une satisfaction mais la confiance est toujours  fragile.

Merci Vincent.

Encore une fois un grand merci à Vincent pour avoir accepté de se dévoiler un peu plus, j’espère que tout cela vous aura donné envie de découvrir son travail et de voter pour lui pour les Zoom 2016, pour rappel vous pouvez le retrouver sur:

Bien évidemment si vous connaissez un photographe de talent, qu’il soit professionnel ou amateur, et  que vous souhaitez  le faire découvrir à la communauté de BonPlanPhoto, ou si vous voulez vous même vous prêter au jeu de l’interview, il suffit de me contacter.

Gregory LAROCHE

J'ai créé bonplanphoto.fr en 2010 pour partager avec vous mes découvertes et petits trucs photographiques. N'hésitez pas à me contacter pour toutes propositions de projets ou partenariats.

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